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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (review)
      • Chilà, Roxane
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      Español
      Author (monograph)
      • Facius, Bartholomaeus
      Title
      Los diez libros de las Hazañas del rey Alfonso. La Conquista de Nápoles (1455)
      Subtitle
      La Conquista de Nápoles (1455)
      Year of publication
      2017
      Place of publication
      Zaragoza
      Publisher
      Institución Fernando el Católico, Diputación Provincial de Zaragoza
      Series
      Publicación de la Institución Fernando el Católico
      Series (vol.)
      3588
      Number of pages
      457
      ISBN
      978-84-9911-469-9
      Subject classification
      Political History
      Time classification
      Middle Ages → 15th century
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain, Europe → Southern Europe → Italy
      Subject headings
      Alfonso <V., Aragón, Rey>
      Spanien
      Herrschaft
      Königreich Neapel
      Geschichte 1400-1500
      Original source URL
      http://journals.openedition.org/mcv/9553
      recensio.net-ID
      bc3ba4db600549519f1c40cebfa96d51
      DOI
      10.15463/rec.265448829
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Bartholomaeus Facius: Los diez libros de las Hazañas del rey Alfonso. La Conquista de Nápoles (1455) (reviewed by Roxane Chilà)

Ana-Isabel Magallón propose une traduction du latin au castillan du grand œuvre de l’humaniste d’origine génoise Bartolomeo Facio († 1457), historiographe du roi d’Aragon et de Naples Alphonse le Magnanime († 1458). Elle suit la version du texte établie par Daniela Pietragalla en 2004, et c’est à Pietragalla qu’il faut se référer pour l’étude de la tradition manuscrite (Bartolomeo Facio, Rerum gestarum Alfonsi regis libri, éd. et trad. de Daniela Pietragalla, Alessandria, Edizioni dell’Orso, 2004). L’expression rerum gestarum dans le titre de ce récit donne le ton : il s’agit de la célébration des faits d’armes du Magnanime en Italie. Le récit couvre les années 1420 à 1454, avec l’exposition de son adoption par la reine Jeanne II qui amène le jeune roi d’Aragon à revendiquer le trône de Naples (livres 1 et 2), puis la longue guerre de conquête qui l’oppose à René d’Anjou entre 1423 et 1442 (livres 3 à 7), et ensuite diverses opérations italiennes contre Francesco Sforza et la République de Florence, entre autres. Le sous-titre La Conquista de Nápoles explicite donc seulement une partie du contenu, sans l’épuiser ; la mention de l’année 1455 correspond à la date d’achèvement du texte.

L’ouvrage comporte une introduction d’une cinquantaine de pages, une courte bibliographie, proposés avant la traduction, puis des index anthroponymique et toponymique en fin de volume. L’iconographie et les cartes proposées par Francis Mendélez à l’intérieur du volume sont extrêmement surprenantes. Habituellement, de tels inserts sont destinés à éclairer le texte mais, dans le cas présent, ils suscitent surtout l’incompréhension, en raison d’une esthétique médiévaliste douteuse. Une seule carte, en fin d’ouvrage, pourrait éventuellement servir à des fins de localisation, mais en raison de l’échelle adoptée, elle est parfaitement inutile, de sorte que de nombreuses notes en bas de page doivent expliquer la géographie du royaume de Naples, expérience fastidieuse si le lecteur est peu familier de l’Italie méridionale. Du point de vue de l’iconographie, cette édition est un désastre.

En revanche, l’éditrice et traductrice procure une vision claire et pédagogique du texte historique de Bartolomeo Facio. Son introduction au volume examine d’abord la biographie de l’auteur, puis insère l’œuvre dans son contexte curial et intellectuel. On touche ici à l’essentiel : en effet, les Rerum gestarum Alfonsi regis libri X sont composées pour répondre à une commande précise d’Alphonse le Magnanime, à laquelle les autres humanistes stipendiés par le roi Naples n’ont pas su ou pas voulu répondre. Il s’agit de célébrer les hauts faits militaires du prince en imitant l’antique. Facio remplit parfaitement son contrat et puise ses références chez César et Tite-Live. Il contribue, à travers cette œuvre, à un débat sur l’écriture de l’histoire qui fait rage à la cour de Naples et qui oppose d’une part Antonio Beccadelli et Bartolomeo Facio à Lorenzo Valla d’autre part. Ce dernier avait donné, dix ans plus tôt, des Gesta Ferdinandi répondant à une autre commande d’Alphonse le Magnanime, célébrant son père Ferdinand de Trastamare (voir Lorenzo Valla, Historia de Fernando de Aragón, éd. et trad. de Santiago López Moreda, Madrid, Akal, 2002). L’accueil mitigé du texte visé par de nombreuses attaques de Beccadelli et Facio a poussé Valla vers la curie pontificale.

La création de cette historiographie de commande autour du Magnanime et le débat qui s’ensuit ont plusieurs enjeux. Sur le fond, que faut-il raconter ? Beccadelli et Facio se sont déchaînés contre Valla mettant en scène le roi Martin l’Humain dans des anecdotes peu flatteuses illustrant sa déchéance physique dans le grand âge, alors que le préambule des gesta Ferdinandi il exalte la capacité de l’histoire à donner à atteindre des universaux au même titre que la philosophie. Le récit doit-il et peut-il, en même temps, être conforme à la dignité des princes, fidèle à leur réalité, avoir une portée didactique et morale ? Dans la forme, quel latin adopter ? Un latin parfaitement classique est impropre à rendre compte de la culture matérielle du xve siècle, navires de guerre, armes à feu, etc. On sait combien les questions linguistiques et notamment lexicographiques définissent une grande partie du travail des humanistes. Autant de questions qui alimentent des débats extrêmement virulents dont les enjeux ne sont pas seulement intellectuels, mais aussi sociaux et économiques : Beccadelli, Facio et Valla sont des rivaux qui doivent se partager la faveur et les commandes d’Alphonse le Magnanime dans les années 1440. L’échec relatif de Valla en tant qu’historiographe à Naples, tandis que Facio reçoit l’approbation du roi avec ses rerum gestarum, est un épisode important d’un long affrontement intellectuel marqué par de violents échanges d’invectives. Peut-être ces débats linguistiques et historiographiques méritaient-ils d’être d’avantage développés, car ils font une grande partie de l’intérêt du texte pour les historiens et les latinistes.

La traduction d’Ana-Isabel Magallón suit très scrupuleusement le texte latin, et offre au lecteur d’utiles précisions sur les choix opérés pour rendre les termes techniques, ainsi que des notes identifiant précisément les différents individus mentionnés au fil du récit. Elle représente un outil précieux pour appréhender le règne italien d’Alphonse le Magnanime. Cette traduction castillane contribuera, je l’espère, à un renouveau de l’intérêt pour ce roi d’Aragon et de Naples en dehors des territoires qu’il a dominés. Signalons enfin que le lecteur intéressé par les querelles humanistes et la cour de Naples comme milieu culturel se référera avec profit aux nombreux et récents travaux de Fulvio Delle Donne.