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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (review)
      • Imparato-Prieur, Sylvie
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      Español
      Editor (monograph)
      • Checa Beltrán, José
      Title
      Lecturas del legado español en la Europa ilustrada
      Year of publication
      2012
      Place of publication
      Madrid
      Publisher
      Iberoamericana [u.a.]
      Series
      La cuestión palpitante
      Series (vol.)
      19
      Number of pages
      303
      ISBN
      978-84-8489-700-2
      Subject classification
      Intellectual History, History of literature
      Time classification
      Modern age until 1900 → 17th century, Modern age until 1900 → 18th century
      Regional classification
      Europe
      Subject headings
      Aufklärung
      Spanienbild
      Aufsatzsammlung
      Spanisch
      Literatur
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/5682
      recensio.net-ID
      ef18131818e344b8a09c2f709f477ee1
      DOI
      10.15463/rec.1189719633
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José Checa Beltrán (ed.): Lecturas del legado español en la Europa ilustrada (reviewed by Sylvie Imparato-Prieur)

José Checa Beltrán (éd.), Lecturas del legado español en la Europa ilustrada, Madrid – Frankfurt, Iberoamericana – Vervuert, 2012, 304 p.

Cet ouvrage collectif est l’aboutissement d’un projet de recherche financé par le Ministerio de Ciencia e Innovación español et dirigé par José Checa Beltrán. Le groupe de chercheurs d’horizons géographiques divers (Espagne, France, Italie, Roumanie et Mexique) qui s’est constitué à cette occasion s’est fédéré autour d’une hypothèse de départ originale, que J. Checa Beltrán expose dans son introduction et selon laquelle au xviiie siècle, une pensée favorable à l’Espagne (une légende « rose ») s’était diffusée en Europe, en contrepoint de la légende noire antiespagnole, véhiculé par l’historiographie traditionnelle. Conscients de la part prise par l’idéologique dans la vision contrastée de l’Espagne d’alors, les chercheurs ont construit leur réflexion autour de trois concepts : canon, nationalisme et idéologie. Les onze études réunies ici s’articulent par conséquent autour de deux axes majeurs : d’une part la reconnaissance par les étrangers de l’importance et de la qualité de la littérature espagnole (études sur la réception de la littérature et de la culture espagnoles, du Siècle d’or mais aussi du xviiie siècle) et, d’autre part, la façon dont se modèle l’image de l’Espagne dans différents pays de l’aire européenne, en fonction des positionnements idéologiques des auteurs européens étudiés et du contexte culturel, mais aussi historique et politique, de production.

Dans la première contribution, Jesús Pérez-Magallón revient sur le sens que l’on donne habituellement à l’expression « leyenda negra ». Au xviiie siècle, une légende noire enrichie d’éléments nouveaux est exploitée par les puissances coloniales émergentes, désireuses de supplanter l’Espagne et de l’exclure du concert des nations « modernes ». La critique outrancière des étrangers, à laquelle certains répondent par des apologies parfois tout aussi excessives, offre à d’autres la possibilité d’envisager de façon distanciée leur réalité, et Pérez-Magallón souligne ainsi l’importance de la légende noire dans la construction d’une identité nationale, dans la mesure où le rejet de l’autre conduit certes à une exaltation, mais aussi et surtout, à une redéfinition du « nous ».

Manuel Garrido Palazón présente dans une étude fouillée le contexte dans lequel s’inscrit la polémique littéraire entre l’Italie et la France à propos de la supposée responsabilité de l’Espagne dans la diffusion du « mauvais goût », à la charnière des xviie et xviiie siècles, et montre que ces polémiques littéraires sont le révélateur des enjeux politiques du premier xviiie siècle.

