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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (Review)
      • Dedieu, Jean-Pierre
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Français, Italiano
      Author (Monograph)
      • Sciuti Russi, Vittorio
      Title
      Inquisizione spagnola e riformismo borbonico fra Sette e Ottocento
      Subtitle
      Il dibattito europeo sulla soppressione del "terrible monstre"
      Year of publication
      2009
      Place of publication
      Firenze
      Publisher
      Olschki
      Number of pages
      371
      ISBN
      978-88-222-5808-3
      Subject classification
      Legal History, History of religion, Social and Cultural History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 18th century, Modern age until 1900 → 19th century
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain, Europe → Southern Europe → Italy
      Subject headings
      Inquisition
      Kritik
      Bourbonen
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/3501
      recensio.net-ID
      89b4008d3312ca51d5f04fd5e6a3042f
      DOI
      10.15463/rec.1189720014
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Vittorio Sciuti Russi: Inquisizione spagnola e riformismo borbonico fra Sette e Ottocento. Il dibattito europeo sulla soppressione del "terrible monstre" (reviewed by Jean-Pierre Dedieu)

Voici un livre qui dépasse largement son objet. De tous les bouleversements qui accompagnent la Guerre d’indépendance, la suppression de l’inquisition fut sans doute celui qui suscita les débats les plus passionnés. Seules les controverses sur la nature de la souveraineté peuvent lui être comparées. Non en vain, car les deux questions touchent à ce qui constitue l’apport essentiel de la période révolutionnaire : la réorganisation des rapports entre le politique et la religion. Là est le débat. Sur la nécessité de tenir strictement en bride le roi, tous sont d’accord, même les Perses, surtout après que Ferdinand ait vendu à Napoléon le peuple qui s’était donné à lui, portant un coup aussi fatal que définitif à l’absolutisme qu’avaient pratiqué ses pères. Sur les principes qui doivent fonder ce contrôle en revanche, la rupture est brutale entre ceux qui défendent l’idée du libre choix de la nation et ceux qui pensent que tout est écrit dans une volonté divine immuable que l’homme se contente de mettre en pratique. C’est ce débat qui est le véritable sujet du livre : selon la manière dont on le tranche, on prend parti pour ou contre l’inquisition ; à l’inverse opiner sur l’inquisition oblige à se définir sur les questions de fond, car l’inquisition est le produit d’un équilibre spécifique entre la société civile et la société ecclésiastique. Toute variation de celui-ci la fait vaciller.

Les questions soulevées mettent en jeu le plus profond de l’être, plus encore en Espagne, où l’intégration du religieux et du civil fut portée au plus haut. Dès la fin des années 1790, un intense débat se développe dans des cercles encore réduits à propos du Saint Office. Il prend le relai d’un autre, feutré, étouffé par la censure et par sa technicité, par le souci des parties de ne point mobiliser sur des questions vitales un peuple qui deviendrait vite incontrôlable, mais un débat d’une extrême dureté, qui court depuis le milieu du siècle à propos du droit de réforme de l’Eglise par le roi. Il en constitue l’amplification, sous l’effet d’un changement du contexte international pour cause de Révolution française.

L’abolition des inquisitions est l’un des grands thèmes de la pensée européenne du xviiie siècle. La réforme de Pombal, curieusement absente de l’ouvrage, l’abolition de l’inquisition de Sicile (1782), les réformes que mènent à bien d’autres États italiens, accentuent la pression que la communauté intellectuelle « illustrée » de l’Europe entière exerce sur ses homologues espagnols. Il faut lire les correspondances que cite l’ouvrage pour mesurer le poids de ce regard porté par l’étranger sur les épaules d’un Jovellanos ou d’un Abad Lasierra. Pour ces derniers leur acceptation dans les cercles intellectuels internationaux d’où ils tirent l’oxygène nécessaire à leur survie dans l’étouffante Espagne est au prix de la disparition du Saint Tribunal, qui fait maintenant scandale. Ce qui est vrai de nos Espagnols ne l’est d’ailleurs pas moins des Italiens et de tous ceux qui se voient aux portes du temple d’une pensée dont la modernité les éblouit. Il faut lire l’humilité avec laquelle Dominico Caracciolo, vice-roi de Sicile, mendie l’approbation de d’Alembert à son bilan politique pour comprendre la force et l’efficacité de ce moyen d’action sur des élites qui, bien que très minoritaires, disposent des leviers du pouvoir (doc. I, pp. 305-308).

