You are here: Home / Reviews / Journals / Revue d'histoire du XIXe siècle / 2011 / 42 / Histoire militaire des guerres de Vendée
Social Media Buttons fb twitter twitter twitter
  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (Review)
      • Lignereux, Aurélien
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Français
      Editor (Monograph)
      • Coutau-Bégarie, Hervé
      • Doré-Graslin, Charles
      Title
      Histoire militaire des guerres de Vendée
      Year of publication
      2010
      Place of publication
      Paris
      Publisher
      Economica
      Series
      Bibliothèque stratégique
      Number of pages
      649
      ISBN
      978-2-7178-5828-0
      Subject classification
      History, Military History, Local History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 18th century
      Regional classification
      Europe → Western Europe → France
      Subject headings
      Bürgerkrieg
      Vendée
      Original source URL
      http://rh19.revues.org/index4114.html
      recensio-Date
      Aug 17, 2011
      recensio-ID
      60f96955cd32695ec036c870daa67d52
      DOI
      10.15463/rec.1189722080
  • Citation rules

  • Terms of licence

    • This article may be downloaded and/or used within the private copying exemption. Any further use without permission of the rights owner shall be subject to legal licences (§§ 44a-63a UrhG / German Copyright Act).

Hervé Coutau-Bégarie / Charles Doré-Graslin (eds.): Histoire militaire des guerres de Vendée (reviewed by Aurélien Lignereux)

Hervé COUTAU-BÉGARIE et Charles DORÉ-GRASLIN [dir.], Histoire militaire des guerres de Vendée, La Roche-sur-Yon/Paris, ICES/ISC/Economica, 2010, 649 p. ISBN : 978-2-7178-5828-0. 49 euros.

Une histoire militaire des guerres de Vendée est-elle possible ? Telle est en définitive la question paradoxale que soulève la lecture de cet ouvrage. Assurément, il existe nombre d’histoires de la Vendée militaire, ou même d’histoires militantes des guerres de Vendée, mais peut-on vraiment citer une histoire militaire qui fasse autorité ? Cette lacune légitime le présent recueil, riche de ses 38 articles – dont 23 textes inédits – émanant de 28 contributeurs. Ses coordinateurs en reconnaissent volontiers la nature composite. L’un des mérites du volume est en effet de rassembler les travaux d’universitaires et de membres de sociétés savantes ou de l’enseignement militaire supérieur pour les rendre visibles et accessibles, et ainsi éveiller l’intérêt de l’Université pour l’histoire militaire de la guerre civile en Vendée, cette dimension étant jusqu’ici négligée au profit de l’étude sociale de ses causes, de ses ressorts politiques ou de ses résonances mémorielles.

Encore faudrait-il venir à bout des crispations partisanes. Bien que le tiers des auteurs du présent volume soit membre du Souvenir vendéen, reconnaissons cependant que les prises de position restent discrètes, hormis la couverture hagiographique (le Pater de d’Elbée, en vitrail de surcroît), le portrait au vitriol des généraux républicains, l’évocation en lettres d’or de chefs vendéens ou quelques remarques incongrues (p. 273). À l’exception d’une poignée de textes dépourvus de notes ou purement narratifs, l’appareil critique généralement étoffé dissipe les doutes : l’appui sur les archives contraste avec l’abus si fréquent en ce champ historiographique des sources de seconde main. De même, les cartes et plans insérés, en dépit d’une réalisation sommaire, rendront service. La variété des sujets balise ainsi le champ d’une histoire-bataille assumée : aux articles techniques sur la topographie, les routes, les effectifs ou le service de santé, s’ajoutent des mises au point sur des engagements tels que ceux de Pont Charrault, de Saumur, de Pontorson et de Savenay, ou sur des lieux polarisant les combats (Legé, Saint-Gemme, Thouars). Des jalons sont posés sur la tournure des opérations après 1796 et sur le retentissement en demi-teinte de la Vendée dans la pensée stratégique. Ce faisceau d’éclairages s’enchaîne harmonieusement, abstraction faite de réelles redondances (entre l’introduction de Hervé Coutau-Bégarie et de Charles Doré-Graslin et les textes d’Éric Muraise et de Bernard Peschot, ainsi que le préambule suranné d’Adrien Carré).

    Au-delà de la mine de renseignements qu’il recèle, ce volume tire sa pertinence de l’ambition affichée de relire la Vendée à la lumière des guerres dites irrégulières, dans le cadre d’un ample programme de recherches. La compréhension des facteurs assurant la supériorité opérative des rebelles s’en trouve facilitée, et la clarification des termes entre petite guerre et guérilla s’avère opératoire, dès lors qu’elle est mise en œuvre, parfois de façon pionnière (Jean-Pierre Bois, « Charette et la guerre ») ; inversement, la confusion de certains articles trahit l’hétérogénéité du recueil (p. 111). De fait, la problématique n’a été qu’en partie exploitée ; il est vrai que l’ouvrage est d’emblée présenté comme un aboutissement provisoire. Dans le droit fil de l’école méthodique, le but des coordinateurs a été de regrouper des monographies locales afin d’offrir la matière d’une grande synthèse, elle-même réintégrée dans le cadre élargi d’une histoire comparée des guerres insurrectionnelles. Il est cependant permis de douter de ce projet, faute de fondations archivistiques adéquates. Le propre des conflits asymétriques est de produire des sources asymétriques : à la jactance prolixe des rapports des républicains s’oppose le silence relatif des Vendéens, a fortiori après la destruction de l’Armée catholique et royale, avant que les mémorialistes des deux bords ne retravaillent les faits. À titre d’exemple complémentaire des incertitudes irrémédiables qui en découlent, citons le « grand choc de Chaudron », qui eut lieu le 23 (abbé Deniau), le 24 (E. Stofflet), le 25 (C. Port) ou le 28 avril 1794 (Crétineau-Joly), sur la commune voisine de Botz. Tantôt cet engagement est réduit à rien (comtesse de La Bouère), tantôt les témoins en font un assaut d’un camp républicain au château du Bas-Plessis (L. Monnier, ancien Vendéen), ou une déroute d’une colonne de Bleus (J.-A. Vial, ancien maire de Chalonnes et procureur général du syndic de Montfaucon), tantôt il est présenté comme une bataille rangée au moulin du Pay, entre les forces de Charette, de Sapinaud et de Stofflet opposées à celles du général Dusirat. Comment trancher ? Nombre d’articles évoquent le caractère biaisé des sources, aussi peut-on déplorer l’absence d’un guide critique et d’un protocole commun d’exploitation, plus encore que celle d’une bibliographie raisonnée.

    Voilà donc une somme précieuse en l’état, bien indexée, forte de l’érudition de ses auteurs, qui permet par exemple de se défaire de quelques poncifs – les trop fameux « chemins creux » ou les Mayençais érigés en représentants exemplaires de l’armée d’Ancien Régime. Son prolongement devra cependant prendre en compte d’autres questionnements, à l’instar de l’histoire culturelle ou anthropologique des combattants, propres à éviter les travers de l’histoire-bataille traditionnelle, travers dont se ressentent plusieurs articles, ne serait-ce que par contraste avec la réussite de certains (Claudy Valin) : la focalisation sur les chefs, les mirages de l’omniscience, la tentation de décerner l’éloge et le blâme, et jusqu’au glissement vers une histoire contre-factuelle sous la forme naïve des hypothèses et des regrets.

    Subject headings: ,