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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (review)
      • Marin, Vincent
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      Español
      Author (monograph)
      • Quirosa-Cheyrouze y Muñoz, Rafael
      Title
      Gabriel Morón Díaz (1896-1973). Trayectoria política de un socialista español
      Subtitle
      Trayectoria política de un socialista español
      Year of publication
      2012
      Place of publication
      Almería
      Publisher
      Universidad de Almería
      Number of pages
      817
      ISBN
      978-84-15487-38-8
      Subject classification
      Biographies, genealogy, Political History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century, 20th century → 1900 - 1919, 20th century → 1920 - 1929, 20th century → 1930 - 1939, 20th century → 1940 - 1949, 20th century → 1950 - 1959, 20th century → 1960 - 1969, 20th century → 1970 - 1979
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain
      Subject headings
      Morón Díaz, Gabriel
      Geschichte 1896-1973
      Sozialist
      Politik
      Karriere
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/6876
      recensio.net-ID
      d14d75b847dc4241b3faa5a22211485e
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Rafael Quirosa-Cheyrouze y Muñoz: Gabriel Morón Díaz (1896-1973). Trayectoria política de un socialista español (reviewed by Vincent Marin)

Le philosophe franco-allemand Bernard Groethuysen a écrit que « chaque biographie est une histoire universelle » (B. Groethuysen, Mythes et portraits, 1947). Cette affirmation semble à bien des égards s’appliquer à l’ouvrage du professeur Rafael Quirosa-Cheyrouze y Muñoz consacré à Gabriel Morón Díaz tant la vie de ce dernier est dense et profondément marquée par les soubresauts de l’Histoire. Toutes les facettes de cet homme sont explorées dans une biographie conséquente de 817 pages, très documentée, produit de plusieurs années de recherches financées par la Fondation publique Centre d’études andalouses.

Gabriel Morón Díaz (1896-1973). Trayectoria política de un socialista español est structuré en six grands chapitres faisant suite à un prologue signé de l’historien Abdón Mateos — intitulé « un marxiste révolutionnaire » — et à une introduction décrivant les objectifs de la publication. La structuration chronologique et les titres des chapitres reflètent ô combien la vie de Gabriel Morón Díaz fut profondément marquée par les bouleversements politiques et sociaux de l’Espagne du xxe siècle.

