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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Mélanges de la Casa de Velázquez
      Pages
      311-312
      Author (Review)
      • Léonard, Yves
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Português
      Author (Monograph)
      • Morão, Ana Maria Fraústo Diogo Correia Paiva
      Title
      Grande Guerra 1914–1918
      Subtitle
      Os Combatentes da Freguesia de Montalvão
      Year of publication
      2018
      Place of publication
      Lisboa
      Publisher
      Edições Colibri / Associação Vamos à Vila
      Series
      Extra-colecção
      Number of pages
      96
      ISBN
      9789896897697
      Subject classification
      Military History
      Time classification
      20th century → 1900 - 1919
      Regional classification
      Europe → Southern Europe → Portugal
      Subject headings
      Montalvão
      Portugiesischer Soldat
      Weltkrieg, 1914-1918
      Original source URL
      https://journals.openedition.org/mcv/13029
      recensio-Date
      Jan 04, 2021
      recensio-ID
      1e00fc7bfa354ba2a72b125cc8a26c2e
      DOI
      10.4000/mcv.13029
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Ana Maria Fraústo Diogo Correia Paiva Morão: Grande Guerra 1914–1918. Os Combatentes da Freguesia de Montalvão (reviewed by Yves Léonard)

La participation du Portugal à la Grande Guerre est longtemps restée méconnue en France, malgré quelques travaux universitaires pionniers de grande qualité, comme ceux de Nuno Severiano Teixeira (L’entrée du Portugal dans la Grande Guerre, 1998). Les commémorations du centenaire de la Grande Guerre (2014-2018) ont contribué à combler pour partie cette méconnaissance, notamment avec la célébration par les présidents français et portugais du centenaire de la Bataille de La Lys (9 avril 2018). Ce cycle commémoratif et mémoriel a favorisé au Portugal, comme en France, la publication de quelques travaux universitaires ou de vulgarisation d’inégale portée. Parmi ceux-ci figure en bonne place l’ouvrage d’Ana Maria Paiva Morão qui se propose de nous faire connaître l’identité et le parcours militaire de ces quelque 24 natifs de la commune de Montalvão, dans le nord-est de l’Alentejo, partis combattre principalement dans les Flandres au sein du Corps Expéditionnaire Portugais (CEP), seuls 3 d’entre eux ayant servi sur le théâtre d’opération miliaire africain, en Angola et au Mozambique.

Après une courte introduction précisant l’objet de l’étude et le rôle clé joué par l’association Vamos à Vila, fondée début 2010 pour préserver le patrimoine mémoriel de Montalvão, avec l’organisation en septembre 2013 d’un événementiel « Memórias de Montalvão » centré sur le rôle joué par la population locale durant les deux guerres mondiales (la première à laquelle le Portugal a participé militairement, la deuxième où le pays est resté neutre), Ana Maria Paiva Morão rappelle en quelques pages les principaux éléments de contexte de la participation du Portugal à la Grande Guerre, d’abord sur le front africain, dès l’été 1914, en Angola et au Mozambique, pour contrecarrer les visées allemandes, puis, après la déclaration de guerre officielle faite par l’Allemagne au Portugal en mars 1916, avec l’envoi d’un corps expéditionnaire de 55 000 hommes dont les premiers contingents embarquent fin janvier 1917 après quelques semaines d’une formation militaire sommaire (le « miracle de Tancos »), pour rejoindre les tranchées à partir de la mi-mai. Des quelque 6000 premiers soldats portugais débarqués à Brest, près de 900 sont immédiatement conduits à l’hôpital, victimes de la tuberculose pour près d’un tiers. Et la suite sera des plus chaotiques pour ce Corps expéditionnaire portugais, intégré à la 1ère Armée britannique — l’allié séculaire du Portugal —, avec notamment les problèmes de permission et de rotation des effectifs, liés à l’éloignement, et la défaite traumatique de La Lys, le 9 avril 1918 où, en quelques heures, sous un déluge d’obus, la 2e division portugaise, forte de 12 200 hommes en perd plus de 600, alors que 6 500 soldats portugais sont faits prisonniers. Comme le rappelle A. M. Paiva Morão, sur les quelque 105 000 soldats mobilisés en Afrique et dans les Flandres (pour un pays qui compte alors moins de 6 millions d’habitants), plus de 7 700 sont tués, 16 600 blessés ou invalides et près de 14 000 faits prisonniers ou disparus.

Après ces rappels visant à contextualiser son objet d’études, A. M. Paiva Morão propose une courte monographie des 24 soldats originaires de Montalvão, dont un est tué au combat dans les Flandres et enterré en France dans le cimetière militaire portugais de Richebourg. Les fiches individuelles des 21 combattants intégrés au Corps Expéditionnaire Portugais reproduites dans l’ouvrage sont celles extraites du fonds d’Archive Historique Militaire. Agrémentées chacune d’une photographie, ces fiches disent l’essentiel en termes de dates sur le parcours miliaire, ainsi sur la Croix de Guerre attribuée à deux de ces combattants. Complétées, pour quelques unes d’entre elles, par des recensions et témoignages recueillis par leurs descendants, voire par quelques documents postérieurs à la guerre, comme ces cartes de membre de la Ligue des Combattants de la Grande Guerre ou « d’invalide de guerre », ces fiches nous disent en revanche trop peu sur les tourments endurés et les séquelles traumatiques du conflit de ces jeunes soldats portugais, célibataires (sauf 3 d’entre eux), même si A. M. Paiva Morão prend soin de rappeler l’angoisse vécue par leurs proches, l’absence de nouvelles régulières pendant leur conflit et quelques rituels, comme celui d’organiser chaque 9 avril (date commémorative de la Bataille de La Lys) une sorte d’apéritif réussissant les anciens combattants autour d’une boîte de conserve de corned-beef, symbole emblématique de ces rations fournies par les Anglais, vécues comme une abomination pendant la guerre, avant de devenir source de bons souvenirs au fil du temps.

Participant d’un renouvellement historiographique sur fond mémoriel de cette « histoire par le bas », locale, celle des anonymes à laquelle elle redonne un nom et une identité, l’ouvrage d’Ana Maria Paiva Morão apporte des éclairages neufs sur les combattants portugais de la Grande Guerre, ouvrant d’utiles perspectives que d’autres jeunes chercheurs portugais — pensons par exemple à Helena da Silva — explorent également avec talent, par exemple sur les problématiques relatives à la santé au Portugal durant la Grande Guerre, « des tranchées à l’hôpital ».