Car la réforme, jusqu’en 1789, c’est le roi. Il a installé à la tête de ses administrations, à la tête de ses églises, des individus déjà en rupture avec les formes les plus conservatrices de la pensée traditionnelle. Le débat se déroule entre deux partenaires qui considèrent que la pensée divine a écrit les principes de l’organisation des sociétés civiles ; que les hommes, s’ils ont une ample liberté de s’organiser comme bon leur semble, doivent cependant les respecter, et d’abord les lire. La pensée traditionnelle donne en Espagne ce rôle d’interprète à l’Eglise universelle qui, par les Universités, par son personnel, par ses juridictions indépendantes, par le fait qu’elle régit d’amples aspects de la vie et de l’économie, a les moyens de se faire entendre. Les régalistes croient que cette interprétation relève du roi. Les deux parties veulent l’inquisition, mais pas la même : les uns la veulent soumise au pape, les autres à des instances nationales. Avec la Révolution apparaît un élément nouveau, l’idée d’une souveraineté nationale réinterprétée, non plus déléguée à un souverain mais mise en pratique par la nation elle-même à tout instant. Elle oblige à repenser les rapports du politique à la religion. Est-il indispensable de se référer à un être transcendant ? Les lumières de la raison ne suffisent-elle pas à guider une souveraineté absolument libre ? En Espagne presque personne ne défend de telles théories, même aux Cortes (pp. 264-269). En revanche, l’idée apparaît que les valeurs de liberté et d’égalité doivent sous-tendre l’organisation de la Nation souveraine ; que ces valeurs sont éminemment religieuses ; que les citoyens doivent être éduqués dans ces principes par la religion, mais une religion libérée de la superstition et éclairée par la raison. Tout cela est proche de la pensée qu’exprime en France, dès 1789, l’un des protagonistes de ce livre : l’abbé Grégoire. Curieusement, je n’ai pas souvenance que l’auteur fasse nulle part le rapprochement. Grégoire, pourtant, est omniprésent dans l’ouvrage car il a en 1798 l’idée apparemment saugrenue, de demander dans une lettre ouverte à l’inquisiteur général de saborder l’institution qu’il dirige. L’opuscule est amplement relayé et traduit par les services diplomatiques français. Il appelle réponse. On voit dès lors s’affronter ouvertement les trois positions : le christianisme libéral de Grégoire ; le régalisme ; la pensée traditionnelle ; et de se dénoncer, s’excommunier, s’interdire mutuellement. Sous l’immobilité de surface imposée par la censure, dix ans avant Bayonne, la réflexion politique va déjà bon train. Grégoire, de l’extérieur, l’a catalysée.

Le livre est richissime, stimulant. Il déplace l’analyse du politique vers le religieux sans jamais faire dans l’approximation béatifiante. Il reflète et accentue un tournant déjà en cours dans l’historiographie. Les analyses sont précises, menées par un auteur au fait des enjeux. L’ouvrage est écrit en une suite de chapitres qui sont autant d’études de cas érudites, truffées de citations en diverses langues, entre lesquelles le lecteur est chargé de faire le lien et dont il est supposé tirer seul les implications. Eut-il été vraiment impossible d’y adjoindre un chapitre de synthèse où tout cela eût été remis en contexte ? Nous y aurions perdu ce charme que donne l’inachevé, ce sentiment de complicité qui unit à l’auteur le lecteur qui comprend. Nous y aurions certainement gagné en audience. Ma seule crainte est que nous soyons peu à apprécier ce que je considère comme un apport essentiel à l’histoire de l’Espagne.

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