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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (Review)
      • Glesener, Thomas
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Català
      Author (Monograph)
      • Simon i Tarrés, Antoni
      Title
      Del 1640 al 1705
      Subtitle
      L’autogovern de Catalunya i la clase dirigent catalana en el joc de la política internacional europea
      Year of publication
      2011
      Place of publication
      València
      Publisher
      Universitat de València-Institut d’Estudis Catalans
      Series
      Història
      Number of pages
      368
      ISBN
      9788437084640
      Subject classification
      Political History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 17th century, Modern age until 1900 → 18th century
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain
      Subject headings
      Katalonien
      Autonomiebewegung
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/5412
      recensio.net-ID
      3318670e385b4393a67a72f7ad77dce9
      DOI
      10.15463/rec.1189729749
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Antoni Simon i Tarrés: Del 1640 al 1705. L’autogovern de Catalunya i la clase dirigent catalana en el joc de la política internacional europea (reviewed by Thomas Glesener)

Antoni Simon i Tarrés, Del 1640 al 1705. L’autogovern de Catalunya i la clase dirigent catalana en el joc de la política internacional europea, Valence, Universitat de València-Institut d’Estudis Catalans, 2011, 368 p.

 

Les mémoires collectives des nations sans État se distinguent par la place qu’elles accordent aux défaites glorieuses et aux victoires à la Pyrrhus lesquelles, dans la réflexion sur leur identité historique, sont ressassées comme autant d’occasions manquées d’accéder à l’autodétermination. Entre nostalgie et uchronie, ces événements sont devenus d’authentiques lieux de mémoire qui instruisent à partir des défaites d’hier les combats du présent. En Catalogne, la révolte des Segadors de 1640 et la reconnaissance du prétendant autrichien au trône d’Espagne en 1705 sont de ces monuments érigés par le catalanisme au xixe siècle, qui ont nourri inlassablement la réflexion historiographique sur l’identité nationale et sur la domination hispano-castillane. Parmi de nombreuses interprétations, la thèse de Ferran Soldevila, développée dans sa grande Història de Catalunya (1934-1935), a fait école. Elle postule la différence profonde des deux événements : en 1640, la révolte des Segadors aurait été un mouvement d’opposition à la politique d’Olivarès en vue de préserver les privilèges et l’autonomie des institutions catalanes. À l’inverse, la reconnaissance de l’archiduc Charles en 1705 aurait témoigné d’une volonté des élites catalanes de prendre le contrôle de la monarchie hispanique, ou du moins de porter leur propre projet politique jusqu’au sommet de l’État royal. C’est le développement économique de la Catalogne et l’apparition d’une bourgeoisie marchande dans la seconde moitié du xviie siècle qui expliqueraient le basculement des élites catalanes d’une position de repli à la volonté de conquête du pouvoir monarchique.

 

Dès lors, non seulement parce qu’il revisite deux épisodes très connus de l’historiographie catalane, mais aussi parce qu’il remet en question l’autorité de la thèse soldevilienne, l’ouvrage d’A. Simon i Tarrés ne manque pas d’ambition. En effet, il réfute l’hypothèse du basculement des élites catalanes au cours du règne de Charles II, selon lui insuffisamment étayée d’un point de vue documentaire, et prône au contraire la continuité du combat politique de la classe dirigeante pour récupérer l’autonomie et les privilèges perdus en 1652 lors de la reconquête de la Catalogne par les troupes royales. En l’occurrence, il identifie deux constantes dans les revendications des élites catalanes : la suppression des taxes pour le logement des troupes et l’abandon du contrôle royal sur le tirage au sort des membres des institutions locales (insaculación). Selon lui, il s’agit là de la principale pomme de discorde entre Madrid et Barcelone, nourrie par une profonde méfiance mutuelle, qu’aucune autre concession de la couronne ne parvient à faire oublier. Par conséquent, le ralliement de 1705 à l’archiduc Charles n’est pas, selon l’auteur, le résultat d’une ambition nouvelle, mais l’aboutissement d’un combat d’un demi-siècle semé de frustrations et de revendications non satisfaites qui amène les élites catalanes à franchir le Rubicon de la rupture avec Madrid.

