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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (Review)
      • Poutrin, Isabelle
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Español
      Author (Monograph)
      • Amelang, James S.
      Title
      Historias paralelas
      Subtitle
      Judeoconversos y moriscos en la España moderna
      Year of publication
      2011
      Place of publication
      Madrid
      Publisher
      Akal
      Series
      Akal universitaria
      Series (vol.)
      321
      Number of pages
      366
      ISBN
      9788446032298
      Subject classification
      Jewish History, History of religion, Social and Cultural History
      Time classification
      Middle Ages → 14th century, Middle Ages → 15th century, Modern age until 1900 → 16th century, Modern age until 1900 → 17th century, Modern age until 1900 → 18th century
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain
      Subject headings
      Spanien
      Marranen
      Morisken
      Ethnische Beziehung
      Religiöse Toleranz
      Geschichte 1391-1731
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/5403
      recensio.net-ID
      3428695f636d485e9131d5e5a27df851
      DOI
      10.15463/rec.1189727916
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James S. Amelang: Historias paralelas. Judeoconversos y moriscos en la España moderna (reviewed by Isabelle Poutrin)

James S. Amelang, Historias paralelas. Judeoconversos y moriscos en la España moderna, Madrid, Akal, 2011, 366 p.

 

À partir de 1391, avec la grande vague de massacres qui frappa les communautés juives, l’Espagne s’engagea pour deux siècles dans un processus de conversion des minorités religieuses qui vivaient sous la protection du pouvoir politique chrétien ou qui, dans le cas des musulmans du royaume de Grenade vaincu en 1492, y furent placées par la conquête. Ces conversions furent, dans leur immense majorité, obtenues par diverses formes de contrainte, notamment par des décrets d’expulsion qui devaient inciter les juifs (en 1492) et les musulmans (en 1502 et 1525-1526) à recevoir le baptême. Comme le souligne J. Amelang (p. 173), cette violence initiale voua à l’échec l’entreprise d’unification religieuse : les « nouveaux chrétiens » issus du judaïsme et de l’islam formèrent dans la société deux minorités (judéo-convers et morisques) d’un type inédit jusqu’alors dans le monde chrétien, puisque, appartenant à l’Église par le baptême, ils conservaient une identité de groupe qui résultait non seulement de leur propre résistance à la conversion, mais aussi, et peut-être surtout, de leur assignation à cette identité de « nouveaux chrétiens » par la société majoritaire.

 

Si l’histoire des judéo-convers et des morisques relève en partie de l’histoire du judaïsme et de l’islam, c’est avant tout sous l’angle sociopolitique que J. Amelang étudie ces deux groupes, en des exposés successifs qui justifient le titre d’« Histoires parallèles » donné à l’ouvrage. L’originalité de ce livre réside essentiellement dans le fait de réunir l’étude des deux minorités tant, jusqu’à ces dernières années, celles-ci relevaient de champs historiographiques éclatés. À la coupure chronologique entre histoire médiévale et histoire moderne, qui renvoyait le xve siècle et les Rois Catholiques du côté du Moyen Âge, brouillant la perception des continuités, s’ajoutait la séparation entre études morisques (dispersées entre histoire et philologie arabe) et recherches sur les judéo-convers relevant des études juives, de la littérature en langue espagnole et de l’histoire générale. Si les enquêtes consacrées à l’Inquisition espagnole ont contribué à relier les deux thématiques, on ne disposait pas d’un travail de synthèse permettant d’approcher conjointement judéo-convers et morisques. Il faut donc saluer l’initiative de J. Amelang, qui livre ici le résultat de plusieurs années de plongée dans un ensemble historiographique très vaste et divers, produisant un ouvrage solide, d’un format raisonnable, rédigé avec clarté, accessible aux enseignants et aux étudiants comme à un plus large public.

 

Le premier exposé (pp. 35-85) est consacré aux morisques. Après une évocation rapide de la conversion des musulmans au christianisme, l’auteur retrace les efforts des autorités pour évangéliser les morisques et supprimer leurs spécificités culturelles tout en leur imposant de lourdes charges fiscales et économiques. Après la révolte des morisques de Grenade, l’idée de l’expulsion naît en 1581, mais c’est Philippe III qui prend la décision, incité par la reine Marguerite d’Autriche et surtout par le duc de Lerma. Ayant posé ces repères chronologiques, l’auteur développe des approches thématiques : les représentations des morisques forgées par les vieux chrétiens, la question difficile de la religiosité morisque qui est abordée de façon nuancée, les facteurs de cohésion des communautés morisques, puis l’expression d’une culture spécifique, fortement centrée sur l’islam. Après un développement sur l’affaire des Plombs de Grenade, un panorama des lieux d’exil des morisques termine cet exposé qui, tout en présentant l’essentiel, laisse un peu le lecteur sur sa faim. Dans ses qualités comme dans ses limites, et notamment dans la priorité donnée à la perspective socioculturelle d’un côté, politique de l’autre, il reflète largement l’état de l’historiographie, restée plus timide sur les thèmes religieux.

 

Un espace deux fois plus large est réservé aux judéo-convers (pp. 87-172), ce qui permet à J. Amelang de traiter de la formation du groupe converso en Espagne et de la persécution des judaïsants, mais aussi de développer des analyses sur la construction d’une identité spécifique et de montrer le déploiement, jusque dans le Nouveau Monde, de la diaspora des judéo-convers originaires d’Espagne, sans oublier les questionnements sur l’influence du marranisme dans l’évolution de la pensée européenne. L’historiographie mobilisée ici est d’une grande richesse, et l’exercice de synthèse est à l’évidence maîtrisé.

 

Quelques choix de vocabulaire prêtent à discussion, comme l’emploi du terme « minorité ethnique » pour désigner les morisques (p. 51) ; ceux-ci sont en effet pour les autorités chrétiennes des « infidèles baptisés » que le regard de la société majoritaire au cours du siècle a constitués en groupe racisé. Cette évolution aurait mérité une analyse plus fine, qui est présentée pour les judéo-convers (p. 106). De même, le terme « antisémitisme » (p. 107) est préféré à celui d’antijudaïsme : ce raccourci méritait une explication. Par ailleurs, l’expulsion des morisques est comparée, pour son ampleur, à celles des juifs d’Espagne de 1492 et des huguenots après la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685 (p. 48 et 93), comparaison erronée puisque Louis XIV a interdit, et non ordonné, que les protestants quittent le royaume de France.

 

Enfin, on peut regretter le choix qui a présidé à la composition de l’ensemble : ces « histoires parallèles » sont en réalité intimement liées à travers les séquences successives de conversions et d’expulsions, mais les judéo-convers étant étudiés ici après les morisques, les continuités des politiques de conversion et de persécution n’apparaissent pas. D’autres thèmes se prêtaient à une étude transversale, comme ceux par exemple de la formation d’identités de groupe, ou des stratégies d’intégration ou de résistance.

 

Ces deux exposés sont suivis d’une seconde partie (pp. 181-347), soit près de la moitié du volume, où se développent les références bibliographiques correspondant, page après page, aux points abordés précédemment. Ces notes de longueur variable constituent autant de très utiles mises au point qui peuvent se lire indépendamment de la première partie. Elles privilégient la bibliographie en espagnol et en anglais, l’auteur précisant à juste titre qu’il n’a pas prétendu à l’exhaustivité. Si l’exercice présente d’évidentes limites, surtout dans des champs de recherche aussi dynamiques et internationaux que ceux dont il s’agit ici, le lecteur trouvera amplement matière à prolonger ces « Histoires parallèles » au gré des curiosités que l’ouvrage ne manquera pas de susciter.