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  • Metadaten

    • Dokumenttyp
      Rezension (Monographie)
      Zeitschrift
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Autor (Rezension)
      • Noyaret, Nathalie
      Sprache (Rezension)
      Français
      Sprache (Monographie)
      Français
      Autor (Monographie)
      • Lenquette, Anne
      Titel
      Les romans d'Álvaro Pombo
      Untertitel
      Savoir et fiction en Espagne (XXe et XXIe siècles)
      Erscheinungsjahr
      2016
      Erscheinungsort
      Paris
      Verlag
      Honoré Champion Éditeur
      Reihe
      Littératures étrangères ; Littératures étrangères. Série Littératures et cultures hispanophones et lusophones
      Reihennummer
      16 ; 2
      Umfang
      377
      ISBN
      978-2-7453-3076-5
      Thematische Klassifikation
      Literaturgeschichte
      Zeitliche Klassifikation
      20. Jahrhundert, 21. Jahrhundert
      Regionale Klassifikation
      Europa → Südeuropa → Spanien
      Schlagwörter
      Pombo, Álvaro
      Original URL
      http://journals.openedition.org/mcv/8004
      recensio.net-ID
      411bbcf9975e4f03b0a0df770d73892a
      DOI
      10.15463/rec.2113457802
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Anne Lenquette: Les romans d'Álvaro Pombo. Savoir et fiction en Espagne (XXe et XXIe siècles) (rezensiert von Nathalie Noyaret)

Préfacé par Geneviève Champeau qui, de sa plume magistrale, en indique à la fois toute l’importance et la richesse comme pour mieux nous inciter à le parcourir, l’ouvrage intitulé Les romans d’Álvaro Pombo. Savoir et fiction en Espagne (xxe et xxie siècles) qu’Anne Lenquette vient de faire paraître chez Honoré Champion (Paris, 2016) s’avère, en effet, particulièrement intéressant voire édifiant. Et ce, non seulement parce qu’il constitue la première monographie consacrée en France à Álvaro Pombo (1939, Santander), dont l’œuvre romanesque dans sa quasi-totalité — soit les dix-huit romans publiés par l’écrivain entre 1979 et 2014 — se trouve ainsi finement analysée et la poétique très justement définie, mais aussi parce que, à l’instar des récits qu’elle explore et partant des notions ou concepts clefs sur lesquels ceux-ci se fondent, cette étude stimule sans cesse la réflexion de son lecteur sur des questions essentielles, aussi bien d’ordre sociétal que littéraire ou encore existentiel et philosophique. Et si l’on s’y retrouve si bien dans l’approche et la compréhension de cette œuvre tout à fait singulière et complexe (ne serait-ce que parce que nourrie d’un vocabulaire théorique et parce que puisant à la source de la philosophie), sans doute cela tient-il à la pertinence de la démarche chaque fois adoptée par Anne Lenquette dans les différents chapitres constitutifs des trois grandes parties sur lesquelles elle structure son propos : non point partir des œuvres pour en tirer des observations ou de possibles conclusions, mais bien plutôt présenter, moyennant un substantiel rappel théorique et en problématisant toujours, tel ou tel aspect ou dimension fondamentale de l’œuvre dans sa globalité, pour procéder ensuite à une démonstration ou vérification sur la base d’exemples choisis, généralement extraits de plusieurs romans et donnant lieu à de fines analyses textuelles. Partant de quoi, ce sont non seulement les fondements de la pensée d’Álvaro Pombo qui se trouvent être peu à peu dégagés de même que les traits majeurs de son écriture, mais aussi tout son univers romanesque qu’il est donné au lecteur de découvrir peu à peu.

