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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (review)
      • Vidal, Dominique
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      Português
      Editor (monograph)
      • Ferreira, Vitor Sérgio
      • Costa Lobo, Marina
      • Rowland, Jussara
      • Rodrigues Sanches, Edalina
      Title
      Geração milénio? Um Retrato Social e Político
      Subtitle
      Um Retrato Social e Político
      Year of publication
      2017
      Place of publication
      Lisboa
      Publisher
      ICS, Imprensa de Ciências Sociais
      Series
      Colecção Observatórios ICS
      Series (vol.)
      5
      Number of pages
      171
      ISBN
      978-972-671-484-2
      Subject classification
      Political History, Social and Cultural History
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Portugal
      Subject headings
      Portugal
      Jugend
      Erwachsener <20-25 Jahre>
      Arbeitslosigkeit
      Freizeitverhalten
      Medienkonsum
      Politische Einstellung
      Original source URL
      https://journals.openedition.org/mcv/10683
      recensio.net-ID
      60e29f5329d641b7be20093763b62648
      DOI
      10.15463/rec.758966233
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Vitor Sérgio Ferreira / Marina Costa Lobo / Jussara Rowland / Edalina Rodrigues Sanches (eds.): Geração milénio? Um Retrato Social e Político (reviewed by Dominique Vidal)

Il est trivial de dire que le Portugal a connu de profondes transformations au cours des dernières décennies. Il est alors usuel d’insister sur l’évolution de la stratification sociale, l’urbanisation du pays et les modifications des relations de genre. Peu de travaux récents ont en revanche fait le choix d’étudier la société portugaise au prisme de ses générations. C’est désormais chose faite de façon fouillée dans l’ouvrage de Vítor Sérgio Ferreira, Marina Costa Lobo, Jussara Rowland et Edalina Rodrigues Sanches qui propose un regard original sur le Portugal contemporain à partir d’une analyse des jeunes entrés dans la vie adulte au tournant du nouveau millénaire.

Dans une introduction soignée, Vítor Sérgio Ferreira précise le cadre théorique de cette recherche collective à la lueur des débats sur l’usage du terme de génération en sciences sociales. Loin de concevoir une génération comme une réalité sociale dotée de caractéristiques aisément identifiables, il en fait avant tout une « réalité discursive et symbolique » susceptible de donner accès à la compréhension de valeurs, de représentations et de modes de vie spécifiques. Dans le prolongement du célèbre livre de Karl Mannheim, Le problème des générations (1928), il affirme néanmoins que ladite génération Millénium étudiée dans cet ouvrage possède une forme d’unité liée aux politiques d’austérité qui l’ont frappée à un moment particulier et, ce faisant, différenciée des générations précédentes. Et c’est d’ailleurs ce qui ressort des analyses des trois chapitres qui suivent, lesquels reposent sur une enquête par questionnaires auprès de l’ensemble de la population portugaise en mars 2015.

Vítor Sérgio Ferreira le met d’ailleurs en évidence dans le premier chapitre, consacré au rapport au travail, au chômage et à l’avenir de ces jeunes Portugais. La crise économique n’a pas constitué pour ces derniers une rupture avec ce qu’avait vécu la génération précédente. Les politiques d’austérité ont plutôt « intensifié beaucoup de tendances structurelles de la société portugaise » (p. 73). Les difficultés d’entrée sur le marché du travail et d’obtention d’un emploi stable ont progressivement augmenté depuis les années quatre-vingt-dix, alors même que le niveau général de formation a connu une croissance considérable. Il en découle, comme le montre la comparaison avec les données disponibles sur d’autres pays européens, que les jeunes Portugais vivent une « condition sociale paradoxale » (p. 42) caractérisée par la tension entre, d’un côté, les attentes sociales créées par l’école et la famille et, de l’autre, la situation de l’emploi. Si le chômage et la précarité les touchent tous, ces difficultés restent loin de les affecter de manière homogène. Ce sont en effet les jeunes les moins qualifiés qui les subissent le plus durement. Il n’empêche cependant que cette génération se représente l’avenir avec plus d’optimisme que les générations précédentes, convaincue que la période actuelle n’est qu’un mauvais moment qui finira par passer.

Le chapitre suivant, écrit par Jussara Rowland, étudie un autre aspect notable de l’expérience de la génération Millénium, en s’intéressant aux mobilités, aux loisirs et aux usages d’Internet. Loin de présenter comme un bloc homogène ces jeunes arrivés à l’âge adulte avec la crise, elle montre finement les différences en leur sein selon l’origine sociale ou le niveau d’étude, ainsi qu’avec les générations qui les ont précédés. Pour ne prendre qu’un exemple bien connu, l’émigration comme réponse à une situation jugée insatisfaisante est au Portugal un phénomène ancien, même si elle concerne désormais plus fréquemment des étudiants dans le cadre de séjours Erasmus et des diplômés de l’enseignement supérieur. Les usages de l’internet, plus importants parmi cette génération, varient également selon le milieu social considéré, les jeunes appartenant aux couches les plus favorisées et ayant le plus étudiés s’en servant davantage.

Dans le dernier chapitre, Marina Costa Lobo et Edalina Rodrigues Sanches analysent le rapport à la politique des jeunes Portugais. Si la période qui suit la Révolution des Œillets fut un moment de formation politique pour la génération qui entre alors dans la vie adulte, la crise a éloigné les Portugais, et notamment les jeunes, du processus démocratique, engendrant ce que les auteures nomment une « citoyenneté politique faible » (p. 123). Ces dernières observent notamment des niveaux de participation politique particulièrement bas parmi deux groupes d’âge (15-24 ans et 25-34 ans), lesquels se traduisent par un jugement très critique sur la démocratie, le peu d’intérêt pour la politique et une faible identification aux partis. Cependant, comme cela a été souligné dans les chapitres précédents, ces indicateurs varient en fonction de variables socioéconomiques, les jeunes ayant fait les études les plus longues et appartenant aux couches moyennes et supérieures s’intéressant et participant davantage à la politique.

Cette enquête rigoureuse atteint au final son objectif de proposer, comme le dit son sous-titre, un « portrait social et politique » d’une classe d’âge, sans pour autant faire sienne la catégorie homogénéisante de génération Millénium. En posant au contraire intelligemment la question des générations, elle permet de mettre en relief des dimensions de la société portugaise que des choix de problématisation uniquement centrés sur la classe sociale tendent à ignorer. L’importance historique du 25 avril 1974 en ressort notamment sous un jour particulier, en révélant par contraste différents modes de socialisation liés à l’âge. La capacité des auteurs à situer leur recherche par rapport à des débats internationaux et au contexte européen montre en outre tout l’intérêt du Portugal pour la compréhension du monde contemporain.

La dernière page tournée, le lecteur pourra néanmoins formuler deux regrets. Il est en premier lieu dommage que la solide enquête quantitative sur laquelle repose ce livre ne se soit pas accompagnée d’une campagne d’entretiens qui aurait permis de mieux saisir le sens donné à ce qu’elle vit par la population étudiée. Un second regret, qu’on ne saurait pourtant nullement reprocher aux auteurs, tient à la périodisation. L’enquête ne prend pas en effet en compte, et elle ne pouvait le faire, l’amélioration de la situation économique du Portugal intervenue depuis sa réalisation, ainsi que l’expérience politique originale d’une coalition de gauche au pouvoir. Ces changements, que l’on sait vécus heureusement par la majorité des Portugais, confirment néanmoins ce que, au plus fort de la crise, le livre avait correctement identifié de façon alors contre-intuitive : l’optimisme des jeunes concernant l’avenir.