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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (review)
      • Walin, Marie
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      Español
      Author (monograph)
      • Mínguez Blasco, Raúl
      Title
      Evas, Marías y Magdalenas
      Subtitle
      Género y modernidad católica en la España liberal (1833–1874)
      Year of publication
      2016
      Place of publication
      Madrid
      Publisher
      CEPC-Asociación Historia Contemporánea
      Series
      Colección Historia de la Sociedad Política
      Number of pages
      299
      ISBN
      978-84-2591-704-2
      Subject classification
      Gender Studies, History of religion
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain
      Subject headings
      Spanien
      Katholische Kirche
      Frau
      Frauenbild
      Geschichte 1833-1874
      Original source URL
      http://journals.openedition.org/mcv/8138
      recensio.net-ID
      2072736b2f11484c91bd67309f53988c
      DOI
      10.15463/rec.1999603105
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Raúl Mínguez Blasco: Evas, Marías y Magdalenas. Género y modernidad católica en la España liberal (1833–1874) (reviewed by Marie Walin)

Tiré d’une thèse ayant reçu en 2015 le prix Miguel Artola de la Asociación de Historia Contemporánea, ce livre de Raúl Mínguez Blasco est une analyse des modèles de féminité développés au sein du catholicisme espagnol de 1833 à 1874. Marquée par la fin de l’Ancien Régime, cette période est celle en Espagne de la mise en place d’une société libérale. Mais pour les catholiques conservateurs et conservatrices objets de ce livre — néocatholiques, carlistes et ultramontains — la « modernité » est un mal apporté par les révolutions libérales et industrielles susceptible de détruire l’ordre social existant. Pour éviter la déliquescence de la société et l’anarchie politique, ils et elles proposent un modèle de société fondé sur le respect des valeurs catholiques traditionnelles, au premier chef desquels la famille et la différence sexuelle. Ce livre montre ainsi, à travers l’étude des discours portés sur les femmes par des représentant·e·s de l’Eglise catholique, comment « le catholicisme du xixe siècle a contribué à la construction de la différence sexuelle dans la contemporanéité » (p. 276). En s’appuyant sur la thèse de Samuel Eisenstadt des « modernités multiples », l’auteur présente la « cosmovision » (« Multiple Modernities », Daedalus, 2000, vol. 129, no 1, pp. 1-29.) construite par les catholiques conservateurs comme une réponse spécifique aux révolutions, qui constituerait une « autre modernité ».

Ce livre vient combler un vide historiographique d’autant plus important que la question du lien entre femmes et religion est un enjeu depuis le xixe siècle, et que la révolution libérale en Espagne s’est faite dans, et non pas contre, le catholicisme. D’un point de vue méthodologique, la démarche s’inscrit dans le « tournant linguistique » et dans l’histoire post-structuraliste, qui utilise l’analyse de discours pour mettre à jour les catégories cognitives, historiquement situées, à partir desquelles les individus appréhendent la réalité et développent leurs pratiques. Selon cette perspective, le discours est entendu comme « un corps cohérent de catégories par lequel, dans une situation historique donnée, les individus appréhendent et conceptualisent la réalité (et en particulier la réalité sociale) et en fonction duquel ils développent leur pratique » (Miguel Ángel Cabrera, Historia, lenguaje y teoría de la sociedad. Cátedra, Madrid, 2011, p. 51). L’étude est organisée en cinq chapitres, qui décrivent les caractéristiques des modèles de féminité catholiques développés entre 1833 et 1874 en Espagne (chap. ii et iii), montrent que leur construction s’est faite lors de moments clefs de l’histoire politique espagnole au xixe siècle (chap. iv portant sur le Bienio Progressiste, 1854-1856, et le Sexenio Démocratique, 1868-1874), et analysent leur appropriation par des femmes fondatrices de congrégations religieuses (chap. v).