Ainsi la première partie (« Visages et masques du réel dans la fiction pombienne ») s’ouvre-t-elle, en l’occurrence, sur une intense réflexion autour du concept de « réel » et de la notion de « réalité », pour justement montrer à la suite, textes à l’appui, combien pour Álvaro Pombo le réel n’est point tant visible qu’invisible, multiforme et difficile à décrypter, et la réalité instable, insaisissable et fragile, propre à s’étendre au domaine psychique dans toute sa subjectivité. Il va sans dire que tous les procédés convoqués par l’écrivain pour remettre en question l’illusion d’un réel monolithique — recours au perspectivisme, à une instance narrative fluctuante, à la figure littéraire du fantôme, etc. — sont mis en lumière et commentés par Anne Lenquette qui, chemin faisant, initie son lecteur à la conception que l’écrivain auquel elle s’intéresse s’est forgée de la fiction littéraire (à savoir, comme une expression individuelle de la réalité). Partir de la définition de certains mots-clefs tels que « irréalité » ou encore « vérité » et « mensonge » permet aussi d’observer le sens différent qu’ils peuvent acquérir sous la plume d’Álvaro Pombo. Ainsi, pour nous en tenir à ces exemples, Anne Lenquette s’emploie-t-elle à montrer que le terme « irréalité » est propre à verbaliser le rejet de la réalité opéré par certains personnages et à signifier leur recours à la création imaginaire ; de même, en vient-elle à déceler chez cet écrivain une stratégie de réhabilitation ou de légitimation du mensonge qui bouscule les acceptions courantes et les vérités établies. De quoi, en d’autres termes, donner à voir les romans d’Á. Pombo comme des « déclencheurs de doute actif ». Tout aussi intéressante et développée que la première et plus encore centrée sur les personnages, la deuxième partie de l’ouvrage montre, déjà à travers son titre — « De l’autre côté du miroir : faux-semblants de la parole et dérobade du moi » —, avec quelle acuité la question identitaire se pose dans les romans considérés. C’est ainsi que de très intéressantes pages sont consacrées à la fonction d’occultation que l’usage de la parole peut revêtir chez certains personnages, et que toute une réflexion est également engagée sur le sens du dédoublement identitaire observable chez bon nombre d’entre eux, la fiction et en particulier l’écriture se présentant alors comme ce moyen par lequel accéder à la connaissance de soi et au déchiffrement du monde, voire à une forme d’immortalité ; et ce, non seulement pour le personnage et le narrateur, mais aussi pour l’auteur et le lecteur. Fort intéressants sont, par ailleurs, à cet endroit de l’ouvrage, les propos tenus par Anne Lenquette sur l’autofiction comme « illusion du moi », et les conclusions qu’elle tire de cette pratique dès lors que c’est Álvaro Pombo qui s’y adonne. À l’image de ce qui précède en matière de clarté du propos et de précision, la troisième et ultime partie (« L’ambition herméneutique et cognitive du littéraire ») rend compte, en premier lieu, des différents mécanismes de brouillage auxquels recourt l’écrivain afin de parasiter l’accès immédiat du lecteur au sens, comme pour signifier aussi la difficulté d’appréhender le réel, de le cerner et de l’interpréter. Ainsi est-il question successivement des modalités de brouillage syntaxique, de brouillage sonore, de brouillage sémantique, et de leurs effets respectifs. Un deuxième et dernier sous-chapitre traite de l’intertexte hétérogène qui sous-tend ces romans, à commencer par celui de nature philosophique (en l’occurrence, La Phénoménologie de l’Esprit de Hegel, qui s’avère d’ailleurs faire l’objet d’un détournement de sens de la part d’Á. Pombo), tandis qu’apparaissent ensuite un intertexte de la littérature enfantine et un autre de la littérature réaliste : soit une diversité de discours propre à alimenter une « poétique de la connaissance » mais aussi, comme le suggère Anne Lenquette, à dessiner en pointillé le profil d’un narrateur « qui serait à la fois philosophe, romancier et enfant dans l’âme », ce qui pourrait bien renvoyer à la personne de l’auteur.

Force est de convenir, pour nous résumer, que depuis son introduction jusqu’à sa superbe conclusion à laquelle fait suite une solide bibliographie, en passant par les trois grandes parties dont on a cherché à montrer toute la substance, cet ouvrage d’Anne Lenquette sur les romans d’Álvaro Pombo captive, impressionne et instruit. Puisse l’aperçu que nous venons d’en donner contribuer à le promouvoir et, par là même, à mieux faire connaître ici et ailleurs l’œuvre et la pensée d’un écrivain remarquable.

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