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  • Metadaten

    • Dokumenttyp
      Rezension (Monographie)
      Zeitschrift
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Autor (Rezension)
      • Charageat, Martine
      Sprache (Rezension)
      Français
      Sprache (Monographie)
      English
      Autor (Monographie)
      • Barton, Simon
      Titel
      Conquerors, brides, and concubines
      Untertitel
      Interfaith relations and social power in medieval Iberia
      Erscheinungsjahr
      2015
      Erscheinungsort
      Philadelphia
      Verlag
      University of Pennsylvania Press
      Umfang
      264
      ISBN
      978-0-8122-4675-9
      Thematische Klassifikation
      Sozial- und Kulturgeschichte
      Zeitliche Klassifikation
      Mittelalter
      Regionale Klassifikation
      Europa → Südeuropa → Spanien, Europa → Südeuropa → Portugal
      Schlagwörter
      Iberische Halbinsel
      Interreligiosität
      Zweierbeziehung
      Geschichte 711-1492
      Original URL
      http://mcv.revues.org/6831
      recensio.net-ID
      fa5ca3c94bcf4736a1a416106c1a8666
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Simon Barton: Conquerors, brides, and concubines. Interfaith relations and social power in medieval Iberia (rezensiert von Martine Charageat)

L’ouvrage se divise en 151 pages d’étude scientifique et 111 pages d’annexes, comprenant l’édition du Privilegio del voto, l’appareil des notes, la bibliographie, l’index et les remerciements. Les 151 premières pages s’organisent en quatre chapitres, encadrés par une introduction et une conclusion. L’auteur s’est intéressé aux unions matrimoniales et aux relations sexuelles entre chrétiens et musulmans en péninsule Ibérique, depuis la conquête arabe (début viiie siècle) jusqu’à la chute du royaume de Grenade en 1492. La question essentielle porte sur l’impact, le sens et les résonances politiques et culturelles de ces liaisons interconfessionnelles ainsi que sur la façon dont ces couples mixtes étaient perçus, tolérés ou craints selon le contexte politico-social. Certes les frontières communautaires sont établies, les interdits érigés, comme l’avait déjà exposé David Niremberg quant à l’accès au corps des femmes chrétiennes prohibé aux hommes juifs ; malgré cela, des contacts et des échanges ont lieu. Simon Barton, à son tour, fait le même constat : les femmes, et pas seulement les chrétiennes, traversent ces frontières ethno-confessionnelles, en tant qu’épouses légitimes ou esclaves concubines.

L’auteur s’inscrit ainsi dans une tradition historiographique qu’il ne souhaite pas juste reproduire : que ce soit après les travaux de David Niremberg ou de Maria Teresa Ferrer y Mallol ou de ceux consacrés à l’analyse des représentations érotisées au xiiie siècle des femmes des trois religions, à travers les écrits de Louise Mirrer, Denise Filios ou Benjamin Liu. Enfin, Barton évoque en introduction l’ouvrage de Ragnild Johsnrud Zorgati paru en 2012 sous le titre de Pluralism in the Middle Ages: Hybrid identities, conversion and mixed marriages in Medieval Iberia. C’est avec soulagement qu’il constate que son propre livre n’est pas une redite du précédent, en raison des sources plus diversifiées et de l’ampleur de son approche qui dépasse le seul champ juridique exploré par le Norvégien. Conscient des enjeux politiques des traditions historiographiques ibériques de Menendez Pelayo à Americo Castro, et du jeu dépassé de la convivencia et de la conveniencia, Barton raisonne en termes d’interactions, de contacts culturels et d’ajustements des intérêts réciproques entre les communautés confessionnelles. Il prend ses outils d’analyse aussi bien à la socio-anthropologie (P. Guichard, Th. E. Glick) qu’aux travaux ayant renouvelé les sens de la notion de frontière (Sénac, Buresi, etc.), mais aussi aux apports de la théorie post-coloniale et de l’histoire des subalternes.

