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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Author (review)
      • Reimond, Grégory
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      Español
      Author (monograph)
      • Aranegui Gascó, Carmen
      Title
      La Dama de Elche
      Subtitle
      Dónde, cuándo y por qué
      Year of publication
      2018
      Place of publication
      Madrid
      Publisher
      Marcial Pons Historia
      Series
      Estudios. Antigua
      Number of pages
      233
      ISBN
      978-84-16662-52-4
      Subject classification
      Archaeology, Art History
      Time classification
      until 499 AD
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Spain, Europe → Southern Europe → Portugal
      Subject headings
      Dame von Elche
      Iberische Halbinsel
      Plastik
      Antike
      Original source URL
      https://journals.openedition.org/mcv/10573
      recensio.net-ID
      2f83a575e7104ee7a10e1e7f5d7cb5b6
      DOI
      10.15463/rec.758966229
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Carmen Aranegui Gascó: La Dama de Elche. Dónde, cuándo y por qué (reviewed by Grégory Reimond)

Au sein du vaste répertoire des images de la culture ibérique parvenues jusqu’à nous, qu’il s’agisse des représentations humaines ou animales, de la grande sculpture en pierre, de la coroplathie, de la toreutique ou de la peinture sur vases, peu d’œuvres ont suscité une littérature aussi abondante que la Dame d’Elche. Malgré les découvertes spectaculaires faites depuis les années 1970 (la Dame de Baza, les groupes sculptés de Porcuna, la Dame — très fragmentaire — de Guardamar, etc.), le buste trouvé à La Alcudia le 4 août 1897 reste une pièce singulière. On en a beaucoup parlé, on a encore plus écrit sur la Dama Ilicitana. Aussi, publier, en 2018, un livre monographique sur cette œuvre pourrait passer pour une gageure. Ce pari risqué, C. Aranegui Gascó l’a relevé et, disons-le d’emblée, avec succès. Rappelons que l’auteur est professeur émérite à l’université de Valence ; ses travaux sont connus de tous ceux qui s’intéressent, de près ou de loin, à la Protohistoire de la péninsule Ibérique.

C. Aranegui nous offre un petit livre conçu comme un véritable guide (p. 15) à l’usage du spécialiste comme du profane. Elle propose une synthèse de ses travaux antérieurs, avec le recul que seul permet un commerce intime et prolongé avec le sujet étudié. En sept chapitres, rédigés dans un style clair et précis, abondamment et utilement illustrés, elle dissèque l’histoire de cette œuvre majeure de la culture ibérique sur le temps long, depuis le ive siècle av. J.-C. jusqu’au début du xxie siècle. Là résident l’intérêt et l’originalité d’une étude dans laquelle se mêlent trois niveaux d’analyse qui dialoguent en permanence les uns avec les autres : l’approche est à la fois archéologique, historiographique et symbolique.

Archéologique, d’abord, puisque l’auteur s’attache à situer la Dame d’Elche dans son époque. Cette contextualisation historique est menée à plusieurs échelles, en privilégiant toujours une lecture interne à la culture ibérique, de sorte que la — vaine — question des influences orientales, grecques et phéniciennes, qui a longtemps retenu l’attention des spécialistes, occupe ici une place des plus secondaires. Cette volonté d’ancrer l’œuvre dans un territoire et une culture qui lui sont propres explique que le livre de C. Aranegui s’ouvre sur un état des lieux de ce que l’on sait du site de La Alcudia préromaine (Ilici), sans oublier de rappeler les nombreuses questions qui, aujourd’hui encore, restent sans réponse (chap. i). Or ce site a peut-être livré à notre curiosité une œuvre singulière, mais cette pièce n’est ni unique ni isolée. Au contraire, la Dame d’Elche se rattache à un ensemble d’images sculptées qui furent produites dans le même environnement (à Elche et dans le reste de la Contestanie, chap. ii) et même au-delà (chap. iii). Ce n’est qu’après avoir défini ce contexte archéologique que C. Aranegui aborde l’analyse du buste d’Elche (chap. iv), menée dans une perspective diachronique (depuis sa découverte) et comparatiste (au sein d’un corpus qui est celui des damas ibéricas).

