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Florence Catherine: La Pratique et les Réseaux savants d’Albrecht von Haller (1708-1777), vecteurs du transfert culturel entre les espaces français et germaniques au XVIIIe siècle (reviewed by Pierre Crepel)

Florence Catherine, La Pratique et les Réseaux savants d’Albrecht von Haller (1708-1777), vecteurs du transfert culturel entre les espaces français et germaniques au XVIIIe siècle, Paris, Honoré Champion, 2012, 720 p. ISBN : 978-2-7453-2257-9.

 

Cet ouvrage considérable, issu d’une thèse, dont il a gardé le formalisme en trois parties de trois chapitres bien calibrés, comporte une introduction générale (p. 11-43), neuf chapitres (p. 45-620), une conclusion générale (p. 621-640), 14 annexes (p. 641-670), les sources et travaux (p. 671-706), un index des noms de personnes (p. 707-714) et une table des matières (p. 715-719). L’auteur fait remarquer à juste titre que Haller souffre d’un déficit d’études historiques en langue française, alors qu’il existe des instruments de travail de haute qualité en allemand, notamment ceux publiés dans les Studia Halleriana, par les éditions Schwabe, à Bâle : bibliographie, inventaire de la correspondance, etc. On ne saurait trop recommander ces ouvrages au lecteur, mais malheureusement leur prix fera reculer la plupart d’entre nous. Si Haller n’est évidemment pas sur la même longueur d’ondes que Voltaire ou Diderot en matière de religion, s’il refuse l’hégémonie de la culture française, il n’en est pas moins un personnage fondamental des Lumières européennes, dont il partage la volonté d’émancipation rationnelle de la pensée, le souci des réformes, l’exaltation de l’usage pratique de la science et du rôle de l’éducation. Il est très souvent cité dans l’Encyclopédie Diderot-D’Alembert, mais c’est surtout (pour nous, dans cette revue) l’un des collaborateurs principaux de l’Encyclopédie d’Yverdon et, partant, du Supplément. Florence Catherine n’étudie pas la pensée de Haller en elle-même, ni sa biographie en tant que telle, elle concentre son étude sur les relations de ce savant avec la France et sur sa place d’intermédiaire (interactif) entre les « espaces français, helvètes et germaniques ». L’auteur n’a pas choisi un exposé chronologique, ni par correspondants ou groupes de correspondants, ni par disciplines scientifiques ; elle utilise plutôt ce qu’on pourrait appeler des diagonales empruntées à la sociologie, c’est pourquoi les mots « espace », « sociabilité », « réseau », « acculturation » reviennent si souvent sous sa plume. Les titres des chapitres sont un peu mystérieux pour le lecteur non habitué aux usages des sociologues. Par exemple, lorsqu’on cherche ce qui concerne l’Encyclopédie, on ne trouve rien dans la table des matières, cela ne signifie pas que le sujet soit oublié. Il existe des développements éparpillés à cet égard, mais aussi d’autres plus suivis dans le chapitre VI, relatif à la religion et à la philosophie, surtout p. 407-410, puis dans le chapitre VII, au § 2, intitulé « Contiguïté et superposition des réseaux : de l’espace rêvé à l’espace vécu », en particulier p. 449-459. L’auteur y décrit bien les relations ambivalentes de Haller avec les encyclopédistes, tant de la première génération que des suivantes, au sujet de la médecine, de l’érudition, de la religion, etc. Le lecteur peut se reporter pour plus de précisions aux nombreux travaux récents sur l’Encyclopédie d’Yverdon, par exemple à l’article d’Alain Cernuschi, « Le corpus des articles encyclopédiques de Haller : établissement définitif et histoire de la rédaction », dans Albrechts von Haller zum 300. Geburtstag, herausgegeben von Jean-Daniel Candaux, Alain Cernuschi, Anett Lütteken, Jesko Reiling, Schweizerische Gesellschaft zur Erforschung des 18. Jahrhunderts : Themenheft Nr. 1, 2008, p. 97-107. L’ouvrage aborde de nombreux thèmes : la formation, les voyages, les correspondants, les périodiques, les traductions, les recensions (notamment celles innombrables, très importantes et habituellement très sous-estimées, dans les Göttingische Gelehrte Anzeigen ou « GGA »). Il examine les divers enjeux sociaux, épistémologiques, religieux, nationaux, personnels autour de Haller dans toutes leurs dimensions. Bien entendu, si Haller est le personnage central, d’autres hommes de l’époque sont fortement présents, qu’il s’agisse de savants célèbres comme Charles Bonnet, ou d’auteurs moins connus, tels Thiery ou Rast de Maupas. Le chapitre IX (p. 561-617) est consacré à la postérité : éloges, notices biographiques, etc. Sans prétendre à l’exhaustivité, l’auteur donne un panorama très ample, que le lecteur intéressé pourra compléter par les ouvrages et articles cités, surtout s’il connaît l’allemand. L’un des malheurs du totalitarisme anglophone dans les recherches actuelles est en effet la régression de la connaissance de l’allemand et la non-lecture des sources primaires et secondaires rédigées dans cette langue. On saura alors gré à Florence Catherine d’avoir étudié sérieusement ces dernières, de les avoir ici à l’occasion résumées ou présentées à bon escient et d’y avoir ajouté un point de vue de sociologue. En conclusion, la lecture de cet ouvrage est très instructive, surtout pour le public franco- phone, peut-être parfois aurait-il été préférable de rester plus concis.