You are here: Home / Reviews / Journals / Mélanges de la Casa de Velázquez / 42 (2012) / 1 / Frontera y Lengua en el alto Ebro (siglos VIII-XI)
Social Media Buttons fb twitter twitter twitter
  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (Review)
      • Sénac, Philippe
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Español
      Author (Monograph)
      • Peterson, David
      Title
      Frontera y Lengua en el alto Ebro (siglos VIII-XI)
      Subtitle
      Las consecuencias e implicaciones de la invasión musulmana
      Year of publication
      2009
      Place of publication
      Logroño
      Publisher
      Instituto de Estudios Riojanos
      Series
      Ciencias históricas
      Series (vol.)
      13
      Number of pages
      464
      ISBN
      9788496637856
      Subject classification
      Local History, Historical Linguistics
      Time classification
      Middle Ages → 6th - 12th century
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain
      Subject headings
      Grenze
      Sprache
      Ebro
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/4482
      recensio.net-ID
      217e50d75ca765abbed0d165e232dbbc
      DOI
      10.15463/rec.1189732371
  • Citation rules

  • Terms of licence

    • This article may be downloaded and/or used within the private copying exemption. Any further use without permission of the rights owner shall be subject to legal licences (§§ 44a-63a UrhG / German Copyright Act).

David Peterson: Frontera y Lengua en el alto Ebro (siglos VIII-XI). Las consecuencias e implicaciones de la invasión musulmana (reviewed by Philippe Sénac)

Le livre de David Peterson est le fruit d’une thèse soutenue en 2006 à l’université de Burgos. Il s’agit d’une approche à la fois historique et linguistique de la frontière dans le nord de la péninsule au cours du haut Moyen Âge et, plus précisément, de la Castille à la Rioja. Comprenant 462 pages et accompagnée de nombreux tableaux et d’un précieux índice de personas y lugares, l’étude doit être lue parallèlement à la récente thèse de Jésus Lorenzo sur la dawla de los Banû Qasî (Madrid, 2010). Considérant la frontière entre musulmans et chrétiens dans la haute vallée de l’Èbre comme un champ d’étude privilégié avant les progrès territoriaux enregistrés par le roi Sancho Garcés Ier (905-925), l’auteur entend aborder cet espace en examinant successivement trois estratos onomásticos, le basque, le castillan, et l’anthroponymie juive de la région de Nájera. La thèse défendue par l’auteur s’inscrit dans un courant historiographique très récent visant à démontrer, de la Catalogne au León, que la présence musulmane fut plus profonde qu’on l’avait longtemps considéré. Pour conforter cette thèse, l’auteur privilégie une méthode fondée sur une périodisation de l’onomastique figurant dans les sources narratives, qu’elles soient arabes ou latines, ainsi que dans les actes de plusieurs collections diplomatiques ou dans des récits hagiographiques comme la vie de San Millán.

David Peterson aborde en premier lieu le processus de conquête de ces régions par les musulmans en privilégiant les données fournies par Pedro Chalmeta (Invasión e Islamización, Madrid, 1994), au moyen de pactes en Rioja ou par la force des armes en Castille. Il évoque ensuite les traces laissées par les contingents berbères dans la région en s’appuyant sur les travaux d’Oliver Asín et en relevant d’autres toponymes à consonance arabe comme zahara, certains toponymes étant liés à des noms de tribus regroupés sur une carte (p. 110). On retiendra comme tout à fait pertinente l’idée selon laquelle les musulmans furent en petit nombre dans la haute Rioja du xe siècle (p. 167), mais on modèrera cette affirmation dans la mesure où, à la fin du ixe siècle, les muwallades étaient suffisamment nombreux et puissants pour décimer les grands lignages arabes de la Marche Supérieure, près de Viguera, selon al-‘Udhrî. Après avoir insisté sur la fréquence des raids menés par le souverain ‘Abd al-Rahmân III dans la région vers le milieu du xe siècle, l’auteur met en cause l’importance de Nájera à cette époque et son statut de capitale du royaume de Pampelune. La suite de l’ouvrage souligne l’importance de l’onomastique sémitique en Castille (300 noms au début du xe siècle qui sont regroupés sur des tableaux, pp. 262-265), ce qui l’amène à conclure qu’entre 15 et 20 % de la paysannerie de la région de Burgos portait un nom d’origine arabe. Mettant également en cause l’idée d’une migration mozarabe dans ces régions, l’auteur examine d’autres hypothèses comme la présence d’une population juive arabisée de manière précoce ainsi qu’une possible colonisation berbère, pour finalement admettre l’idée d’une islamisation autochtone. Repoussant la thèse d’une islamisation lente émise par Richard Bulliet, David Peterson considère que la population de la Cuenca du Duero était déjà arabisée vers 750 : « Especificamente, creemos que gran parte de la población de la Cuenca del Duero en torno al año 750 sería ya culturalmente arabizada » (p. 291), affirmation sans doute excessive au regard de la minceur des sources écrites. Le chapitre intitulé La cronología del vascuence al sur del Ebro souligne ensuite l’étendue de l’aire d’influence du basque en se fondant sur des sources variées, à commencer par les actes du cartulaire de San Millán de la Cogolla. Malgré l’extrême pauvreté des sources de ce temps, l’auteur n’hésite pas à proposer une présence très précoce du basque dans ces régions en évoquant l’acte de fondation du couvent de San Miguel de Pedroso en 759. Il plaide pour l’existence d’une lengua común vasca au cours des ve-viie siècles malgré l’absence de tout élément onomastique basque dans la Vita de San Millán. Le dernier chapitre, sans lien direct avec le précédent, défend l’idée d’une présence de communautés juives dans la région, le premier document étant un texte de l’année 905 dans lequel est mentionné près de León un Habaz, quondam iudeus, postea vero christianus et monacus (p. 371). L’importance de ces groupes était cependant assez réduite en direction de l’Est même si une note ajoutée au fuero de Castrojeriz évoque également la présence de juifs.

En résumé, bien documenté et suggestif, l’ouvrage de David Peterson vient apporter une contribution pionnière à l’idée d’une perméabilité de la frontière au cours du haut Moyen Âge. Remettant en cause l’origine « mozarabe » de nombreux toponymes, l’auteur défend l’idée d’une forte arabisation de la Castille septentrionale, essentiellement perceptible au travers de toponymes liés à des aspects militaires et administratifs ou de vocables diffus tels que Quintana (de khums). On retiendra également l’idée que réduire l’histoire de ces périphéries d’al-Andalus à une lutte entre chrétiens et musulmans serait simpliste (p. 415), mais il n’empêche que l’intensité des combats qui se déroulèrent sur ces terres attestent bien de la validité de cette clé de lecture comme l’indique, dans les dictionnaires biographiques andalous, la présence répétée de fuqahâ’ qui se livrèrent au djihâd à Nájera et à Tudèle en tant que murabitûn (cf. al-Khushanî). Sans remettre en cause l’originalité de la méthode employée par David Peterson, on soulignera finalement qu’il est difficile d’accepter les hypothèses concernant les origines « arabe » ou « berbère » de tous les toponymes étudiés et qu’il est peut-être aventureux d’en déduire des conclusions historiques au regard de la minceur des données fournies par les sources arabes. Parallèlement à la méthode proposée, l’usage de l’archéologie demeure indispensable pour cerner la notion de « frontière » dans ces régions périphériques.

Filed under: , ,