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  • Metadaten

    • Dokumenttyp
      Rezension (Monographie)
      Zeitschrift
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Autor (Rezension)
      • Galinier, Jacques
      Sprache (Rezension)
      Français
      Sprache (Monographie)
      Português
      Herausgeber (Monographie)
      • Godinho, Paula
      Titel
      Máscaras, mistérios e segredos
      Erscheinungsjahr
      2011
      Erscheinungsort
      Lisbonne
      Verlag
      Edições Colibri
      Reihe
      Colecção A IELTsar se vai ao longe
      Reihennummer
      34
      Umfang
      178
      ISBN
      9789896891428
      Thematische Klassifikation
      Literaturgeschichte
      Zeitliche Klassifikation
      20. Jahrhundert
      Regionale Klassifikation
      Europa → Südeuropa → Portugal
      Schlagwörter
      Pessoa, Fernando
      Maske <Motiv>
      Kongress / Lissabon <2010>
      Aufsatzsammlung
      Original URL
      http://mcv.revues.org/5427
      recensio-Datum
      27.03.2014
      recensio-ID
      5af86722dad54403a82f8ca9390be8cf
      DOI
      10.15463/rec.1189720408
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Paula Godinho (Hg.): Máscaras, mistérios e segredos (rezensiert von Jacques Galinier)

Paula Godinho (coord.), Máscaras, mistérios e segredos, Lisbonne, Edições Colibri, 2011, 178 p.

 

L’attention soutenue apportée à l’étude des masques a longtemps été le privilège de l’anthropologie des mondes exotiques. Elle continue de l’être avec des recherches qui articulent la sémiologie de l’objet à l’approche fine de la complexité des schèmes d’organisation sociale et des théories indigènes de la personne, en expliquant comment les masques dévoilent leur toute-puissance dans des espaces d’action bien ciblés. En Europe, les études de folklore font ressortir l’infinie diversité de leurs formes, matériaux, usages, et du symbolisme de leurs représentations locales. Les actes de ce colloque de l’Instituto de Estudos de Literatura Tradicional de l’Universidade Nova (Lisbonne) répondent à une démarche originale, en replaçant le concept de masque en position rectrice dans l’arsenal des dispositifs rituels attestés sur le territoire portugais — pour saisir quelques principes moteurs animant la vie culturelle des sociétés rurales — et dans de grands classiques de la littérature. Ce projet, porté par Paula Godinho, a ceci de particulier d’associer des essais à portée générale à des observations ethnographiques, des réflexions théoriques d’inspiration phénoménologique à des gloses littéraires, en concédant une place de choix au monument du Modernisme que constitue l’œuvre de Fernando Pessoa. Le parti pris de la transversalité se déploie dans un cahier central, dont quatre contributions rendent justice au scénario génial inventé par le maître des hétéronymies, et qui ne peuvent manquer d’alerter l’ethnologue sur son terrain, lorsqu’il tente de dénouer l’écheveau des constructions identitaires que les rituels donnent précisément à voir… ou à occulter. L’énigme est donc au cœur des récits retenus, qu’elle soit lovée dans des textes ou dans des discours, voire des exégèses indigènes. La trilogie « Masques, mystères et secrets », sera explorée tout au long de cette riche collection d’essais en quête de l’alchimie complexe liant le secret et sa monstration, comme le souligne en introduction Paula Godinho.

 

L’ouvrage se décompose en quatre volets. Le premier, « Des masques et des processus », commence par une exploration des figures de l’autre et du concept de « seconde peau » par Carlos Augusto Ribeiro puis, en passant du rite au théâtre, de l’idée de « masque neutre » comme prosopon, cet autre visage, selon André Gago, ou voilement de l’identité chez les femmes guerrières de la mythologie classique, saisies dans leur « métamorphose » en corps masculin (Natália Maria Lopes Nunes). Les masques du cycle hivernal dans le Tras os Montes mettent en scène au cours de l’histoire récente quatre processus : dévitalisation, réinvention, emblématisation et patrimonialisation, processus dans lequel s’imbriquent les niveaux local et mondial du capitalisme marchand, avec pour enjeu une paradoxale quête d’« authenticité » (Paula Godinho). Le second chapitre, « Le masque dans le modernisme portugais », s’ouvre sur une approche comparative de la signification des masques chez Pessoa, pour dévoiler tant ce qu’il occulte que ce qu’il révèle à travers l’acte de « feindre » (fingir), à l’image de l’hétéronyme Alvaro de Campos campé en Juif Portugais (Teresa Rita Lopes). Encore chez Pessoa, les fictions policières alimentent le jeu des masques, dont le déchiffrement « transformerait les questions existentielles en pures charades de la vie réelle » (Ana Freitas). Toute l’œuvre de l’auteur du Livre de l’intranquillité se résumerait dans cet art d’être différent, de s’« autrifier », pour séparer le créateur d’une œuvre de son propre corps (Luisa Medeiros). C’est encore Alvaro de Campos qui sur le mode épistolaire sert de meilleur « masque » de la pensée de son concepteur (Manuela Parreira da Silva). Dans le troisième chapitre, « Secrets et mystères », Ana Paula Guimarães considère la transmission intergénérationnelle des secrets et des énigmes devenant traditions populaires, Ana Paiva Morais examinant quant à elle le statut des fables pouvant raconter tant l’ « illusion que son antidote » dans son auto-domestication. Filomena Sousa commente le projet Memoriamedia, destiné à la collecte et à la promotion des traditions orales, soulignant la difficulté de révéler les « secrets » transmis par la video aux chercheurs, acte induisant un nouveau type de relations entre les acteurs. Dans la quatrième partie, « Masque, visages, comportements », Inês de Ornellas e Castro se penche sur le théâtre latin, en scrutant l’acteur derrière le masque, voué à l’« infamie », dépourvu de auctoritas, comme les autres protagonistes de la scène théâtrale. António Bracinha Vieira aborde les rapports entre masques, mimiques et universaux du comportement, considérant le régime d’attitudes des grands anthropoïdes, la « grammaire » des primates non humains entrant selon lui dans un domaine complexe, témoignant des phases pré-linguistiques de l’évolution des espèces. En serre-file, Jorge Crespo met en scène la double valence du masque, au service tant de l’effacement de l’identité des individus, que de leur « révolte » contre des situations pathogènes.

 

À la lecture, il est clair que tous ces textes dialoguent entre eux, parcourus par une magie lente, dans une heureuse combinatoire où les disciplines se répondent les unes aux autres, même si la dominante anthropologique ne fait pas question. Tout en concentrant leur réflexion en priorité sur le domaine lusitanien, les auteurs alimentent leur réflexion aux meilleures sources des humanités européennes ; à son tour, cette approche plurivalente des masques devra être examinée avec profit par les chercheurs affiliés à d’autres espaces culturels de par le monde.