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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (review)
      • Keren, Célia
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      Français
      Editor (monograph)
      • Amalric, Jean-Pierre
      • Dreyfus-Armand, Geneviève
      Title
      La guerre d’Espagne et la France
      Subtitle
      Actes des 8es Journées Manuel Azaña
      Year of publication
      2013
      Place of publication
      Toulouse
      Publisher
      Framespa
      Number of pages
      153
      ISBN
      1950-0130
      Subject classification
      Military History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 17th century
      Regional classification
      Europe → Western Europe → France, Europe → Southern Europe → Spain
      Subject headings
      Französisch-Spanischer Krieg
      Geschichte 1635-1659
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/6686
      recensio.net-ID
      03fc1184d825422daffb7ad1bf4232eb
      DOI
      10.15463/rec.1189738557
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Jean-Pierre Amalric / Geneviève Dreyfus-Armand (eds.): La guerre d’Espagne et la France. Actes des 8es Journées Manuel Azaña (reviewed by Célia Keren)

Le livre issu des 8e Journées Manuel Azaña illustre bien les spécificités du champ des études françaises sur la guerre d’Espagne : il reflète, en effet, la convergence entre initiatives mémorielles et patrimoniales locales, militantisme associatif et démarche scientifique. Créée en 2006 à Montauban, lieu d’exil et de la mort de celui qui fut le président de la République espagnole entre 1936 et 1939, l’association Présence de Manuel Azaña organise chaque année des Journées mêlant cérémonies d’hommages, manifestations culturelles et rencontre scientifique. La beauté éditoriale de l’objet qui en est tiré, avec ses nombreuses photographies des commémorations et des intervenants, son papier glacé et son format à l’italienne, ne doit pourtant pas faire illusion : il s’agit bien d’un texte scientifique, composé de onze contributions et d’une présentation.

Ayant choisi en 2013 pour thème « La guerre d’Espagne et la France », l’avant-dernière édition de cette rencontre annuelle se donnait un objectif ambitieux : proposer une synthèse des répercussions de la guerre civile en France et, de ce fait, combler un véritable manque bibliographique. Force est de constater que le pari est globalement tenu. Le livre échappe d’ailleurs au défaut ordinaire des actes de colloque en proposant un plan systématique qui progresse en élargissant peu à peu la focale : de la dimension purement diplomatique de la question à ses prolongements politiques, sociaux et culturels sur la longue durée, l’essentiel est couvert. Seule n’apparaît pas la question des réfugiés, mais on ne peut soupçonner la co-coordinatrice de l’ouvrage, qui en est spécialiste, de l’avoir oubliée : de fait, l’omission se justifie par l’existence de synthèses facilement accessibles sur la question, dont l’ouvrage tiré de sa thèse (Geneviève Dreyfus-Armand, L’exil des républicains espagnols en France : de la Guerre civile à la mort de Franco, Paris, Albin Michel, 1999) mais aussi certains manuels (Bartolomé Bennassar, La Guerre d’Espagne et ses lendemains, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 2004). Tel n’est pas le cas des autres contributions, dont les sujets se trouvent d’ordinaire épars dans des ouvrages ancrés dans des disciplines distinctes et que l’on trouve dans des rayons de bibliothèques fort éloignés les uns des autres. Ainsi, pour la première fois se trouvent ébauchés les contours d’une histoire croisée de la France et de l’Espagne entre 1936 et 1939.

Les trois premières contributions étudient les relations franco-espagnoles au niveau gouvernemental. L’ouvrage s’ouvre sur un bref rappel par Jean-Pierre Amalric de la position particulière du président Manuel Azaña, partisan précoce d’une médiation. Dans les deux articles suivants, Jean-François Berdah et Juan Avilés proposent une étude en miroir des orientations diplomatiques françaises vis-à-vis de l’Espagne et de celles des gouvernements espagnols (surtout républicains) vis-à-vis de la France. Les causes et les effets de la non-intervention s’en trouvent ainsi éclairés de part et d’autre des Pyrénées. On peut également agréger à ce premier bloc, quoiqu’il arrive en cinquième position dans l’ouvrage, le texte d’Anne-Aurore Inquimbert tiré d’une thèse soutenue en 2008. À travers la figure atypique de l’attaché militaire en Espagne Henri Morel, l’auteure y révèle le conflit qui oppose l’état-major de l’armée, résolument pro-franquiste, au ministère de la Guerre plus favorable à la République, confirmant ainsi la complexité et la multiplicité des politiques des autorités françaises face à la crise espagnole.

Un deuxième ensemble de contributions s’intéresse aux répercussions de la guerre d’Espagne sur la société civile française. Après un rappel par Pierre Laborie de sa thèse classique sur les effets délétères du conflit sur l’opinion publique française, insistant cette fois particulièrement sur les mécanismes et les logiques de la peur, les engagements collectifs et individuels suscités dans divers secteurs de la société française sont éclairés au moyen de deux coups de projecteurs. Tout d’abord, Rémy Skoutelsky résume son travail stimulant et bien connu sur les Brigades internationales. Puis, la spécialiste de l’exil républicain Geneviève Dreyfus-Armand dessine à grands traits la « grande fracture » qui traverse le milieu des intellectuels catholiques français face à la guerre d’Espagne. La contribution de Gérard Malgat sur la figure d’« intellectuel engagé » d’André Malraux, nouant ensemble action militaire et créations romanesques, amorce la transition vers la question de l’impact littéraire de la guerre civile. Maryse Bertrand de Muñoz propose, pour l’aborder, un catalogue chronologique, des années 1930 aux années 1960, des principales œuvres de langue française portant sur la guerre et l’exil.

Le choix le plus original de l’ouvrage consiste en une clôture en deux volets sur l’enseignement et la fabrique de l’histoire de la guerre civile en France. Benoît Falaize met à profit sa connaissance de l’histoire de l’éducation pour replacer l’enseignement de la guerre d’Espagne dans son contexte éditorial et social : il permet ainsi de rendre compte de la réduction progressive de la place de cette question dans les manuels de lycée français de 1945 à nos jours. Enfin, Alicia Alted Vigil offre une belle conclusion en forme de mise en abyme, terminant cet ouvrage scientifique édité dans un contexte mémoriel en retraçant, sur la longue durée, les multiples interactions entre témoins et historiens qui fondent encore aujourd’hui la particularité de ce champ historiographique en France dont elle fut elle-même l’actrice et l’observatrice pendant sa longue carrière.

Il est évident que l’ampleur du sujet et la taille réduite de l’ouvrage ne permettaient pas une étude exhaustive. Palliant l’absence de synthèse sur la question de la guerre d’Espagne et de la France, ce livre collectif rassemble pour la première fois les conclusions principales d’un certain nombre de travaux bien connus des spécialistes de la question et qui ont fait date en y ajoutant des recherches plus récentes, voire inédites, ainsi que quelques synthèses sur travaux de seconde main. Le tout permet une entrée générale dans la question, facile et agréable à lire. Car tel est bien l’objectif : l’étudiant ou le chercheur en quête d’une historiographie à jour ou de recherches plus pointues devra consulter des travaux plus spécialisés. En ce sens, les actes des 8e Journées Manuel Azaña proposent un état des lieux trop classique pour donner du grain à moudre à ceux qui sont déjà familiers du sujet, si ce n’est pour combler des lacunes précises. Ils offrent en revanche au lecteur profane, historien ou non, un ouvrage de vulgarisation réussi sur les attitudes françaises face à l’Espagne en guerre (surtout républicaine), au moyen d’articles concis et pertinents, le plus souvent de très bonne qualité.