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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (review)
      • Valérian, Dominique
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      Español
      Author (monograph)
      • Hernández López, Adday
      Title
      El valor del tiempo. Doctrina jurídica de la usura (ribā) en el Occidente islámico medieval
      Subtitle
      Doctrina jurídica de la usura (ribā) en el Occidente islámico medieval
      Year of publication
      2016
      Place of publication
      Helsinki
      Publisher
      Academia Scientiarum Fennica
      Series
      Suomalaisen Tiedeakatemian toimituksia: Humaniora
      Series (vol.)
      376
      Number of pages
      326
      ISBN
      978-951-41-1117-4
      Subject classification
      Legal History, Economic History
      Time classification
      Middle Ages
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain
      Subject headings
      al- Andalus
      Wucher
      Recht
      Islam
      Spanien
      Mauren
      Original source URL
      http://journals.openedition.org/mcv/9561
      recensio.net-ID
      9327e636405d43d1af17ef93a349670c
      DOI
      10.15463/rec.1524833068
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Adday Hernández López: El valor del tiempo. Doctrina jurídica de la usura (ribā) en el Occidente islámico medieval (reviewed by Dominique Valérian)

La question de l’usure en Islam a été reposée récemment par le développement de la finance islamique, qui a cherché dans les textes de droit musulman médiévaux des moyens légaux de faire fructifier les capitaux. Adday Hernández López, à partir du cas de l’Occident musulman médiéval, montre dans cette étude très fouillée la construction au cours du Moyen Âge de normes qui, tout en réprimant l’usure entre croyants comme le font le judaïsme et le christianisme, cherchent des voies légales permettant le développement économique et les échanges. Elle montre ainsi que la prohibition de l’usure (ribā) est la base légale des échanges économiques, mais que les juristes ont su imaginer des contrats qui permettaient de contourner cette norme ou de dissimuler des pratiques s’apparentant à l’usure. Elle analyse pour cela avec une grande précision les fondements que constituent le Coran et le Hadîth, expliquant l’origine et les justifications de cette interdiction dans l’islam. Puis elle reprend les grands corpus des écoles juridiques sunnites (mais aussi dans le chiisme et le kharijisme, ouverture assez rarement faite), ce qui lui permet de dresser une typologie des différents types d’usure possibles et de montrer pour chacun la position des juristes musulmans sur la licéité ou non de ces pratiques, et ainsi de mieux définir ce qui, pour ces derniers, recouvrait le terme de ribā en tant que profit non justifié et illicite.

Elle centre ensuite son propos sur le mahab malikite, dans l’Occident islamique au Moyen Âge, et ce resserrement progressif de la focale lui permet une analyse contextualisée qui a longtemps manqué aux études de droit musulman. Pour cela elle mobilise des sources diverses et complémentaires : non seulement les grands traités juridiques, mais aussi la jurisprudence des fatwas, les traités de isba et les formulaires notariaux, dont elle traduit des extraits substantiels. Elle fait ainsi une analyse très poussée de plusieurs dizaines de types de contrats prévus par le droit malikite (prêts, associations commerciales ou agricoles, changes, achats-ventes, donations et fondations pieuses, etc.), les éclairant par des schémas qui en facilitent la compréhension, et attachant une attention particulière à la définition des termes techniques — dont elle fournit en fin de volume un très utile glossaire. Cela lui permet de montrer que pratiquement tous ces différents types de contrats pouvaient dissimuler des pratiques d’usure, tout en s’intégrant pleinement dans le cadre du droit. Elle insiste ainsi plus particulièrement sur le contrat de murābaa, qui passe par une vente indirecte avec intervention d’un intermédiaire rémunéré à taux fixe, qui est aujourd’hui largement mobilisé par la finance islamique. Ce long développement, même s’il privilégie souvent l’analyse sur la synthèse, dépasse donc largement la question de l’usure et offre un panorama très complet des contrats en usage dans le droit malikite, en particulier pour les opérations commerciales. Il complète à cet égard utilement les travaux d’Abraham Udovitch et Maxime Rodinson, lesquels s’étaient appuyés sur d’autres corpus, plus orientaux et notamment hanafites. Elle accorde en particulier une place importante à la question des contrats passés avec les non musulmans, très présents notamment dans la jurisprudence malikite, non seulement avec les immī-s, mais aussi avec les marchands étrangers au Dār al-Islām (arbī-s), ce qui est plus novateur et ouvre des perspectives intéressantes pour l’étude des échanges méditerranéens, en particulier avec les chrétiens européens. Il aurait ici été intéressant de confronter ces textes normatifs au corpus de lettres de marchands tunisois à leurs partenaires pisans, rédigées vers 1200 et publiées par Michele Amari, et qui font apparaître certaines pratiques commerciales et notamment de prêts ou ventes à paiement différé entre marchands musulmans et italiens.

Adday Hernández López montre ainsi comment les juristes ont rendu possible des pratiques d’usure par ailleurs interdites par les textes fondateurs du droit musulman, et donc le crédit et le fonctionnement des échanges économiques et financiers dans l’Occident musulman. La question se pose cependant, devant ce foisonnement de contrats légaux permettant de contourner l’interdiction générale de l’usure, des pratiques réellement à l’œuvre par les acteurs des échanges et par les juges. Si les fatwas, comme les traités de isba, peuvent renvoyer dans une certaine mesure à des realia — le débat reste ouvert entre spécialistes du fiqh — le recours à des textes tardifs, d’époque moderne voire contemporaine (du reste analysés assez rapidement), pour les confronter aux sources médiévales et en conclure que les pratiques d’usure étaient bien répandues au Moyen Âge, est plus problématique. On peut certes considérer comme plausible que l’imagination des juristes dans la prolifération des types de contrats facilitant le contournement de l’interdiction de l’usure répond bien à un besoin de l’économie et de la société, et témoigne donc d’une pratique admise sinon répandue, mais il est imprudent de plaquer des réalités tardives sur le Moyen Âge pour en tirer des arguments irréfutables. L’auteure reconnaît d’ailleurs bien que si la pratique de l’usure, sous une forme ou sous une autre, est bien attestée en al-Andalus ou au Maghreb, l’ampleur du phénomène est impossible à évaluer faute de documents de la pratique contemporains.

L’ouvrage d’Adday Hernández López, parfois très technique mais très clair dans sa démarche, offre donc des éclairages nouveaux et bien documentés sur les normes économiques en usage dans l’Occident musulman médiéval, apportant ainsi une contribution importante au débat ancien sur la compatibilité de l’islam avec le développement économique, et ouvrant à des comparaisons sur de nouvelles bases avec la situation européenne à la même époque, et à une réflexion renouvelée sur l’histoire économique de l’Islam médiéval.