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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (review)
      • Roig Miranda, Marie
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      Español
      Author (monograph)
      • Cacho Casal, Rodrigo
      Title
      ˜Laœ esfera del ingenio. Las silvas de Quevedo y la tradición europea
      Subtitle
      Las silvas de Quevedo y la tradición europea
      Year of publication
      2012
      Place of publication
      Madrid
      Publisher
      Biblioteca Nueva
      Series
      Colección Estudios críticos de literatura y de lingüística
      Series (vol.)
      55
      Number of pages
      264
      ISBN
      978-84-9940-423-3
      Subject classification
      History of literature
      Time classification
      Modern age until 1900 → 16th century, Modern age until 1900 → 17th century
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain
      Subject headings
      Madrid
      Quevedo y Villegas, Francisco Gómez de
      Quevedo, Francisco de / 1580-1645 / Criticism and interpretation
      Schriftsteller
      Villanueva De Los Infantes
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/5409
      recensio.net-ID
      c0a15bb45b05476eab701c167f76515c
      DOI
      10.15463/rec.1189719834
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Rodrigo Cacho Casal: ˜Laœ esfera del ingenio. Las silvas de Quevedo y la tradición europea (reviewed by Marie Roig Miranda)

Rodrigo Cacho Casal, La esfera del ingenio. Las silvas de Quevedo y la tradición europea, Madrid, Biblioteca Nueva, 2012, 264 p.

 

Après avoir étudié le burlesque et l’importance de l’inspiration italienne dans la poésie de Quevedo, Rodrigo Cacho Casal se tourne, avec cet ouvrage sur les silvas, vers l’analyse d’une poésie de tonalité morale, mais où l’ingenio quévédien se développe également. Comme l’indique le sous-titre, la volonté de l’auteur est d’inscrire l’écriture quévédienne des silvas dans une tradition européenne, en même temps qu’il veut en dégager l’originalité. Et cela en conciliant l’analyse littéraire avec l’étude des cadres idéologiques et philosophiques dans lesquels elles sont créées.

 

Le livre se compose de deux parties inégales, la première, sur « Quevedo y la modernidad poética » (pp. 23-86), étant à la fois un cadre général et une introduction à la deuxième, « Una poética de la modernidad : las silvas y la tradición europea » (pp. 86-227), qui analyse, en quatre chapitres, quatre des silvas de Quevedo.

 

La première partie comprend deux chapitres. Le premier, « Conceptismo y modernidad poética » (pp. 23-60), apporte une caractérisation du concepto dans la notion de rapidité, propre à l’époque et signe de modernité, dans toute l’Europe, et situe Quevedo dans cette orbite de modernité poétique. Particulièrement intéressantes me semblent les pp. 53-54, commentaire des vv. 141-148 de Bl. 755 sur les « pliegues del lenguaje », qui superposent les différents éléments du signe saussurien.

 

Le deuxième chapitre, « La trayectoria de un poeta : las silvas » (pp. 61-86), ébauche la trajectoire poétique de Quevedo et y situe la trentaine de silvas qu’il a écrites au cours de sa vie, genre à la fois nouveau et ancien. Ce que l’auteur va y montrer, c’est que : « En sus manos, la silva se convierte en un oxímoron que ensalza la tradición y, al mismo tiempo, la consume en aras de la novedad ». Cette nouveauté exalte beaucoup des inquiétudes esthétiques et idéologiques de l’époque.

 

La deuxième partie analyse les caractères particuliers de ces deux traits dans la silva « El pincel » (chap. i, pp. 89-127), la silva « Execración contra el inventor de la artillería » (chap. ii, pp. 129-158), l’« Himno a las estrellas » (chap. iii, pp. 159-184) et la silva « Roma antigua y moderna » (chap. iv, pp. 185-220), l’étude de la première et de la dernière étant plus développée. R. Cacho Casal y montre comment ces compositions sont liées à la trajectoire poétique de Quevedo, qui y établit un dialogue ouvert avec des disciplines comme la peinture, l’astronomie, avec le mythe des inventeurs, le progrès technologique et la mnemotechnique. Comment aussi il imite des œuvres italiennes, françaises et néo-latines, se situant ainsi à la frontière entre la Renaissance et le Baroque et au centre de la modernité poétique européenne, comme une de ses voix les plus complexes et originales, ses silvas étant un creuset d’innovation et dialoguant les unes avec les autres.


