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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (Review)
      • Goffaux, Bertrand
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      English
      Author (Monograph)
      • Dobson, Michael J.
      Title
      The Army of the Roman Republic
      Subtitle
      The 2nd century BC, Polybius and the camps at Numantia, Spain
      Year of publication
      2008
      Place of publication
      Oxford
      Publisher
      Oxbow Books
      Number of pages
      436
      ISBN
      978-1-84217-241-4
      Subject classification
      Military History
      Time classification
      until 499 AD → 999 - 1 BC
      Regional classification
      Ancient World → Roman Empire
      Subject headings
      Numantia
      Legionslager
      Polybius <De metatione castrorum>
      Geschichte 200 v. Chr. - 100 v. Chr.
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/3726
      recensio.net-ID
      e2088580cbcbe887142af26e04a13b34
      DOI
      10.15463/rec.1189737791
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Michael J. Dobson: The Army of the Roman Republic. The 2nd century BC, Polybius and the camps at Numantia, Spain (reviewed by Bertrand Goffaux)

Les études prenant pour objet l’armée républicaine dans la péninsule Ibérique ont le vent en poupe : après plusieurs décennies durant lesquelles les interprétations se contentaient souvent de renvoyer in fine à l’influent travail d’A. Schulten, une nouvelle génération d’historiens et d’archéologues se penchent avec un regard neuf sur les données issues des fouilles menées au début du xxe siècle sous la direction du savant allemand, et plus particulièrement sur l’ensemble des camps qu’il avait mis au jour dans la province de Soria, autour de Numance. Car malgré leur qualité remarquable pour l’époque, les quatre volumes publiés entre 1914 et 1931, qui rendaient compte des fouilles menées entre 1905 et 1912, s’accompagnaient d’un exposé où l’interprétation des données archéologiques subissait l’influence très marquée des sources littéraires, et notamment d’Appien et de Polybe. Cette documentation, à nouveau critiquée, a ainsi fourni la matière d’un ouvrage s’intéressant à l’organisation générale des camps républicains (J. Pamment Salvatore, Roman Republican Castrametation. A Reappraisal of Historical and Archaeological Sources, Oxford, 1996), ainsi que d’un ensemble de travaux portant plus spécifiquement sur les données hispaniques. Au cours des quinze dernières années, les prospections menées par F. Morales Hernández, combinées à une reprise de la documentation mobilière et à un nouveau survey topographique et archéologique du site de Renieblas, dus à M. Luik, ont profondément renouvelé la vision des camps numantins héritée du travail de Schulten, et le livre de M. J. Dobson, qui remonte à une thèse soutenue à l’université d’Exeter en 1996, apporte une nouvelle pierre à cet édifice.

Ce dernier a choisi de replacer le travail de Schulten au cœur de son étude, ce qui peut expliquer le plan de l’ouvrage, qui présente dans un premier chapitre l’homme et ses méthodes de travail (pp. 12-46), avant de dresser dans un deuxième chapitre un état de nos connaissances sur l’armée républicaine et ses mutations au cours du iie siècle avant notre ère (pp. 47-66), puis d’offrir dans un troisième chapitre un exposé sur les transformations induites par cette évolution dans la conception des camps militaires (pp. 67-121). Ces descriptions préliminaires lui permettent ensuite de proposer dans un très long chapitre final une relecture fouillée de toutes les données relatives aux camps situés près de Numance (pp. 122-405), le tout étant accompagné de 282 illustrations de grande qualité. La thèse défendue par l’auteur propose un nouveau cadre interprétatif conjuguant les informations fournies par Polybe (et dans une moindre mesure par Appien et le Pseudo-Hygin) aux données issues des fouilles de Schulten. Contrairement à ce dernier qui tendait à outrance à retrouver sur les sites hispaniques les caractéristiques de l’armée décrite dans l’excursus au livre VI de Polybe, l’auteur propose une lecture des données littéraires (et archéologiques) mettant en lumière un passage progressif de la double armée consulaire à quatre légions à une simple armée consulaire à deux légions, toujours fondée sur le manipule, précédant une armée consulaire fondée sur la nouvelle organisation consacrant la cohorte, qui serait née des réalités guerrières hispaniques. Ce sont des strates de ces différents états de l’armée républicaine qui seraient décelables, dans des proportions variées, à l’intérieur des camps hispaniques, ceux-ci renvoyant à une transformation précoce des tactiques romaines tout au long des guerres contre les Celtibères. Les données provenant des différents camps superposés de Renieblas, tout comme celles de la circonvallation ou des camps plus proches de Numance, viennent compléter et enrichir cet exposé théorique, pour tenter d’offrir une image dynamique des camps républicains hispaniques.

La thèse est séduisante, mais en dernière analyse, elle ne s’éloigne pas tant que ça des présupposés de Schulten : certes les progrès enregistrés par les méthodes archéologiques permettent une réinterprétation des fouilles et une nouvelle lecture affinée de la chronologie des camps. Mais on ne peut s’empêcher de penser que l’auteur tombe souvent dans les mêmes travers que son illustre prédécesseur quand il tente de raccrocher les données archéologiques aux épisodes guerriers mentionnés par Appien, le comble étant sans doute atteint quand il accepte de suivre Schulten et d’identifier, à l’ouest du camp III de Renieblas, les étables pour les dix éléphants fournis à Nobilior par le roi Massinissa. Si la lecture d’Appien s’impose évidemment pour interpréter la circonvallation de Numance, qui y est décrite en détail, il n’en va pas de même pour les mentions éparses de camps dont le caractère (semi-)permanent ou archétypal est loin d’être prouvé.

Plus globalement, la thèse défendue par M. J. Dobson d’un passage précoce du manipule à la cohorte en Hispanie, qui est au cœur de toute son argumentation, se heurte à la nouvelle interprétation d’une coexistence des deux systèmes dans l’armée du iie siècle, telle que l’a proposée François Cadiou dès 2001, dans un article de la revue Gladius qui n’aurait pas dû être ignoré de l’auteur, et contre lequel il aurait au moins dû argumenter. On ne peut en revanche pas lui tenir rigueur de n’avoir pu consulter la thèse de ce même Fr. Cadiou (Hibera in terra miles. Les armées romaines et la conquête de l’Hispanie sous la République [218-45 av. J.-C.], Madrid, 2008), et les pages lumineuses qui y sont consacrées aux pratiques et à l’organisation de l’hivernage des armées.

C’est donc en ayant à l’esprit le profond renouvellement opéré par ce dernier travail que l’on pourra le mieux profiter du bel ouvrage de M. J. Dobson, dont on ne peut minorer les qualités : sur les méthodes de Schulten, éclairées d’un nouveau jour par la consultation des carnets de fouilles, et plus globalement pour une lecture mise à jour des données recueillies par ce dernier, c’est vers ce livre qu’il faudra désormais se tourner pour accompagner les travaux de M. Luik et de F. Morales.