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    • Dokumenttyp
      Rezension (Monographie)
      Zeitschrift
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Autor (Rezension)
      • Perez, Béatrice
      Sprache (Rezension)
      Français
      Sprache (Monographie)
      Español
      Autor (Monographie)
      • Peña Díaz, Manuel
      Titel
      Escribir y prohibir
      Untertitel
      Inquisición y censura en los Siglos de Oro
      Erscheinungsjahr
      2015
      Erscheinungsort
      Madrid
      Verlag
      Cátedra
      Umfang
      250
      ISBN
      978-84-376-3458-6
      Thematische Klassifikation
      Kirchen- und Religionsgeschichte, Sozial- und Kulturgeschichte
      Zeitliche Klassifikation
      Neuzeit bis 1900 → 16. Jh., Neuzeit bis 1900 → 17. Jh.
      Regionale Klassifikation
      Europa → Südeuropa → Spanien
      Schlagwörter
      Spanisch
      Literatur
      Zensur
      Siglo de oro
      Geschichte 1500-1680
      Original URL
      http://mcv.revues.org/7311
      recensio.net-ID
      9e9b6c8d3a5d40689fba6ef9e82ae8c7
      DOI
      10.15463/rec.2136255639
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Manuel Peña Díaz: Escribir y prohibir. Inquisición y censura en los Siglos de Oro (rezensiert von Béatrice Perez)

erstellt von Hannah Schneider zuletzt verändert: 23.01.2017 13:46

Le livre de Manuel Peña Díaz, Escribir y prohibir. Inquisición y censura en los Siglos de Oro, paru chez Cátedra en 2015 est un livre petit par le format (250 pages) mais dont la lecture provoque un ravissement rare dans le panorama des études inquisitoriales renouvelées. L’auteur propose une nouvelle approche de la censure, thème qui fut, il y a quelques années, l’objet de multiples analyses éloquentes. Depuis les années 80, les ouvrages de Virgilio Pinto, ceux d’Enrique Gacto, d’Ángel Alcalá, de José Sierra Corella, ou les synthèses de Ricardo García Cárcel et Doris Moreno ont mis en lumière les modèles théoriques de la censure et sondé avec minutie le disciplinement social à travers les différentes approches des interdictions inquisitoriales. À tel point que la tentation était grande de penser que tout avait été dit. Et de fait, le premier sentiment devant l’ouvrage qui me parvint fut — malgré moi — une forme d’étonnement sceptique. Que restait-il à dire ? De nouveaux corpus avaient-ils été découverts ?

Pourtant, dès les premières pages, le postulat de l’auteur s’énonce clairement : cheminer sur une tierce voie, entre un « révisionnisme relativiste » et une « historiographie pessimiste », pour une construction symbolique de la censure inquisitoriale. Par l’étude des discours ayant accompagné l’élaboration patiente du contrôle idéologique, l’auteur cherche à appréhender la censure légale, préalable à la publication, et celle postérieure, intime, quotidienne, relayée jusque dans les consciences latentes. Il s’engage ainsi sur un chemin de crête que le lecteur suit le souffle court : celui d’une censure plus mouvante qu’il n’y paraît, sans cesse à la lisière entre l’hérésie et l’orthodoxie, le champ privé et le monde public, le discours religieux — parfois accablant — et les consciences labiles et malléables. En somme, l’étude que propose Manuel Peña, loin de délaisser l’exposition ardue des mécanismes de contrôle, s’acharne à palper, intimement, la réfraction complexe du sentiment d’insécurité sur les « territoires mentaux » des hommes dans l’Espagne moderne.

Le livre suit ainsi son cours depuis les entrelacs historiques complexes et juridiques, vers les marges de la censure, dans une succession de sept chapitres : Dieu, le pouvoir, la censure ; les index et les expurgations inquisitoriales ; les usages de l’écrit et les pratiques de lecture (solitaires ou en communauté) ; quelques cas emblématiques donnant à voir l’inflexion du tout, telle Sainte Thérèse — entre « livre vivant », censure et apologie —, tels les troubles catalans et la conquête américaine — entre contre-propagande et défense de la monarchie catholique —, ou tel Cervantès, censeur de lui-même et des pratiques censoriales. Enfin, le dernier chapitre explore la censure intime, viscéralement chevillée aux consciences (dé)formées des Siècles d’or, ayant intégré au plus profond de leur crainte, par repli sécuritaire, une suspicion maladivement scrupuleuse.

Premier chapitre, premier censeur : Dieu, au service du pouvoir. Le premier mouvement du livre décrit le rôle de l’Inquisition dans la construction d’une monarchie qui se met en scène avec zèle. Les édits, les expurgations, les sermons et tout l’appareil prédicatoire de la censure apparaissent dans une pompe baroque au service de l’exaltation de la foi pour conjurer les dangers de la lecture et ceux du commerce des livres.