En s’appuyant sur une historiographie internationale, l’auteur s’intéresse d’abord à deux des principales hypothèses de l’histoire religieuse européenne du xixe siècle : celle de la sécularisation, traditionnellement associée à l’idée de modernité, et celle de la féminisation de la religion. Si la pratique religieuse semblait déjà fortement féminisée au xviiie siècle, au xixe siècle en revanche le nombre de femmes augmente au sein de la structure ecclésiastique du fait de la multiplication des congrégations religieuses. Mais le propos est surtout de montrer que ce processus s’inscrit dans une stratégie discursive de la part de l’Église, qui développe des images plus positives des femmes et encourage les pratiques de dévotion féminines. La figure d’Ève tentatrice s’estompe ainsi au profit de celle de Marie-Madeleine, la pécheresse repentie, et plus encore au profit de la Vierge Marie, à la fois modèle de pureté virginale pour les jeunes filles et mère dévouée pour les femmes mariées. À travers des ouvrages normatifs, essais ou manuels d’éducation, l’auteur souligne le décalage entre le discours intransigeant porté par des ecclésiastiques comme Antonio María Claret, confesseur de la reine Isabel II, et celui plus progressiste développé par des publicistes catholiques comme Joaquín Roca y Cornet. Il montre aussi comment l’Église encourage l’expression d’une piété au caractère plus sentimental et populaire, considérée comme plus « féminine », notamment à travers le développement du culte marial, dont le temps fort est la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception en 1854.

Dans les deux derniers chapitres, l’auteur étudie des femmes qui, lors du Bienio Progressiste ou du Sexenio Démocratique ou en tant que fondatrices et supérieures de congrégations, ont trouvé dans le catholicisme un moyen d’accéder à la sphère publique. Les écrits et la correspondance de María Micaela Desmaisières dite « Madre Sacramento », fondatrice des Adoratrices Esclavas del Santísimo y de la Caridad, une congrégation de rééducation de prostituées repenties, montrent ainsi une femme active qui voyage et qui argumente hardiment face au clergé masculin pour faire naître et perdurer sa congrégation. De tels exemples de femmes exceptionnelles qui savent tirer profit des fissures des modèles catholiques de féminité permettent à l’auteur de conclure sur leur capacité d’agency. Nul doute cependant que l’autonomie de ces femmes était liée à leur statut de femmes non mariées, et à leur appartenance à l’aristocratie.

On regrette ainsi que l’auteur n’ait pas plus insisté dans son étude sur les questions liées à l’appartenance de classe. C’est pourtant l’un des premiers biais des sources normatives d’être produites par et pour les classes supérieures, et en général, par des hommes. Telle Virginia Woolf cherchant les femmes romancières dans Une chambre à soi, on peut en effet être déçu de ne voir apparaître véritablement les femmes qu’après 200 pages d’écrits d’hommes expliquant comment les femmes sont, et comment elles doivent se comporter. Quant aux vies des supérieures de congrégation, si elles montrent effectivement des femmes qui jouissaient d’une marge d’autonomie tout en respectant la morale genrée catholique, elles montrent aussi des femmes appartenant à l’aristocratie ouvrant des établissements pour « rééduquer » moralement des femmes issues des couches populaires. On aurait ainsi aimé en savoir plus sur ces jeunes filles enfermées de force par Micaela Desmaisières, mentionnées rapidement à travers un article du journal libéral El Observador de 1851 (cité pp. 244-245). En ce sens, l’ouvrage de R. Mínguez Blasco ouvre la voie à des études sur les conséquences sociales de la morale genrée catholique pour l’ensemble des femmes espagnoles au xixe siècle, à explorer à travers d’autres types de sources comme la presse libérale, les archives des congrégations, ou les archives judiciaires ou policières concernant les prostituées. Ces études pourront donner une idée plus précise de ce que fut « la modernité » pour les femmes, entendue alors comme le produit historique complexe issu de la confrontation des imaginaires et des actions de multiples acteurs et actrices.