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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (Review)
      • Guyotjeannin, Olivier
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Español
      Author (Monograph)
      • Kleine, Marina
      Title
      La cancillería real de Alfonso X
      Subtitle
      Actores y prácticas en la producción documental
      Year of publication
      2015
      Place of publication
      Sevilla
      Publisher
      Editorial Universidad de Sevilla
      Number of pages
      310
      ISBN
      9788447217588
      Subject classification
      Political History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain
      Subject headings
      Alfons <X., Kastilien, König>
      Geschichte 1221-1284
      Kastilien <Königreich>
      Diplomatik
      Original source URL
      http://mcv.revues.org/7272
      recensio.net-ID
      cf5011022b224f8db27aab67b0ce67e3
      DOI
      10.15463/rec.1108681272
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Marina Kleine: La cancillería real de Alfonso X. Actores y prácticas en la producción documental (reviewed by Olivier Guyotjeannin)

Les diplomatistes espagnols ont depuis plusieurs décennies arpenté méthodiquement le vaste domaine de la diplomatique royale ibérique, avec une attention marquée à l’évolution des formes et des typologies. La belle étude de Marina Kleine relève d’un autre positionnement, plus récent : l’étude des circuits de production des actes, depuis la demande et son examen, jusqu’aux étapes de préparation, de mise au point et de délivrance du document : en bref ce que les diplomatistes appellent la « genèse » de l’acte, saisie au travers de sources directes ou détournées, souvent peu cohérentes. Prise de décision et moyens de suivi, déconcentration ou resserrement des contrôles, méthodes de travail, répartition des tâches, standardisation plus ou moins poussée du texte et de l’écriture… : par-delà leur éparpillement et leur aspect technique, ces brassées de données, on le comprend, fournissent une documentation non négligeable à l’histoire des institutions dans ses tout derniers enrichissements. Encore, par sagesse, l’A. a-t-elle résisté aux appels d’une étude prosopographique fouillée, se limitant, si l’on ose dire, à en accumuler les matériaux (fonctions hors-chancellerie, patrimoine…), et à inventorier précisément les segments de carrière passés en « chancellerie », le tout livré sur CD-ROM (un fichier PDF de 531 pages…).

Le corpus de référence est riche de 1849 actes royaux (à l’exception des actes comme roi des Romains) et livre 175 noms de serviteurs du roi, très inégalement impliqués dans la production à la fois unitaire et diversifiée d’un roi aux multiples royaumes. L’enjeu est d’autant plus grand que le xiiie siècle, ici comme ailleurs, s’engage par nécessité dans la double voie d’une réponse effervescente à la demande d’un acte souple et adapté aux nouveautés institutionnelles et au recours croissant à l’écrit, et d’une volonté d’encadrement et de normalisation, sans oublier le déclin ou la suppression de la charge encombrante de chancelier, situation commune à plusieurs royaumes occidentaux de l’époque.

La source majeure de l’étude est présente dans tous les types d’actes, connus en original ou en copie fidèle : une ligne finale, où les divers intervenants dans la genèse de l’acte sont explicitement désignés — à part et en sus des témoins et/ou des dignitaires « confirmant » l’acte. Par sa forme et ses ingrédients, cette ligne participe beaucoup moins des mentions hors-teneur qui commencent alors à se diffuser (elles sont sèches, échappent au texte pour gagner les replis) que de l’héritage des « souscriptions » ou « récognitions » de chancellerie souveraine du haut Moyen Âge (préceptes carolingiens, privilèges pontificaux), même si leur contenu et leur fonction sont largement identiques : désigner, au moyen d’expressions convenues et parfois sans rapport avec l’intervention effective, la part de responsabilité juridique, officielle, qu’ont prise à l’émission de l’acte les diverses personnes citées.

Ces personnes sont essentiellement au nombre de deux : le dignitaire qui a « commandé » (jussit) l’acte, le responsable de la production du texte ; accessoirement se trouvent mentionnés responsables du visa, du scellement, de l’enregistrement (tous les registres sont aujourd’hui perdus et connus par cette triste mention).

Une étude très poussée, ouverte aux précédents, prudente dans sa lecture, est consacrée aux différentes expressions consacrées : « fit », « écrivit », « fit écrire », « commanda de faire »… Deux grandes conclusions en sont tirées, qui rencontrent d’ailleurs les pratiques d’autres chancelleries (pontificale exceptée) : sans porter aucune attention à l’exécution graphique voire au travail concret de mise au point du texte, on désigne celui qui prend la responsabilité juridique du texte, sans y avoir forcément mis la main (il y aurait sans doute des choses à apprendre de l’examen systématique des écritures et de leurs rapports avec le rédacteur en titre, encore que des remarques captivantes soient faites sur la gradation des expertises graphiques) ; pour l’étape précédente, on désigne le responsable de la jussio, descendant de l’ambasciator carolingien, non pas un homme de cour qui porte l’ordre royal d’écrire, mais un proche ou un technicien qui commande l’acte par délégation expresse ou tacite du souverain : l’éparpillement relatif des mentions (dans le corpus de travail, un total de 355 documents commandés par des tiers contre 1494 ordonnés par le roi) va de pair avec la disparition du chancelier, et l’on ne s’étonnera pas de trouver parmi ces hommes une bonne proportion de juges faisant sanctionner leur sentence par un acte royal, et plus encore des « notaires » au rôle désormais plus administratif que diplomatique (cités dans plus de la moitié des actes commandés par un jussor) ; des tournures plus complexes, mentionnant une jussio subordonnée à un ordre royal, pourraient être rapprochées des formules « Par le roi à la relation de N » du xive siècle français, destinées à renforcer la crédibilité du jussor.

Mais la partie la plus serrée de l’enquête est consacrée aux rédacteurs officiels, installés au cœur de la production documentaire en des temps de progressive spécialisation des tâches. De l’examen serré des mentions, l’A. conclut à la répartition des « rédacteurs » en trois groupes principaux, respectivement nommés « groupe 0 » (rédacteurs de début de règne, entretenant la continuité avec le règne de Fernand III, souvent liés à la cathédrale de Séville, encore peu nombreux et polyvalents), « groupe 1 » (spécialisé dans la production d’actes solennels, p. ex. 506 privilèges à « rueda » sous la responsabilité de 9 rédacteurs, dont le stakhanoviste Juan Perez de Cuenca, qui fournit 127 privilèges repérés en cinq ans), « groupe 2 » symétrique pour les actes moins solennels (rédacteurs dix fois plus nombreux pour un total d’actes légèrement inférieur, avec des profils de carrière diversifiés, passibles d’un traitement statistique plus poussé, comme l’analyse factorielle). Plusieurs constatations complémentaires sont faites, par exemple l’absence de spécialisation par lieu de résidence ou par qualité du bénéficiaire de l’acte.

Bien présentée, précise et nourrie de dépouillements colossaux, assortie d’une utile présentation des divers types d’actes royaux, l’enquête de Marina Kleine constituera à n’en pas douter une pierre milliaire des études sur la genèse des actes royaux médiévaux et modernes ; elle a aussi valeur d’exemple pour mettre en regard les oscillations de la composition des groupes responsables de la délivrance des actes royaux avec les phases de la conjoncture politique, temps de l’héritage et temps des créations, périodes stables ou de révoltes.