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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (Review)
      • Denjean, Claude
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      English
      Author (Monograph)
      • Johnsrud Zorgati, Ragnild
      Title
      Pluralism in the Middle Ages
      Subtitle
      Hybrid Identities, Conversion, and Mixed Marriages in Medieval Iberia
      Year of publication
      2012
      Place of publication
      New York-London
      Publisher
      Routledge
      Series
      Research in Medieval Studies
      Series (vol.)
      2
      Number of pages
      218
      ISBN
      9780415881319
      Subject classification
      History of religion, Social and Cultural History
      Time classification
      Middle Ages → 6th - 12th century, Middle Ages → 13th century, Middle Ages → 14th century
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/5379
      recensio-Date
      Mar 27, 2014
      recensio-ID
      c3ede50bb7d94213869075442b187868
      DOI
      10.15463/rec.1189729776
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Ragnild Johnsrud Zorgati: Pluralism in the Middle Ages. Hybrid Identities, Conversion, and Mixed Marriages in Medieval Iberia (reviewed by Claude Denjean)

Ragnild Johnsrud Zorgati, Pluralism in the Middle Ages. Hybrid Identities, Conversion, and Mixed Marriages in Medieval Iberia, New York-Londres, Routledge, coll. « Research in Medieval Studies », 2012, 218 p.

 

Voici le deuxième opus de la nouvelle collection Research in Medieval Studies chez Routledge, qui défend l’histoire culturelle — genre et identités. Cette dissertation Ph. D de 216 pages, dont 178 de texte, que dirigea le professeur S-A. Naguib au département de Literature, Area Studies and European Languages de l’université d’Oslo traite des transferts culturels en Méditerranée. La norme respectée dans ce livre, tant dans les notes peu nombreuses présentées à la fin de l’ouvrage que dans la bibliographie ou la mention des références suit les habitudes des sociologues plutôt que celle des médiévistes. D’ailleurs, l’auteur poursuit actuellement un projet de recherche post-doctoral sur le hammam, lieu de contact entre chrétiens et musulmans. Les spécialistes d’al-Andalus devront donc considérer cet ouvrage comme une invitation à une confrontation pluridisciplinaire plutôt qu’une analyse érudite ou une synthèse.

 

Dans la perspective des travaux sur les constructions identitaires des migrants contemporains, l’étude considère les textes produits par les élites chrétiennes et musulmanes comme créateurs de frontières dans une société pluriculturelle, autour des concepts de pureté, héritage et tradition. Ils témoignent de constructions hybrides, transcendant les normes imposées à propos du mariage et de la conversion. Les théories sur l’hybridity sous-tendent la réflexion marquée par nos sociétés pluralistes. Cependant, la traduction en français par métissage, même écrit en italique, mériterait définition et légitimation.

 

Ce livre soulève des questions passionnantes et essentielles, avec un précieux souci de la nuance. Ne pas se contenter d’employer les termes d’acculturation et d’imitation, considérer la vie sociale grâce à l’anthropologie juridique éclaire la construction des identités confrontées à la différence et à l’altérité. Dépasser le simple rapport entre dominants et dominés lors de l’analyse des trois cultures ibériques paraît pertinent. Entendre les contradictions entre juristes, les échos entre des textes issus du monde musulman ou chrétien enrichit le débat politique actuel et pense le lien entre les « vies réelles et la loi abstraite », redisant combien opposer norme et réalité est une fausse question. Observer comment les frontières « continuent à jouer » sur la longue durée du temps des conversions permet de saisir la complexité des situations.

