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  • Métadonnées

    • Type de document
      Recension (monographie)
      Revue
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Auteur (recension)
      • König, Mareike
      Langue (recension)
      Français
      Langue (monographie)
      Français
      Auteur (monographie)
      • Maurer, Catherine
      Titre
      Les espaces de l'Allemagne au XIXe siècle
      Sous-titre
      Frontières, centres et question nationale
      Année de publication
      2010
      Lieu de publication
      Strasbourg
      Maison d'édition
      Presses Univ. de Strasbourg
      Collection
      Les mondes germaniques
      Volume
      15
      Nombre de pages
      268
      ISBN
      978-2-86820-405-9
      Thème
      Histoire juive, Géographie historique, Histoire locale, Histoire culturelle et sociale
      Période
      1900 - 1919, XIXe siècle
      Espace
      France, Allemagne, Pologne
      Mots-clés
      Posen <Poznań>
      Nationalstaat
      Grenzland
      Nationale Minderheit
      Straßburg <Strasbourg>
      URL de référence
      http://rh19.revues.org/index4080.html
      recensio-Date
      20/04/2011
      recensio-ID
      0b3eeb91c925a313296f1ddc8f5a7f9f
      DOI
      10.15463/rec.1189727326
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Catherine Maurer: Les espaces de l'Allemagne au XIXe siècle. Frontières, centres et question nationale (compte rendu de Mareike König)

Catherine Maurer [dir.], Les espaces de l’Allemagne au XIXe siècle. Frontières, centres et question nationale, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 2010, 267 p. ISBN : 978-2-86820-405-9. 24 euros.

Le spatial turn dans les « cultural studies » accorde depuis une vingtaine d’années une attention accrue à l’espace en tant que catégorie de l’histoire. Identifié comme aussi fondamental que le temps, l’espace – et notamment ses imaginaires, ses concepts et ses représentations – est placé au centre de l’intérêt historiographique. En analysant les espaces pensés des acteurs d’autrefois, la dimension spatiale des espaces réels se voit élargie par des constructions sociales et culturelles : les mental maps. La cartographie, les frontières, les voyages, mais aussi les régions, où l’ancien et le nouveau, le propre et l’inconnu se rencontraient, forment des sujets de recherche idéaux pour déployer cette nouvelle approche.

En ce qui concerne cette (re)découverte de la dimension spatiale, l’Allemagne avait pris du retard sur des pays comme la France, l’Angleterre ou les États-Unis. Après que les géographes et théoriciens politiques se furent mis au service de l’idéologie nazie et de ses projets de Lebensraum (espace vital), toute association entre races, espaces, peuples et politiques était devenue taboue outre-Rhin. Ainsi, comme le souligne à juste titre Catherine Maurer dans l’excellente introduction du présent volume, après 1945, la dimension spatiale avait quasiment disparu du discours scientifique en Allemagne, et ce jusqu’à la fin des années 1990. L’intérêt que suscite ce recueil de douze articles issus de deux journées d’études, tenues en 2003 et en 2006 à Strasbourg, entre historiens français et allemands, n’en est que plus grand.

L’ouvrage est divisé en quatre parties. La première regroupe trois articles qui abordent la manière dont les frontières de l’espace allemand, au sens culturel du terme, étaient perçues et représentées. Ainsi, à travers divers récits germanophones de voyages en France et en Pologne, Bernhard Struck évoque la perception de la frontière et l’émergence de la question nationale. Morgan Labbé analyse quant à elle la représentation cartographique et la construction de l’État-nation à travers des cartes réalisées dans les États allemands entre 1848 et 1870. Tout en rappelant leur autonomie par rapport au texte, elle montre que les cartes avaient pour but d’unifier l’espace et de donner à voir cette unité. Les articles de Thomas Serrier et d’Eligiusz Janus traitent de la Posnanie, une région attribuée à la Prusse après le congrès de Vienne de 1815, mais peuplée d’une majorité de Polonais, d’une forte minorité allemande et d’une importante minorité juive. Une coexistence de plus en plus antagoniste de groupes nationaux et religieux, avec leurs différences culturelles et ethniques, est à observer.

La deuxième partie, intitulée « Fondation intérieure », en référence à Thomas Nipperdey (bien que celui-ci pensât à autre chose en employant ce terme), rassemble deux articles traitant de l’homogénéisation de la justice (Marie-Bénédicte Vincent) et de l’adoption du système scolaire dans le Kaiserreich (Monique Mombert). Les deux articles nous montrent, à travers leurs sujets respectifs, les efforts accomplis par le nouveau pouvoir politique pour construire une identité nationale après la fondation de l’empire, en 1871.

Cinq contributions sont rassemblées dans la troisième partie, intitulée « Région, État, nation : échelles spatiales et interactions ». Christian Pletzig analyse les spécificités du patriotisme prussien entre 1830 et 1871. Il constate que la construction nationale de l’espace a finalement supplanté, en Prusse orientale et occidentale, l’identification à l’État prussien. Dans leur article, Nicolas Mariot et Jay Rowell traitent de la question de « l’articulation du national et du local » à travers les visites en province des chefs d’État en France et en Allemagne avant 1914. Ils nous révèlent que pour les deux pays l’objectif de ces déplacements était le même : intégrer des territoires périphériques et obtenir un soutien massif de la population locale. Les recherches de Gilles Buscot vont dans le même sens : il analyse la venue de Guillaume Ier à Strasbourg, en 1886. En visitant le nouveau Reichsland, l’empereur s’en appropriait symboliquement l’espace et manifestait ainsi un lien d’attachement. La nationalisation des sciences exactes (Naturwissenschaften) est le sujet de l’article de Christian Bonah. Il met en évidence le rôle des sciences exactes dans la redéfinition territoriale de l’espace national allemand après 1872, ainsi que dans la germanisation de la jeunesse. L’article de François Igersheim traite des historiens alsaciens entre 1871 et 1914, en analysant leurs associations, leurs revues et leurs relations avec la communauté historienne et archéologique d’Allemagne.

La quatrième et dernière partie, intitulée « Vers le XXe siècle… » est présentée en guise de conclusion. Hubert Kiesewetter y expose la théorie des « lieux centraux » du géographe Walter Christaller.

À l’issue de la lecture, une impression mitigée s’installe, à propos notamment de l’utilisation du concept d’espace : certes, les articles sont bien travaillés, mais ne font-ils pas d’un espace, d’une région, l’objet limité de leur recherche, sans véritablement interroger la dimension spatiale et poser la question du poids des « déterminismes » géographiques sur le jeu des acteurs ? Néanmoins, le livre offre une relecture stimulante des espaces dans une Allemagne en construction. On doit aux contributeurs de ce volume de mettre ainsi en lumière un espace et une période qui sont encore souvent très largement « dark age » en France, pour citer Catherine Maurer dans son introduction. Par ailleurs, l’ouvrage est soigneusement édité et comporte un index particulièrement bienvenu.