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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (Review)
      • Jarrige, François
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Français
      Author (Monograph)
      • Knittel, Fabien
      Title
      Agronomie et innovation
      Subtitle
      Le cas de Matthieu de Dombasle, 1777 - 1843
      Year of publication
      2009
      Place of publication
      Nancy
      Publisher
      Presses Univ. de Nancy
      Series
      Histoire des institutions scientifiques
      Number of pages
      515
      ISBN
      978-2-86480-982-1
      Subject classification
      Biographies, genealogy, History of technology, History of education, History of agriculture
      Time classification
      19th century
      Regional classification
      France
      Subject headings
      Mathieu de Dombasle, Christophe J. A.
      Ausbildung
      Agronomie
      Landwirtschaft
      Landwirtschaftliches Gerät
      Original source URL
      http://rh19.revues.org/index4057.html
      recensio-Date
      Apr 20, 2011
      recensio-ID
      da07fb5bfa60cf47e27d1703f79bfce1
      DOI
      10.15463/rec.1189723738
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Fabien Knittel: Agronomie et innovation. Le cas de Matthieu de Dombasle, 1777 - 1843 (reviewed by François Jarrige)

Fabien KNITTEL, Agronomie et innovation. Le cas Mathieu de Dombasle (1777-1843), collection Histoire des institutions scientifiques, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 2009, 515 p. ISBN : 978-2-86480-982-1. 40 euros.

Dans un contexte marqué par la montée incessante des préoccupations environnementales, par la multiplication des travaux sur les risques et les normes alimentaires, il semble que s’opère un rapprochement entre les études rurales et les approches sociales et culturelles des sciences et des techniques (1). Un nombre croissant de recherches délaissent en effet l’ancien paradigme « évolutionniste » et linéaire prenant le progrès comme seul horizon pour questionner les chemins pluriels et les significations qu’il prit dans le monde rural. L’ouvrage de Fabien Knittel, chercheur à l’INRA, institution qui œuvre à ce rapprochement entre histoire des sciences et histoire rurale, participe de ce vaste chantier en cours sous l’angle de l’étude biographique de Mathieu de Dombasle.

Pour qui travaille sur les campagnes françaises du XIXe siècle, Mathieu de Dombasle n’est pas un inconnu, son œuvre est gigantesque et son influence décisive. Pourtant, ce personnage restait mal connu avant les nombreuses publications de Fabien Knittel explorant les diverses facettes de son action. L’étude n’est pas purement biographique, elle s’efforce en permanence de replacer le parcours et les réalisations de Mathieu de Dombasle dans les configurations socioculturelles qui l’éclairent. Pour cela, l’auteur a su mobiliser des sources très riches et variées, il a également su combiner les outils de l’histoire, de la sociologie des sciences et techniques, comme les nombreux travaux consacrés au genre biographique, pour interroger le « cas » Mathieu de Dombasle.

L’ouvrage est construit en quatre étapes. Il commence par l’examen de la fameuse charrue sans avant-train dite aussi charrue « Dombasle ». Fabien Knittel historicise la genèse de cette innovation en l’inscrivant dans le parcours biographique de Mathieu de Dombasle. Après une jeunesse dans une famille de l’aristocratie lorraine, il entame des études de chimie qui sont ébranlées par la Révolution. Sous l’Empire, il se convertit aux recherches sur le machinisme agricole et, après 1816, il consacre son action à la promotion de la nouvelle charrue censée améliorer la productivité des paysans lorrains. Fabien Knittel propose une excellente analyse de l’innovation de Mathieu de Dombasle, entre observation de terrain, redéfinition du geste au travail, et mise en scène de la technique. Il revisite les mythes liés à la mise au point de « la Dombasle » en montrant que, s’il n’en fut pas « l’inventeur », il joua néanmoins un rôle décisif dans son perfectionnement, sa diffusion et sa publicisation.

Les deuxième et troisième parties se tournent davantage vers l’étude des théories agronomiques et de leur institutionnalisation au cours du premier XIXe siècle. L’auteur propose une large remise en contexte de l’œuvre « dombaslienne » dans l’émergence progressive de la science agronomique, à la fois dans la singularité du contexte lorrain et dans ses réseaux européens. Il montre les multiples influences qui ont modelé les théories et la pratique de l’agronome lorrain, qu’il s’agisse des économistes et des agronomes étrangers, mais aussi les expérimentations locales réalisées par les travailleurs de la terre. Le chapitre 8 est consacré à la création et à l’organisation du travail dans la fameuse ferme exemplaire de Roville, occasion de confronter le discours agronomique à la pratique de terrain. Dans la quatrième et dernière partie consacrée aux « moyens de diffusion de l’innovation », Fabien Knittel propose une intéressante analyse des stratégies déployées par Mathieu de Dombasle pour convertir le monde paysan aux bienfaits du progrès technique, notamment avec les concours de labours qu’il importe d’Angleterre, ou les expériences d’enseignement agricole qu’il développe. Quelques comparaisons auraient d’ailleurs pu être menées avec d’autres expériences pédagogiques menées à la même époque, comme les expérimentations de cours pour ouvriers de Charles Dupin.

Parmi les petits regrets que suscitera peut-être cette étude, on signalera quelques répétitions et coquilles (par exemple lorsque la Société d’encouragement pour l’industrie nationale est transformée en Société d’encouragement pour l’industrie et les sciences, p. 130), et la longueur excessive de certaines références et considérations historiographiques et épistémologiques parfois peu utiles au propos. On peut également s’étonner que le travail de Nathalie Jas sur l’invention des sciences agronomiques en France et en Allemagne ne soit pas mobilisé ou discuté, même s’il est vrai qu’il traite de la période postérieure (2). Ces remarques ne doivent pas dissimuler l’essentiel : il s’agit là d’un ouvrage d’histoire des sciences et des techniques important, très complet et informé, qui dépasse le seul « cas » de Mathieu de Dombasle pour éclairer plus largement les mutations des campagnes européennes et l’émergence d’une science agronomique au cours du premier XIXe siècle. Il vient heureusement combler une lacune de l’historiographie et enrichir notre connaissance de l’outillage rural et des logiques de l’innovation technique dans le monde agricole.

Notes

1. Christophe Bonneuil, Gilles Denis et Jean-Luc Mayaud, « Pour une histoire des acteurs et des institutions des sciences et techniques de l’agriculture et de l’alimentation », in Christophe Bonneuil, Gilles Denis et Jean-Luc Mayaud [dir.], Sciences, chercheurs et agriculture. Pour une histoire de la recherche agronomique, Versailles/Paris, Quae/L’Harmattan, 2008, p. 10.

2. Nathalie Jas, Au carrefour de la chimie et de l’agriculture : les sciences agronomiques en France et en Allemagne, 1840-1914, Paris, Les Archives contemporaines, 2001.