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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (review)
      • Schaub, Jean-Frédéric
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      Português
      Author (monograph)
      • Rodrigues, José Damião
      Title
      Histórias Atlânticas os Açores na primeira modernidade
      Year of publication
      2012
      Place of publication
      Ponta Delaga
      Publisher
      Centro de História de Além-Mar
      Series
      Estudos & documentos
      Series (vol.)
      13
      Number of pages
      246
      ISBN
      9789898492104
      Subject classification
      History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 16th century, Modern age until 1900 → 17th century, Modern age until 1900 → 18th century
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Portugal
      Subject headings
      Azoren
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/5672
      recensio.net-ID
      727c502d52af4d49ac8b6de608134590
      DOI
      10.15463/rec.1189722309
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José Damião Rodrigues: Histórias Atlânticas os Açores na primeira modernidade (reviewed by Jean-Frédéric Schaub)

José Damião Rodrigues, Histórias Atânticas os Açores na primeira modernidade, Ponta Delaga, Centro de História de Além-Mar, 2012, 246 p.

Le recueil de travaux de J. D. Rodrigues offre au lecteur un ensemble de douze études sur l’histoire des Açores sous l’Ancien Régime. Il est organisé autour de trois thèmes, par clin d’œil avec l’œuvre maîtresse de Fernand Braudel, tant il est vrai que le système des archipels portugais a longtemps fonctionné comme un Atlantique méditerranéen. Ainsi, l’ouvrage se divise en trois sections portant respectivement sur les espaces, les systèmes sociaux et finalement la conjoncture politique réformiste de la seconde moitié du xviiie siècle. Auparavant, l’auteur s’était signalé par la publication de deux ouvrages essentiels sur la société de l’île de São Miguel aux xviie et xviiie siècles (Poder municipal e oligarquias urbanas: Ponta Delgada no século xvii en 1994 et São Miguel no século xviii: casa, elites e poder en 2003). Le présent volume montre une connaissance plus large de l’ensemble de l’archipel, avec ses neuf îles étendues sur environ neuf cents kilomètres, de la plus orientale Santa Maria à la plus occidentale Corvo.

J. D. Rodrigues remonte aux sources de l’implantation médiévale des Portugais dans les différentes îles de l’archipel, intégralement inhabitées, et sur les processus administratifs et mentaux qui, au croisement de l’expérience des pilotes et de l’œuvre de qualification des juristes, construisent l’unité politique d’un domaine, dépourvu de toute unité géographique. L’attention portée à la diversité des paysages, malgré la communauté d’une nature volcanique, et aux différentes traductions cartographiques auxquelles ces îles ont donné lieu occupe une place très importante dans le travail de J. D. Rodrigues. Il appuie son interprétation des représentations graphiques de ces territoires sur une connaissance très érudite des sources primaires de la vie sociale et politique conservées dans les archives des différentes îles. Archives paroissiales et notariales, registres des conseils municipaux qui ont survécu à l’instabilité sismique de la région et à l’ineptie administrative des temps jadis, chroniques manuscrites et publiées (notamment les célèbres Saudades da terra de Gaspar Frutuoso, fin xvie siècle), cartographies anciennes et modernes : rien n’échappe à la curiosité d’un historien qui sait à la fois interroger le passé mais aussi se laisser porter par tout ce que les traces disponibles conservent d’inattendu.

L’ouvrage montre que les Açores ont joué un rôle bien trop important dans l’histoire globale de l’expansion européenne — non seulement à l’échelle atlantique, mais aussi comme étape indispensable pour les flottes revenant d’au-delà du Cap de Bonne-Espérance — pour que l’on puisse en étudier l’évolution comme un chapitre supplémentaire de l’histoire portugaise. Ainsi, l’auteur s’est-il beaucoup intéressé à la présence des négociants anglais dans les circuits marchands qui ont lié l’archipel aux trois continents. Il a également suivi la postérité locale des descendants de ces hommes venus d’Angleterre et qui ont fondé durablement familles et maisons de négoce sur place. De même, s’inscrivant dans une forte tradition de la recherche conduite à l’université des Açores, livre-t-il ses recherches sur les migrations depuis les îles, aussi bien en direction de l’Amérique portugaise que vers la métropole. Un des grands mérites et des grands intérêts du travail de J. D. Rodrigues consiste à associer une attention portée aux réseaux transcontinentaux du négoce et des migrations avec l’histoire de la formation d’une société locale. Pour lui, nulle opposition entre le goût du grand large et le désir d’enraciner la réussite familiale à travers des investissements patrimoniaux, à la fois indisponibles et inamovibles, et qui auront structuré en profondeur les relations interpersonnelles et le fonctionnement institutionnel des sociétés de l’archipel.

Ainsi, les recherches de l’auteur démontrent combien la question de la mise en sécurité de l’archipel aura été un moteur essentiel pour assurer la relative stabilité des relations sociales. En effet, d’un côté les havres qu’offrent certaines des îles, notamment Terceira, São Miguel et São Jorge aux flottes des deux monarchies ibériques, sont des lieux de communication intercontinentaux. D’un autre côté, la sécurité générale de ce territoire morcelé repose sur le double système de la milice locale et de troupes financées depuis la métropole. En réalité, prévenant les défaillances chroniques des finances royales, les familles résidentes investissent et s’investissent, selon des proportions changeantes, dans les divers systèmes de protection qui concourent à la défense contre des adversaires venus d’Angleterre, de Hollande ou même d’Alger. La place que les notables souhaitent occuper, de façon ostentatoire, à la tête des compagnies de milice se présente donc comme un marqueur social de grande importance. En effet, la société açorienne n’est ni tout à fait coloniale, ni vraiment métropolitaine. Même si les grandes familles, et de moins grandes, possèdent des esclaves venus d’Afrique, le caractère inhabité des îles au moment de l’arrivée des Portugais n’a pas alimenté une dynamique sociopolitique de caractère rigoureusement colonial, puisqu’il n’y a pas eu de peuple natif à exterminer comme aux Canaries, ni à exploiter comme au Brésil. Mais il ne s’agit pas non plus d’un simple prolongement du continent dans l’océan, ne serait-ce que parce que le mécanisme de distinction nobiliaire qui opère dans la société portugaise n’est pas transplanté dans les villes et les bourgs des Açores. Toute la subtilité des analyses de J. D. Rodrigues consiste donc à décrire et à analyser le cas açorien avec une précision qui ne sacrifie rien de sa singularité, tout en démontrant la centralité paradoxale de cet archipel dans l’économie-monde des empires ibériques.

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