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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (review)
      • Péquignot, Stéphane
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      Español
      Editor (monograph)
      • Nieto Soria, José Manuel
      • Villarroel González, Óscar
      Title
      Pacto y consenso en la cultura política peninsular
      Subtitle
      Siglos XI al XV
      Year of publication
      2013
      Place of publication
      Madrid
      Publisher
      Sílex
      Number of pages
      530
      ISBN
      9788477378099
      Subject classification
      Political History
      Time classification
      Middle Ages
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain
      Subject headings
      Pakt
      Geschichte 1100-1500
      Iberische Halbinsel
      Zustimmung
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/6667
      recensio.net-ID
      9d74ad55d95047249cd9267f15198bbe
      DOI
      10.15463/rec.1189738550
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José Manuel Nieto Soria / Óscar Villarroel González (eds.): Pacto y consenso en la cultura política peninsular. Siglos XI al XV (reviewed by Stéphane Péquignot)

Les pactes — et plus généralement les formes de la contractualité — suscitent depuis au moins une dizaine d’années l’engouement des spécialistes de la Castille médiévale. Parue peu après trois ouvrages importants sur le sujet [F. Foronda, A. I. Carrasco Manchado (dir.), Du contrat d’alliance au contrat politique. Culture et sociétés politiques dans la péninsule Ibérique à la fin du Moyen Âge, Toulouse, 2007 ; F. Foronda, A. I. Carrasco Manchado (dir.), El contrato político en la Corona de Castilla. Cultura y sociedad políticas entre los siglos x al xvi, Madrid, 2008 ; F. Foronda (dir.), Avant le contrat social. Le contrat politique dans l’Occident médiéval (xiiie-xve siècles), Paris, 2011], cette nouvelle publication collective déplace le regard vers le consensus, une notion appréhendée dans l’introduction avec un sens actuel, comme « l’existence d’un accord entre les membres d’une unité sociale ou politique sur des principes, sur des valeurs, sur des normes, ou bien sur des objectifs de la communauté et sur les moyens de les atteindre » (p. 19). Plutôt que les réflexions développées autour de thématiques proches par Marsile de Padoue, par des juristes ou par des conciliaristes comme Alonso de Madrigal, le recueil envisage alors d’explorer au gré de dix-sept études la place effective du consensus dans des sociétés où la pratique du pacte est très répandue.

Le cadre général une fois posé par J. M. Nieto Soria, un premier article défend l’hypothèse selon laquelle la division successorale effectuée en 1063-1064 à la mort de Ferdinand Ier de Castille constituerait la rupture d’un pacte de gouvernement préalablement établi (E. Klinka). M. Garcia analyse ensuite les accords et les formes de consensus décelables dans les liens des abbés du monastère de Sahagún avec le concejo de la villa aux xie-xiiie siècles. Ces deux travaux demeurent toutefois assez décalés par rapport au centre de gravité chronologique du livre. À une exception catalane près — E. Juncosa Bonet décrypte de façon convaincante les enjeux et la casuistique des pactes d’accession à la citoyenneté octroyés par la ville de Tarragone entre 1358 et 1462 —, les autres contributions portent en effet exclusivement sur la Couronne de Castille à l’époque Trastamare.

Le terme latin de consensus y paraît réservé essentiellement au domaine ecclésiastique. Autrement, qu’il s’agisse de pactes entre nobles, entre des nobles et le roi, ou bien, dans les villes, d’accords passés entre factions oligarchiques, l’idée du consensus est en castillan exprimée principalement avec les mots de concordia, d’acuerdo, de consentimiento, ou encore par des tournures exprimant le désir de conformité, par exemple todos en uno e una voluntad. Cette terminologie récurrente est disséminée dans des pièces de nature variée. Brefs ou perpétuels, avec ou sans clauses d’exception, les pactes sont fréquemment des liens d’amour (amor, amorío), et l’on y concède une importance extrême au seguro, tour à tour l’assurance, la garantie et le document qui en atteste (M. C. Quintanilla Raso).

Au-delà de ces précisions d’ordre philologique et documentaire, le volume apporte d’utiles éclairages sur les conditions et les modalités variées de l’élaboration du consensus en Castille. D. Nogales Rincón dégage un ensemble de paramètres spatiaux déterminants pour la mise en scène des pactes qui engagent les monarques : la neutralité des lieux, les garanties de sécurité (notamment dans le rastro soumis à la juridiction du roi), la sacralité, la tension entre privauté et publicité. La pratique se caractérise toutefois par une certaine souplesse. Durant le règne de Jean II (1406-1454), aucun modèle d’organisation ne s’impose pour les vistas (« vues »), des rencontres censées mettre un terme aux conflits. Tantôt il est besoin d’un arbitre, tantôt non, et les garanties offertes par les seguros changent notablement d’une « vue » à l’autre (Ó. Villarroel González). La variété prédomine aussi dans les prises de possession seigneuriale. Sous le vernis d’un vocabulaire homogène, qui trahit la persistance dans la pratique contractuelle d’une empreinte féodale, les rapports établis alors entre seigneurs et sujets diffèrent profondément, les prises de seigneurie constituant soit l’aboutissement de négociations préalables, soit la manifestation rituelle d’un consentement, soit encore le réceptacle de formules de reconnaissance conditionnelle d’une autorité (P. Martín Prieto). Au sein de l’Église castillane, la célébration de messes de paix et la prestation de serments de fidélité à la Couronne suivent des dynamiques à bien des égards comparables (J. Díaz Ibañez).