Les deux contributions suivantes s’intéressent à la vision de l’Espagne depuis la France. L’étude de Françoise Étienvre sur Montesquieu et Voltaire permet d’établir que l’opinion communément admise selon laquelle les philosophes étaient unanimement hostiles à l’Espagne devait être rejetée. Si, sur certains points très attendus (l’Inquisition, par exemple), leurs critiques sont violentes, l’ensemble de leurs jugements tend à donner de l’Espagne une vision plus juste et nuancée. José Checa Beltrán s’inscrit dans cette même démarche de remise en cause d’une unité antiespagnole, en interrogeant pour sa part l’image de la culture espagnole que véhicule la presse française du xviiie siècle. Son analyse démontre qu’il y eut en France un groupe de « réformistes éclairés », reconnaissant l’importance de la littérature espagnole du xvie et d’une partie du xviie siècle et désireux d’établir des liens intellectuels avec l’Espagne.

Après la France, l’Italie des années 1770 devient l’espace de référence des deux contributions suivantes. Maurizzio Fabbri examine les polémiques littéraires qui opposèrent Italiens et Espagnols, en les inscrivant dans le contexte sociopolitique propre à l’Italie de la fin du xviiie siècle. Au travers de la trajectoire de deux intellectuels espagnol et italien, il montre que ceux-ci surent dépasser les patriotismes stériles pour affirmer l’importance du patrimoine culturel espagnol. Patrizia Garelli évoque ces mêmes polémiques au travers des pièces de théâtre écrites en italien par des jésuites espagnols, et basées sur les préceptes édictés par Luzán. Ces pièces, qui reçurent un bon accueil du public, obéissaient à un double objectif : démontrer la capacité des Espagnols à produire un théâtre de « bon goût » et corriger l’image négative de l’Espagne que pouvaient avoir les Italiens pour en finir ainsi avec la légende noire, mais aussi éduquer le public, en le faisant réfléchir sur des problèmes contemporains (réflexion sur le pouvoir, en particulier).

Giula Cantarutti et Silvia Ruzzenenti s’interrogent dans leur contribution commune sur la réception de la littérature espagnole en Allemagne à partir d’une revue publiée en 1780-1782, le Magazin, par Friedrich Justin Bertuch, figure clé de la médiation hispano-allemande. L’étude s’attache en outre à souligner l’importance du « filtre » anglais dans cette valorisation de la littérature espagnole et met ainsi en évidence un réseau intense de circulation des idées et des littératures par le biais des traductions.

L’étude suivante envisage un espace plus lointain : la Roumanie. Oana Andreia Sâmbrian évoque la réception de la culture espagnole et suggère que la traduction d’œuvres espagnoles obéirait à une volonté de mettre en avant les traditions chrétiennes roumaines. L’auteur complète cette étude très descriptive des échanges hispano-roumains par une présentation du fonds hispanique des bibliothèques de deux nobles roumains du début et de la fin du siècle, et du premier lexique roumain, œuvre de Lorenzo Hervás y Panduro.

Les deux études suivantes s’intéressent à des supports originaux. Miguel Ángel Lama examine plusieurs anthologies de poésie espagnole et met en évidence la mission, à la fois patriotique et apologétique, que leurs auteurs leur assignèrent. Fernando García Lara étudie pour sa part plusieurs formes de paralittérature (correspondance, récits de voyageurs, traités de géographie…) et analyse la façon dont ces récits, qui se croisent et s’influencent, viennent modeler l’imaginaire des étrangers et le regard qu’ils portent sur l’Espagne.

Le volume se clôt sur une contribution, marginale par rapport au projet initial, d’Esther Martínez Luna qui décrit la réception de la culture littéraire espagnole en Nouvelle Espagne, au travers du Diario de México, premier quotidien qui y fut publié. L’auteur met en évidence l’utilisation toute particulière de ce matériau par les intellectuels de Nouvelle Espagne, dans une réflexion plus ancrée dans leurs réalités régionales et sociales.

En résumé, ce volume, d’une grande cohérence générale, offre un panorama éclairant et convaincant de l’image positive de l’Espagne et de sa culture littéraire qui circula, à rebours des clichés, dans l’Europe du xviiie siècle.