D’un bout à l’autre du livre, l’approche historiographique est omniprésente. On sent qu’il y a là une nécessité impérieuse pour l’auteur. Elle se nourrit d’un constat : la Dame d’Elche doit son statut de figure exceptionnelle — que l’approche archéologique tend à nuancer — aux savants qui se sont consacrés à son étude depuis 1897. Par conséquent, si l’on souhaite assigner à cette œuvre une place plus juste parmi les productions des Ibères, il faut au préalable prendre de la distance face aux différents discours scientifiques élaborés tout au long du xxe siècle et dont nous sommes les héritiers. Plus que d’un travail de déconstruction, il s’agit d’une volonté de mise en perspective, depuis les premiers travaux produits par les archéologues des années 1900 (pétris de culture classique) jusqu’au livre retentissant de John F. Moffitt remettant en cause l’authenticité de la Dame d’Elche, en passant par le discours élaboré sous le régime franquiste. Le regard rétrospectif de C. Aranegui est à la fois ferme et nuancé : sur le contexte archéologique de l’œuvre, les témoignages laissés par les contemporains sont plus fiables que les déclarations recueillies dans les années 1940 ; l’action des pionniers de l’archéologie ibérique, la plupart non Espagnols, souvent considérée comme un exemple particulièrement représentatif de l’impérialisme archéologique auquel la péninsule était alors soumise, est revalorisée, leurs travaux ayant conduit, in fine, à la reconnaissance de la culture ibérique par la communauté scientifique internationale ; quant à la question d’une possible falsification, l’authenticité de l’œuvre est réaffirmée avec force (un faisceau d’arguments — dont certains sont fournis par des recherches récentes — rend les théories de J. F. Moffitt insoutenables).

Enfin, C. Aranegui accorde une place importante à l’étude de la Dame d’Elche comme symbole. Dès sa découverte en effet, le buste a fait l’objet de multiples phénomènes d’appropriation identitaire, tant au niveau national que local, et en dépassant les clivages politiques traditionnels : la Dame d’Elche peut être anarchiste, républicaine ou phalangiste, elle est à la fois universelle, espagnole, valencienne et ilicitana. Loin de retomber dans les années qui ont suivi sa découverte, sa valorisation-manipulation comme emblème identitaire porteur de multiples valeurs s’est renforcée tout au long du xxe siècle, notamment après son retour « d’exil », en 1940-1941, dans le cadre d’un échange polémique entre la France de Pétain et l’Espagne de Franco. Elle perdure aujourd’hui, notamment au niveau local. Sans épuiser le sujet, C. Aranegui apporte une contribution intéressante à une approche qui retient de plus en plus l’intérêt des chercheurs et qui, menée dans un cadre pluridisciplinaire (archéologique, historique, anthropologique), permettra de jeter un autre regard sur le passé et le présent de la Dame d’Elche. Sur ce point, nous renvoyons le lecteur à deux publications des plus stimulantes. L’une est déjà un « classique » : Ricardo Olmos, Trinidad Tortosa (éd.), La Dama de Elche. Lecturas desde la diversidad, Madrid, AGEPASA, 1997. La seconde, très récente, ouvre une voie prometteuse : Marlène Albert Llorca, Jesús Moratalla, Pierre Rouillard, « Le singulier destin d’une sculpture ibérique : la Dame d’Elche », Images Re-vues [en ligne], 15, 2018,<http://journals.openedition.org/​imagesrevues/​4937>.

Nous n’avons que peu de réserves à formuler. Quelques erreurs factuelles sont à signaler. Par exemple : Pierre Paris n’est pas né en 1853 mais en 1859 ; la Dame d’Elche ne rejoint pas Paris via Marseille mais via Sète (Cette dans les sources de l’époque) ; le guerrier à la falcata d’Elche est bien découvert en juin 1898 mais son achat par le Louvre est postérieur (1899). En revanche, l’organisation de la bibliographie ne nous semble pas judicieuse : la distribution des références en cinq sous-parties chronologiques [« Le xixe siècle », « Avant le retour (1900-1940) », etc.] présente peu d’intérêt et ne facilite guère l’utilisation de cet outil.

Ce sont là des points de détail qui n’enlèvent rien à la qualité d’un livre qui répond pleinement à l’objectif que s’était fixé l’auteur et qui présente un double intérêt : d’un côté, dresser un état des lieux des connaissances, offrir au lecteur un guide permettant d’entrer facilement dans l’histoire de la Dame d’Elche ; de l’autre, suggérer des pistes de recherche pour l’avenir.