Rafael Quirosa-Cheyrouze y Muñoz nous éclaire, dans un premier chapitre, sur son enfance et sa jeunesse (1896-1923) à Puente Genil dans la province de Cordoue, et en particulier sur son adhésion à l’Union générale des travailleurs (UGT) en 1912 et au Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) un an plus tard. Les développements consacrés à ses activités en tant que syndicaliste lors d’une grève des paysans en décembre 1918 et à l’incarcération qui s’ensuivit permettent au lecteur d’appréhender au mieux son parcours initiatique. Le second chapitre, traitant de son étape de maturité politique (1923-1931) et de son intégration à la loge Turdetania n° 15 du Grand Orient d’Espagne à Cordoue, analyse comment ce lecteur de Marx et d’Engels, écrivain et journaliste ouvriériste œuvra activement à la diffusion des idéaux socialistes tout en cherchant à influer sur la trajectoire idéologique et stratégique du PSOE. Si la fidélité de Gabriel Morón Díaz au socialisme semble être une constante tout au long de sa vie, l’auteur nous révèle qu’il n’en était pas moins une personnalité indépendante qui se distinguait par sa grande liberté de ton, notamment lorsqu’il s’opposa à la collaboration de son parti avec la dictature de Miguel Primo de Rivera. Rafael Quirosa-Cheyrouze consacre une partie du chapitre à la production littéraire du personnage : l’autodidacte Gabriel Morón s’essaya aussi bien à la poésie qu’au théâtre, au roman, à l’essai philosophique et à la critique littéraire. Dans les deux chapitres suivants dédiés à sa période de responsabilités institutionnelles (1931-1933) et à la crise de la Seconde République (1933-1936), l’auteur étudie avec minutie les différentes fonctions politiques exercées successivement par Gabriel Morón : conseiller municipal et maire de sa ville natale suite aux élections municipales du 12 avril 1931 puis député de l’assemblée constituante en juin 1931. Après les événements d’octobre 1934, il fut destitué par la droite de ses fonctions municipales et détenu à Madrid près d’un an et demi avant d’être amnistié et de récupérer son poste de maire en février 1936. Les analyses de ses positionnements idéologiques et stratégiques au travers de sa production écrite proposées dans cette partie sont en outre très éclairantes. La tragédie de la Guerre civile (1936-1939), pendant laquelle Gabriel Morón exerça un grand nombre de responsabilités dont celles de Gouverneur civil de la province d’Almeria puis de sous-directeur et de directeur de la Sécurité Nationale, occupe un chapitre à part entière dans la biographie. Dans le dernier chapitre, le plus conséquent de son ouvrage, Rafael Quirosa-Cheyrouze retrace la dure expérience de l’exil de Gabriel Morón qui débute en janvier 1939 en France, se poursuit en République Dominicaine et, à partir de 1941, au Mexique. L’auteur analyse l’activité de Gabriel Morón en tant que Président du Centre andalou au Mexique ainsi que sa production littéraire pendant les dernières années de sa vie. Il explore également une facette plus personnelle du personnage, et en particulier ses désillusions et ses difficultés économiques et familiales avant son décès à Mexico en 1973 à l’âge de 76 ans. L’intérêt principal de ce chapitre réside néanmoins dans l’étude de sa trajectoire politique : proche à l’origine d’Indalecio Prieto puis partisan un temps de Juan Negrín, Gabriel Morón condamna avec la plus grande fermeté ce qu’il considérait comme une trahison du Parti à ses valeurs. Cette prise de position lui valut d’être expulsé du PSOE, en avril 1946, et le conduisit à adhérer quelque mois plus tard au Parti communiste espagnol (PCE) qui, selon lui, demeurait fidèle aux idéaux socialistes.

Gabriel Morón Díaz (1896-1973). Trayectoria política de un socialista español ressemble à s’y méprendre à une thèse de doctorat de par sa densité, sa rigueur et l’omniprésence des références aux sources primaires utilisées. Celles-ci sont d’ailleurs listées de façon exhaustive à la fin de l’ouvrage. Très utile pour les travaux de recherche à venir, cette liste recense les documents d’archives consultés par l’auteur, mais également les hémérothèques consultées, les entretiens réalisés — une douzaine au total —, les publications ainsi que la centaine d’articles rédigés par Gabriel Morón dans les revues et journaux Renovación, El Aviso, El Socialista, La Voz, El Sol, El Sur, Córdoba obrera ou encore España Popular. Outre la bibliographie citée, l’ouvrage comprend également une annexe photographique et documentaire qui témoigne d’un important travail de compilation. L’auteur nous offre en effet pas moins de 120 photographies en lien avec le politique andalou : des images de sa ville natale et de ses lieux de résidence à Madrid, des portraits, des documents administratifs, des caricatures, des couvertures de romans et d’essais, des courriers ou encore des télégrammes. Enfin, un index onomastique très utile en raison du volume de cette publication vient clôturer la biographie.

Rafael Quirosa-Cheyrouze y Muñoz affirme dans son introduction vouloir « sauver Morón de l’oubli général » et « donner la parole à [ce dernier], en reproduisant ses pensées et ses opinions par le biais de multiples citations qui permettent au lecteur une connaissance plus approfondie du personnage ». Son objectif est assurément atteint. Cette biographie constitue incontestablement une référence incontournable pour tout lecteur désireux de découvrir la figure de Gabriel Morón Díaz dont la trajectoire personnelle, philosophique et politique jusqu’ici méconnue mérite d’être exhumée des tréfonds de l’histoire.