 

Cette thèse ambitieuse, dont on perçoit clairement les enjeux contemporains, a engendré un beau livre d’histoire dont l’apport historiographique ne se réduit pas au seul débat sur l’identité catalane. En effet, l’ouvrage est organisé selon un plan chronologique en trois parties, dont la première est consacrée à la révolte des Segadors et la dernière aux prémices catalanes de la guerre de Succession d’Espagne. La partie centrale est dédiée aux révoltes paysannes dites des Barretines (1687-1689) ; elle constitue le pivot de l’argumentation de l’auteur et l’apport le plus novateur du livre. En effet, alors que la thèse soldevilienne appuyait l’hypothèse du basculement des élites catalanes sur le soutien qu’elles apportent au coup d’État de Don Juan José en 1677, y voyant les prémices d’une implication catalane dans les affaires politiques de la monarchie, A. Simon i Tarrés dessine une généalogie différente qui met l’accent sur les révoltes de 1687-1689. À travers cet épisode, l’auteur souligne la continuité des revendications de l’élite dirigeante barcelonaise et celles de notables ruraux depuis la défaite des Segadors, les uns cherchant à reprendre le contrôle sur l’insaculación, les autres réclamant l’abandon des taxes sur le logement des troupes. Ce mouvement d’ampleur, appuyé par la menace d’une intervention française, oblige Madrid à rappeler son vice-roi et à céder du terrain sur le plan politique. Cependant, en 1689, les troupes françaises sont battues, alors que la révolte prend un tour plus populaire, amenant la classe dirigeante barcelonaise, affaiblie, à appuyer le vice-roi pour mater la rébellion. Cette alliance de circonstance ne permet toutefois pas de rétablir des liens de confiance entre Madrid et Barcelone, la couronne ne cédant pas sur les deux principales revendications qui avaient été à l’origine de la révolte. La révolte des Barretines apparaît donc comme un moment charnière qui aurait pu aussi bien déboucher sur un vaste mouvement autonomiste à l’image de la révolte des Segadors ou, au contraire, sur un nouveau pacte de fidélité entre la Catalogne et la monarchie hispanique. La méfiance réciproque qui anime les cercles dirigeants à Madrid et à Barcelone est alimentée par ces occasions manquées qui finissent par trouver un dénouement dramatique dans la guerre de Succession d’Espagne.

 

Cependant, l’histoire racontée par A. Simon i Tarrés n’est pas un jeu à deux, mais bien à trois bandes, car les tensions entre Madrid et Barcelone sont étroitement tributaires du jeu diplomatique et militaire de la France en Catalogne. S’appuyant sur des travaux récents — et notamment ceux d’Oscar Jané — l’auteur souligne l’évolution du rapport des élites catalanes au voisin français. Avec l’alliance en 1641 et l’intervention en 1689, les Catalans ont cherché auprès de la France un soutien à leurs revendications politiques vis-à-vis de Madrid même s’ils n’envisageaient pas, dans un premier temps, ni la sécession de l’Espagne, ni le rattachement à la France. Toutefois, Versailles n’a jamais considéré la Catalogne autrement que comme un couloir militaire pour affaiblir l’Espagne : l’abandon en 1652, l’annexion du Roussillon en 1659 et surtout la guerre dévastatrice de 1696-1698 ont progressivement fait passer la France du rang de protecteur à celui de pire ennemi. À la fin du xviie siècle, la faiblesse politique et militaire de l’Espagne oblige celle-ci à faire appel à l’Empereur pour secourir les Catalans contre la menace française. À Barcelone, le vice-roi Darmstadt est célébré en héros et joue un rôle déterminant dans la constitution d’un parti autrichien en vue de la succession d’Espagne. En 1700, le testament de Charles II constitue une défaite pour les Catalans, puisque leur ancienne méfiance à l’égard de Madrid se voit avivée par l’avènement du petit-fils de Louis XIV. Aux Cortès de 1701-1702, le refus de Philippe V de restaurer l’autonomie perdue en 1652 pousse les élites catalanes dans le camp autrichien.

 

L’ouvrage d’A. Simon i Tarrés alimentera vraisemblablement le débat sur la question de savoir si les élites catalanes ont nourri ou non dès le xviie siècle un projet politique pour l’Espagne. Cautionnée par l’Institut d’Estudis Catalans, co-éditeur de l’ouvrage, une réfutation aussi tranchée de la thèse soldevilienne est riche d’enseignement sur la radicalisation croissante de l’historiographie catalane. Si ces partis pris paraissent parfois relever d’un autre âge, ils ne se font jamais au détriment de la rigueur de la démonstration, et ils ont surtout le mérite de poser une thèse ambitieuse qui éclaire de façon inédite une période décisive de l’histoire de la Catalogne, de l’Espagne et de l’Europe.