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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (Review)
      • Lavastre, Philippe
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Français
      Author (Monograph)
      • Fernandez, Alexandre
      Title
      Un progressisme urbain en Espagne
      Subtitle
      Eau, gaz, électricité à Bilbao et dans les villes cantabriques, 1840-1930
      Year of publication
      2009
      Place of publication
      Bordeaux
      Publisher
      Presses Univ. de Bordeaux
      Number of pages
      497
      ISBN
      978-2-86781-450-1
      Subject classification
      Local History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century, 20th century → 1900 - 1919, 20th century → 1920 - 1929, 20th century → 1930 - 1939
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain
      Subject headings
      Stadtverwaltung
      Kommunaler Versorgungsbetrieb
      Bilbao
      Santander
      Stadtentwicklung
      Geschichte 1840-1930
      Kantabrien
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/3762
      recensio.net-ID
      92fa133aea00ae2736102f21da968ee0
      DOI
      10.15463/rec.1189737506
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Alexandre Fernandez: Un progressisme urbain en Espagne. Eau, gaz, électricité à Bilbao et dans les villes cantabriques, 1840-1930 (reviewed by Philippe Lavastre)

Cet ouvrage étudie la formation des réseaux de distribution d’eau, de gaz et d’électricité à Bilbao, Saint-Sébastien et Santander durant la deuxième moitié du xixe siècle et le premier tiers du xxe siècle, période de modernisation des villes espagnoles. Extrêmement bien documentée, l’histoire de ces réseaux est mise en perspective avec celle d’autres villes européennes, notamment françaises, déjà étudiées par Alexandre Fernandez. Derrière les aspects techniques, l’auteur démontre l’émergence d’une nouvelle édilité urbaine, en insistant sur le rôle des acteurs locaux, les pouvoirs municipaux et les élites. Cet ouvrage s’insère ainsi pleinement dans la continuité des travaux des hispanistes français, notamment en histoire urbaine, qui donnent, depuis déjà de longues années, une grande place aux acteurs pour mettre en évidence différents phénomènes historiques. De même, il s’agit d’une étude transversale, d’autant plus précieuse que rare en histoire urbaine de l’Espagne.

Alexandre Fernandez montre comment des services, de plus en plus liés à la responsabilité municipale, entrent dans le champ de l’édilité. La construction des réseaux permet d’établir les conditions d’une sorte de progressisme urbain. Les édiles des trois villes doivent s’entendre avec différents types d’opérateurs, de grandes entreprises qui interviennent déjà dans d’autres villes européennes, comme la compagnie Lebon, des sociétés créées pour l’occasion, comme la compagnie des eaux à Santander, voire des coopératives. La démarche de l’auteur vise à comparer les logiques locales avec celles de l’administration en réseau des grands équipements et à estimer la part que les sociétés urbaines ont voulu donner à leur effort d’équipement.

Pour étayer son raisonnement, Alexandre Fernandez s’appuie sur une recherche documentaire très fouillée. Principalement menée dans les archives municipales des trois villes en question, elle croise les documents produits par les différentes commissions municipales qui se mettent en place tout au long de la période. Les lacunes, telle que l’absence de registre du commerce à Santander, ont été comblées par l’analyse des archives disponibles d’une partie des sociétés en question, elles-mêmes complétées par des sources diverses comme les guides et annuaires. Ce volume contient également un appareil cartographique pour localiser la géographie des réseaux. Toutefois, la juxtaposition d’informations sur la reproduction de certains plans anciens ne permet pas toujours une lecture facile de ces cartes.

L’ouvrage lui-même se divise en trois parties. La première, qui couvre la période 1840-1880, montre comment une nouvelle édilité se met en place pendant cette phase de structuration. Les élites doivent faire face à plusieurs enjeux. Celui de la cohésion sociale est lié à une amélioration des conditions sanitaires et d’hygiène. La prise de conscience est accentuée par les épidémies ; même si elles touchent l’intérieur des espaces urbains de manière différenciée, elles altèrent la croyance d’habiter dans des villes modernes. C’est le cas à Bilbao avec le choléra en 1893. Cela l’est aussi à Saint-Sébastien où le tourisme, en forte croissance à la fin du xixe siècle, oblige la municipalité à s’équiper.

L’étude minutieuse de la mise en place des trois types de réseau dans les trois villes montre des différences. Ces dernières peuvent être par exemple liées aux avantages comparatifs que procure la proximité des mines de charbon à Santander, qui en fait une des plus petites villes du pays à s’éclairer au gaz au xixe siècle. La progression de la distribution individuelle est aussi dictée par des aspects financiers très contraignants. Le gaz répond à une demande solvable mais qui doit atteindre un certain niveau, contrairement à l’eau. C’est un exemple des multiples variables que doivent gérer les municipalités durant le début de période.

Dans la deuxième partie, l’auteur s’intéresse à l’extension des réseaux et à la gestion des services. Un des chapitres détaille la mise en place de la distribution de l’eau et de l’assainissement. Bilbao, Saint-Sébastien et Santander s’intègrent bien à l’histoire urbaine européenne où, partout, la distribution réticulaire s’impose et entraîne l’abandon de solutions séculaires individuelles. C’est sur cette réponse à la demande sociale et économique que se construisent les outils de l’édilité, notamment par le mode de passation des marchés et les rapports quotidiens avec les opérateurs. La dialectique entre engagements publics et principes marchands forgent ce que l’auteur dénomme le « compromis édilitaire ». L’eau est la marque de cette édilité nouvelle qui administre les biens publics et marchands.

La dernière partie insiste sur certains changements dus à l’apparition d’acteurs de plus grande envergure et à la diffusion de l’électricité. Alexandre Fernandez se centre sur le cas de Bilbao où voit le jour la société Hidroeléctrica Ibérica, compagnie qui ne cherche pas seulement à fournir le marché urbain, mais au contraire à étendre son influence. Le premier tiers du xixe siècle, étudié ici, illustre bien l’oscillation entre édilité et marché, entre forte technicité et consommation qui se massifie. Après le statut de 1924, les collectivités locales ont plus de possibilités d’intervenir directement sur des marchés importants. L’auteur explique que, pour l’affectation des ressources, les arbitrages sont politiques, comme durant toute la période. L’objectif recherché est la modernité et le progrès.