Ainsi, dans le chap. i (« El pincel y el alfabeto de las imágenes »), où il étudie El pincel (Bl. 205, d’après le texte de son édition de 2012 dans Criticón), il montre ses rapports avec Le Pinceau de Rémy Belleau, amplification de l’ode XXVIII des Anacréontiques, traduites en français par R. Belleau dans ses Odes d’Anacréon (1556), mais aussi l’originalité de Quevedo dans sa préférence pour le Titien et l’École vénitienne. Il analyse également les cinq versions différentes du texte de Quevedo et surtout la dernière dans le temps, où Velasquez se substitue à Antonio Ricci et Juan Pantoja de la Cruz, ce qui est une preuve indubitable de la modernité de Quevedo.

 

Dans le chap. ii (« La artillería o el progreso descaminado »), sont étudiées les six versions connues du poème (Bl. 144), dans une comparaison avec les invectives antérieures (d’Horace à Marino) contre les inventeurs et avec d’autres textes de Quevedo contre les armes à feu.

 

Le chap. iii (« La poesía entre las estrellas ») est consacré à l’Himno a las estrellas (Bl. 401). Là aussi, l’imitation de textes antérieurs est importante, de Stace à Marino, ainsi que le dialogue avec des poètes comme fray Luis, Ronsard et Marulle, et la connaissance des Hymnes orphiques. Trois versions nous sont parvenues, qui manifestent une élaboration du poème sur une longue période. Il s’agit d’exalter les étoiles de l’intelligence et de ses pointes.

 

La quatrième silva étudiée, dans le chap. vi, « Roma y las ruinas de la memoria », est Bl. 137, dont nous avons quatre versions. L’auteur y voit une « archéologie de la mémoire » où apparaissent deux strates de passé, l’humanisme européen et la tradition classique, à travers la lecture de Du Bellay, mais où le résultat est la synthèse de ces deux passés dans le présent de Rome et l’apothéose de la Rome moderne, siège de l’Église catholique. Au-delà, la véritable vie de Rome se crée dans l’art et dans le poème de Quevedo.

 

Même si ces analyses sont le développement d’articles déjà publiés ou sous presse (entre 2004 et 2012), comme l’indique l’auteur à la note 1 de la p. 18, leur juxtaposition permet une vision plus globale de l’ensemble des silvas quévédiennes.

 

Les conclusions (pp. 223-227) reprennent de manière synthétique les analogies de la sphère, du mouvement, de la rapidité et la caractérisation de la silva comme vieux genre renouvelé de la Première partie, appliquées au cas particulier des silvas de Quevedo, qui les réécrit en suivant le nouveau code conceptiste du xviie siècle et cela sûrement jusqu’aux dernières années de sa vie.

 

Une bibliographie très fournie, impressionnante, clôt le volume (pp. 229-251) et montre l’ampleur des lectures de l’auteur. Elle porte sur Quevedo, bien sûr, sur d’autres auteurs antiques ou modernes européens, œuvres et études critiques apparaissant mélangées dans l’ordre alphabétique, mêlées à des ouvrages sur la civilisation, la rhétorique, la méthodologie, les sciences, les arts et en particulier la peinture. Classée, cette bibliographie aurait été plus utile au lecteur soucieux de préciser son information.

 

Elle est suivie d’un index onomastique (pp. 255-264), fort utile pour retrouver des passages précis et pour situer l’information quévédienne et les points de vue retenus par l’auteur.

 

Ce livre soutient une thèse, celle de l’insertion de Quevedo dans une pensée et des intérêts encyclopédiques européens et de son originalité dans ce mouvement. On peut ne pas être d’accord avec la thèse générale ou avec certains de ses aspects, mais il faut reconnaître à l’auteur une grande honnêteté à la fois dans l’étude et l’exploitation des travaux antérieurs sur Quevedo en général et sur ses silvas (pp. 75-82) et dans sa manière d’analyser les textes de Quevedo. Dans cette mesure, cet ouvrage doit être lu et médité, pour une meilleure connaissance de cet écrivain si étudié, mais encore en grande partie mal connu ou compris.

 

Dans l’introduction, R. Cacho Casal affirme : « Quevedo es una magia que intoxica el espíritu, lo enriquece y lo consume. Por eso es bueno reconocer cuándo hay que parar. Después de este libro, no creo que me queden fuerzas ni fantasía para volver a escribir otro dedicado a los escritos quevedianos ». Remercions R. Cacho Casal de ses efforts et espérons que l’impression d’enrichissement dominera chez lui, qu’il ne s’arrêtera pas et nous offrira encore de beaux livres sur Quevedo.