 

Cependant, la rigueur de l’argumentation ne répond pas parfaitement à cette ambition louable. Appliquer à cette lecture les critères de l’histoire française conduirait à émettre de vigoureuses critiques au sujet de la méthode suivie, particulièrement celle du rapport avec les documents — on attendrait une présentation et une analyse du corpus, du vocabulaire des textes et pas simplement des ouvrages contemporains, du traitement de la chronologie, du choix des références, du mode de démonstration. Comment trouver entre les lignes de textes des traces de traditions différentes de la majoritaire mériterait explication. À travers quel lexique, quelles formes discursives peut-on appréhender les concepts de d’acculturation, « transculturation », « hybridity » et métissage pour saisir les différences et ressemblances entre cultures ? Comment articuler l’analyse en miroir des fatwÄ-s et celle des Siete Partidas — d’autant que l’auteur semble travailler trop souvent sur des traductions et s’en tient à la littérature historique sur la question ? Était-il impossible de se concentrer sur un dossier de documents de première main soigneusement constitué ? Même l’analyse de la fatwÄ portant sur le cas de la femme dont le père aurait été converti ne rentre pas suffisamment dans les détails de cette affaire. Trop d’éléments restent non démontrés. Le conflit entre deux principes — la religion et l’importance de l’autorité paternelle — mériterait un exposé plus approfondi. Est-il ainsi bien nécessaire de reprendre à plusieurs reprises la controverse entre Bulliet et Epalza sur le rythme des conversions à l’islam en al-Andalus ? L’édition aurait pu permettre de se dégager d’une présentation encore parfois scolaire, par exemple lors de l’exposé historiographique préliminaire, imposée par les règles du doctorat mais peu opportune dans la version éditée. De même, R. Zorgati a sélectionné une bibliographie parfois ancienne sans tenir compte des résultats de travaux récents. Ainsi, alors qu’elle maîtrise pourtant le français, elle n’utilise pas des travaux qui l’éclaireraient — C. Aillet, P. Buresi, cite à peine Ch. Müller, V. Lagardère et P. Guichard pour des détails chronologiques anecdotiques.

 

Dans la communauté de l’European Research Council, rédiger un compte rendu sur un tel ouvrage conduit à s’interroger sur la possibilité réelle de création d’un espace scientifique européen véritablement partagé. Le découpage des champs disciplinaires autant que les méthodes heuristiques reconnues localement ne sont pas simplement (et heureusement) divers. Les frontières académiques restent étanches, du fait d’une absence de confrontation sérieuse entre les méthodes de travail reconnues ici ou là comme légitimes. De fait, la réflexion conduite au sujet de la famille dans les Espagnes médiévales musulmane et chrétienne mériterait de susciter une étude sur les pratiques nationales et internationales au sein d’aires où les attendus convergent, au service d’un dialogue interdisciplinaire vivifié qui doit prendre le risque du débat. Le lecteur ne peut attendre cet effort d’une doctorante seule. Les remarques que suscite le commentaire de ce livre dépassent le cadre d’une simple analyse de l’ouvrage. Tous ceux qui tentent un véritable dialogue interdisciplinaire, qui est également ici interculturel, savent que la stimulation de la recherche historique ne peut se contenter d’une politesse indifférente ou d’une ignorance fille de l’anathème. La fragmentation, souvent dûe à une spécialisation à outrance imposée par la prudence, les structures universitaires, l’inflation bibliographique, interdisent d’embrasser un champ plus large en limitant les chercheurs — tout particulier les Français. Cependant, ouvrir de nouveaux horizons, s’élancer vers de nouvelles frontières ne signifie pas s’accorder sur un socle commun vague et appauvri par le consensus. Si nous ne voulons pas que l’interdisciplinarité reste un vœu pieux ou une attitude molle, elle implique de discuter la légitimité de nos attendus, de confronter nos pratiques sur des dossiers précis. Comme toute identité, l’identité disciplinaire peut se renforcer dans la disputacio. On sent parfois au détour d’une phrase que la candidate a tenu compte d’une remarque de son jury international. Cela ne suffit pas. De tels travaux devraient être le fruit de partenariats confiants et approfondis. Ainsi, tous les collègues plus aisément faire leur miel des résultats sur des questions fort intéressantes comme celle proposée dans ce livre.