La multiplication des index et l’art d’expurger constituent l’objet du chapitre deux. L’auteur démontre qu’en dépit d’une Inquisition favorable à la destruction systématique des ouvrages, la pratique vit davantage se développer une activité d’expurgation. Celle-ci, en théorie, devait être l’apanage des ministres du Saint-Office. Dans la pratique encore, l’inflation proprement monstrueuse de la charge eut raison des scrupules originels et la censure fut déléguée à différents cercles : aux ordres religieux telle la compagnie de Jésus ; à des couvents ; à des libraires, parfois sans connaissance de latin et ne sachant guère expurger. Cette dilution de l’activité de censure eut son revers : l’apparition de qualificateurs partisans, ignorants, voire peu recommandables. Du même coup, la censure dévia du champ de l’hérésie vers celui des auteurs catholiques, dans une forme de surenchère d’exaltation apostolique et romaine. Les exemples nombreux développés par l’auteur (tel Juan Bautista Poza et son Elucidario Deiparae) donnent chair et matière à des démonstrations palpitantes. Ainsi suit-on avec passion les méandres d’un système de censure loin d’une perfection clamée urbi et orbi par l’Inquisition et son personnel.

De la censure à l’usage de l’écrit, le pas est franchi au chapitre trois dans la diversité : du petit papier en langue arabe conservé par les morisques ; du livre lu en communauté, à l’adresse de femmes suscitant méfiance dans cet accès profane au texte sacré sans contrôle ; des lectures obliques et réorientées par les judéoconvers de textes procédant des cercles franciscains et dominicains, faisant la part belle à l’Ancien Testament ou aux Psaumes de David. Manuel Peña pose, dans sa radicale complexité, tous les enjeux d’une censure allant de l’exogène, à l’intime, puis à la marge. En parallèle, il suggère avec force la notion de résistance, d’innovations et de réappropriations. Sans doute les choses ne sont-elles pas toujours neuves sous la plume de Manuel Peña ; nombreux sont les aspects traités qui demeurent fort connus et parfaitement étudiés par ailleurs. Pour autant, les références sont toujours fidèlement citées et le propos, toujours amené avec habileté et intelligence.

Ainsi le chapitre quatre, consacré à sainte Thérèse, présente-t-il avec exhaustivité les tensions de la spiritualité thérésienne sur le très long xvie siècle, entre copies manuscrites, impressions tronquées, expurgées, ou nouveaux espaces de lecture. La partie sur les cinq façons de censurer sainte Thérèse, entre apologie et contre-censure, se lit avec bonheur.

Le chapitre suivant introduit sans doute une légère rupture infléchissant l’ouvrage. La censure y devient une arme inquisitoriale dans la défense politique de la monarchie au regard des forces centrifuges qui menacent le royaume. Les troubles catalans — tout comme la foi menacée ou brocardée — mettent en péril le royaume dès lors qu’ils portent atteinte à la constitution même de cette monarchie composite. L’Inquisition, sur la requête de Philippe IV, convoqua une Junte des qualificateurs en 1653 pour concevoir le moyen idoine de confisquer tout papier évoquant les troubles de Catalogne et, en tout premier lieu, les ouvrages de Gaspar Sala et Francesc Martí Viladamor. La contestation de la légitimité de la conquête, dans un ordre d’idée similaire, entamait dangereusement la réputation du royaume et mettait à disposition des ennemis les armes pour combattre l’hégémonie des Habsbourg. Toute la partie sur Las Casas et la Brevísima relación de la destruición de las Indias, sans être à proprement parler innovante, est intelligemment conduite dans une tension permanente. Du même coup, la réflexion en volute rebat des certitudes et engage au questionnement stimulant. Bien que ce chapitre se termine abruptement (en trois pages seulement) sur le patriotisme et la censure, il n’en demeure pas moins convaincant, en cela que l’auteur parvient à dévoiler le souffle intime d’une monarchie dans ses phases d’expansion agressive comme dans ses phases de repli métaphysique, prélude à une crispation « patriotique, à la veille de la paix des Pyrénées ».

Le binôme paix/réputation devient le reflet projeté en creux de la double activité glose dévote/réécriture historique, corollaire d’une censure inquisitoriale pour la gloire de la monarchie catholique.

Je laisserai de côté le chapitre six, sur Cervantès censeur, offrant sans doute une digression utile, car il m’a semblé éloigner quelque peu le lecteur du propos, pour terminer par les marges de la censure, dernier chapitre bienvenu de ce parcours. Les idées y foisonnent, entre calomniateur sans vergogne, scrupuleux lecteur ou simple « necio callando que parece discreto », hordes disciplinées et contingents de complices censeurs à leur insu… Au terme de la lecture, les certitudes se sont estompées pour donner corps à une censure hautement complexe et fuyante, faisant assaut de critères disparates, parfois contradictoires et mille fois réévalués.

La censure, intime, quotidienne, celle qui s’était insinuée jusque dans l’inconscient des hommes, saturant l’espace de doutes, de délations et de « scrupules névrotiques » fut, en définitive, un jeu d’intérêts avec ses règles propres, un jeu clientélaire parmi d’autres, bien que plus pervers, parce que ses formes étaient diffuses, de biais, suscitant peurs et méfiance parmi des êtres ne trouvant derechef de salut que dans le discours moral de la monarchie catholique.

L’ouvrage se termine sur une bibliographie qui eût pu être plus étoffée, mais la perfection n’étant guère de ce monde, on se contentera de l’appareil de notes savant tout au long des pages. Manuel Peña livre une réflexion séduisante, implacablement menée, en rythme et en élégance, fruit d’une longue fréquentation de son objet d’étude. En homme éclairé, il rend hommage à Blanco White qu’il cite : « El hombre de instrucción y de luces venera en su corazón los principios religiosos y se burla de la Inquisición, sin inconsecuencia ».