De manière plus disparate, le livre donne à apercevoir quelques figures de facilitateurs de consensus. Les tâches diplomatiques assumées par les confesseurs des rois de Castille sont ainsi évoquées par G. F. Arquero Caballero, non sans quelques approximations (il n’y a guère de « professionnels » de la diplomatie au xive siècle [p. 218] ; on cherche en vain un graphique annoncé p. 215). Dans le même temps, forts de leur implantation à la chancellerie et dans l’administration royales depuis l’avènement des Trastamare, des letrados en viennent au xve siècle à endosser de nouvelles responsabilités politiques, et ils participent à l’élaboration de pactes obligeant le roi (F. de Paula Cáñas Gálvez).

Reste peut-être l’essentiel : pourquoi « fabriquer » du consensus ? avec quels effets ? Plusieurs articles ouvrent ou développent en ce sens des pistes intéressantes. Au niveau urbain, entre lignages ou avec les voisins, les pactes peuvent jouer un rôle stabilisateur. Le consensus obtenu par leur mise en œuvre favoriserait une forme de convivencia (M. Asenjo González). À Cuenca, les pactes sont aux yeux d’élites soucieuses d’éviter de tomber sous la coupe nobiliaire un outil essentiel pour maintenir la ville dans le giron royal (J. Á. Jara Fuente). Si le consensus interne est alors un puissant argument de légitimité pour l’autorité qui en bénéficie, son élaboration même devient parfois constitutive de rapports de pouvoir. Dans un article remarquable, P. Ortego Rico démontre ainsi que l’accaparement au xve siècle par la noblesse castillane du prélèvement des ressources ordinaires du royaume s’apparente moins à une victoire univoque contre une monarchie affaiblie qu’à une étape décisive dans la reconnaissance progressive de l’autorité royale. Comment ? par des mécanismes transactionnels facilitant la légitimation des exactions tributaires, avec, en particulier, la délivrance par le roi de lettres de fin e quito équivalant à des amnisties fiscales. Forgé au prix d’une mise en convergence d’intérêts difficile à atteindre, le consensus s’avère ainsi indispensable pour l’établissement d’une autorité durable. À l’instar des pactes, il n’en demeure pas moins souvent fragile, en particulier entre factions nobles.

Le volume s’achève par quatre articles réunis sous une rubrique au titre assez vague, « la mémoire et l’image ». M. del Pilar Rabade Obrado s’attache ici aux expressions de consensus et de dissensus dans la Crónica de Enrique IV de Diego Enríquez de Castillo. Pour sa part, O. Pérez Monzón interprète à nouveaux frais des panégyriques et d’importants ensembles funéraires, notamment le sépulcre d’Alonso de Cartagena dans le transept méridional de la cathédrale de Burgos et celui du chevalier Martín Vázquez de Arce dans la chapelle de Saint-Jean et Sainte-Catherine de la cathédrale de Sigüenza. Ces œuvres de pierre permettraient d’articuler la mémoire collective, de faciliter l’accomplissement du consensus politique. Le lien avec le sujet de l’ouvrage devient plus ténu encore lorsque pactes et consensus sont délibérément entendus de façon métaphorique pour appréhender les pratiques discursives de divers auteurs de textes historiographiques (F. Alchalabi), et l’on peine à rattacher à la problématique d’ensemble les développements, au demeurant solides, que consacre L. Fernández Gallardo à l’image du Turc en Castille au xve siècle.

Eu égard à la dilatation parfois excessive à laquelle est soumise la notion examinée, on pourra regretter l’absence d’une conclusion qui dégage des lignes de force facilitant une approche critique générale des idéologies et des pratiques de consensus. Les liens avec l’idée et les usages du bien commun dans la Castille Trastamare auraient par exemple mérité d’être mis en évidence avec plus de netteté. Ceci étant, on préférera terminer en soulignant l’utilité et l’intérêt de ce riche recueil. Les enquêtes les plus fouillées confirment d’ores et déjà la diffusion capillaire du pacte à différents niveaux de la société, elles pointent bien l’importance, les significations et les effets variés des consensus, voire les démythifient, en montrant leur rôle d’arme politique. La manifestation d’une volonté de consensus peut ainsi revêtir une fonction dilatoire ou, plus sordidement, relever de la « farce » (Ó. Villarroel González, p. 258).