Barton indique clairement quels sont les objectifs scientifiques de son livre. Il a enquêté sur les fonctions politiques, sociales et culturelles que les relations interconfessionnelles de mariage ou de sexe remplissent dans la dynamique des rapports entre chrétiens et musulmans, aussi bien en al-Andalus que dans les royaumes chrétiens. Autrement dit, il cherche à élucider dans quelle mesure « sexe », « pouvoir » et « identités » sont étroitement connectés dans la société ibérique médiévale, et ce dès la conquête arabe. La donne du sexe rajoute la domination symbolique par les corps à la domination militaire, politique et économique, tout en contribuant à forger les identités des deux groupes confessionnels confrontés ici. L’auteur s’interroge aussi sur l’impact de la mémoire culturelle des relations charnelles christiano-musulmanes, dans et hors mariage, en transgression des frontières socio-culturelles communautaires, sur la société médiévale et bien après, quand la péninsule Ibérique s’uniformise religieusement sous l’impulsion des rois Catholiques à partir de 1492. Barton pose un certain nombre de questions articulées à un jalon chronologique fondamental, celui du xiie siècle, lorsque la peur du mélange des corps gagne les chrétiens avec force et s’inscrit dans le droit comme dans la littérature. Comment expliquer ce durcissement des attitudes après une période de tolérance (ou de soumission) ? Est-ce que cela résultait d’un processus séculier tel que la conquête militaire chrétienne, ou de l’influence de courants intellectuels importés depuis l’autre côté des Pyrénées ?

En quatre chapitres, les réponses s’échelonnent au gré de la chronologie choisie, entre viiie et xve siècles. Le chapitre i examine la pratique des mariages entre les conquérants musulmans et les héritières wisigothiques, alliances matrimoniales qui aidèrent à canaliser les richesses foncières des Wisigoths dans le patrimoine musulman et à façonner les relations diplomatiques entre al-Andalus et les royaumes chrétiens du nord. Les mariages exogames sont devenus communs jusque dans les couches inférieures de la société. À la fin du xe siècle, ces contacts particuliers servent la propagande et constituent un instrument de guerre psychologique au profit des Omeyades et autres puissants du califat. Dans le chapitre ii, l’auteur éclaire les raisons du déclin des mariages mixtes après 1050, avec une prolifération des lois séculières chez les chrétiens du Nord pour empêcher ces unions, parce que le sexe est un puissant marqueur de domination reflété par l’état des rapports entre royaumes chrétiens et al-Andalus. Le chapitre iii enchaîne sur la volonté de comprendre pourquoi l’épineux sujet du sexe entre partenaires hommes musulmans et femmes chrétiennes occupe une telle place dans le discours culturel et politique à partir du xiie siècle. Les raisons profondes se partagent entre peur de l’apostasie et soucis de préserver l’honneur, la pureté et l’identité de la communauté des chrétiens, d’abord au masculin. En revanche, l’attitude des leaders musulmans d’al-Andalus n’évolue pas nécessairement de manière symétrique. Enfin le chapitre iv s’intéresse aux perceptions que les chrétiens ont des femmes chrétiennes choisissant des partenaires musulmans, et des musulmanes s’abandonnant à des hommes chrétiens. L’angle d’approche est celui de la fiction à travers divers contextes littéraires (Soldadeiras, la condadesa traidora, etc.) en vue de conforter le postulat de la connexion étroite entre sexe, pouvoir et identité dans l’Espagne médiévale.

Les conclusions de l’auteur révèlent une fois de plus la perméabilité des frontières sociales, culturelles et politiques construites par les leaders des sociétés chrétiennes et musulmanes. Les femmes circulent, de gré ou de force pourrait-on dire, malgré les lois séculières (fueros municipaux) et ecclésiastiques qui frappent l’accès à leur corps et menacent les contrevenants des autres religions. Comme n’importe quels autres échanges en zone frontalière, les échanges sexuels interconfessionnels ont lieu aux limites des communautés religieuses, mais ils sont porteurs de la plus lourde charge idéologique et stimulent le plus haut niveau d’anxiété chez les dominants de chaque communauté.