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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (Review)
      • Guillet, François
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Français
      Author (Monograph)
      • Parsis-Barubé, Odile
      Title
      La province antiquaire
      Subtitle
      L’invention de l’histoire locale en France (1800-1870)
      Year of publication
      2011
      Place of publication
      Paris
      Publisher
      Éditions du comité des travaux historiques et scientifiques
      Series
      CTHS histoire
      Series (vol.)
      45
      Number of pages
      459
      ISBN
      978-2-7355-0740-5
      Subject classification
      History of education, Historiography
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century
      Regional classification
      Europe → Western Europe → France
      Subject headings
      Provinz
      Lebensraum
      Antiquität
      Ortsgeschichte <Fach>
      Geschichtsschreibung
      Kultur
      Original source URL
      http://rh19.revues.org/4579
      recensio.net-ID
      0da248b2c79547e3bf7f41097997ea72
      DOI
      10.15463/rec.1189727540
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Odile Parsis-Barubé: La province antiquaire. L’invention de l’histoire locale en France (1800-1870) (reviewed by François Guillet)

Odile PARSIS-BARUBÉ, La province antiquaire. L’invention de l’histoire locale en France (1800-1870)

Paris, Éditions du comité des travaux historiques et scientifiques, 2011, 459 p. ISBN : 978-2-7355-0740-5. 28 euros.

 

Après l’événement fondateur que constitue la Révolution, la première moitié du XIXe siècle est l’époque d’un vaste réaménagement du rapport entretenu par les élites françaises à l’espace et au temps de leur pays. Une importante historiographie témoigne de l’intérêt des historiens pour ce phénomène, étudié sous l’angle des transformations de la géographie administrative et des représentations du territoire (Marie-Vic Ozouf-Marignier, Marie-Noëlle Bourguet ou les diverses contributions aux Lieux de mémoire de Pierre Nora), de l’émergence de la notion de patrimoine et du musée (Françoise Bercé, Dominique Poulot), du patriotisme local et de la sociabilité savante provinciale (Stéphane Gerson, Jean-Pierre Chaline). L’ouvrage d’Odile Parsis-Barubé constitue une avancée majeure dans l’étude de ce pan essentiel et parfois sous-estimé de l’histoire française que constitue l’histoire des provinces. Celle-ci est appréhendée non seulement dans son rapport souvent conflictuel avec les autorités centrales et la nation tout entière, mais aussi à partir de ses logiques propres, par le biais d’un mouvement qui marque l’histoire sociale et culturelle des premières décennies du XIXe siècle : l’antiquarisme provincial, symbolisé par la figure d’Arcisse de Caumont.

 

Après les bouleversements entraînés par la Révolution, qui redéfinit les cadres territoriaux du pays, l’antiquarisme provincial se réinvente pendant les années 1800, période qui semble faire la transition entre l’âge des Lumières et la période romantique, avec la reconstitution des compagnies provinciales d’Ancien Régime et des sociétés nées au début de la Révolution et la vogue du celtisme, matrice de l’ethnographie française. Période où l’histoire et l’archéologie s’insinuent dans la statistique, la Restauration est l’époque d’une inflexion majeure où les élites cherchent à interroger leur patrie locale ou régionale et à en chercher les constituants, principalement historiques, en s’associant dans de nouvelles sociétés spécialisées : le premier exemple en est la Société des antiquaires de Normandie, en 1824, dont l’action savante, d’une grande fécondité, sert aussi à légitimer la domination sociale de ses membres. L’apogée du mouvement se situe incontestablement sous la monarchie de Juillet, qui mène, sous l’impulsion de Guizot et des doctrinaires, une politique bien connue d’institutionnalisation de la mémoire nationale et entretient des rapports étroits, bien que conflictuels, avec les antiquaires provinciaux. L’avènement de la Troisième République, qui coïncide avec la mort de Caumont, signe quant à lui le début d’un déclin qui n’est pas tant quantitatif – le nombre de sociétés continue à augmenter – qu’intellectuel, avec l’apparition ou le renforcement de nouveaux centres de la vie intellectuelle provinciale, en particulier les universités.

 

L’ample enquête menée par Odile Parsis-Barubé comporte plusieurs dimensions. Popularisée par le roman éponyme de Walter Scott, la figure de l’antiquaire s’incarne dans une série de personnalités où se distinguent le Normand Arcisse de Caumont et le Méridional Alexandre du Mège. L’antiquarisme, c’est une sociologie où la domination nobiliaire s’estompe peu à peu, dans la plupart des cas, au profit de la bourgeoisie nouvelle et du monde ecclésiastique, mais c’est aussi une sociabilité élitaire et une culture, caractéristique des notables, marquée par le juridisme, et où l’intérêt pour le passé n’empêche nullement le culte du progrès. Ces notables provinciaux apportent une contribution essentielle à la construction de l’identité nationale en inventant des formes nouvelles d’exploration et de connaissance des territoires. Leurs recherches prennent comme objet privilégié le Moyen Âge, une période dont les fondements civilisationnels sont alors en cours de définition. Le Moyen Âge guide les découpages de l’espace provincial entrepris par des antiquaires soucieux de délimiter le cadre le plus adéquat pour leurs investigations, quitte à réinventer des territoires oubliés, comme l’Austrasie, ou à s’appuyer sur un cadre aussi vague que le Midi de la France. Le Moyen Âge s’incarne également dans des vestiges monumentaux où, à l’opacité des vestiges castraux, s’oppose la lisibilité de l’architecture religieuse, en laquelle s’inscrivent, dans des styles successifs, les différents âges médiévaux, et qui englobent à partir du Second Empire la période mérovingienne, révélée par l’archéologie funéraire, avant que les antiquaires n’élisent au rang de leurs sujets d’étude les vestiges préhistoriques. Le Moyen Âge se dévoile encore dans les documents d’archives, que les antiquaires contribuent à inventorier et qui permettent l’écriture d’une histoire locale qui, miniaturisant l’histoire nationale, prend souvent la forme de la monographie et mène à la redécouverte des cultures linguistiques régionales, contribution essentielle au façonnement des images régionales. L’histoire intellectuelle conduite par les antiquaires est également une histoire des pratiques culturelles et des formes sensibles où s’expriment à la fois un rapport au temps historique et un rapport au territoire. L’excursion savante, fille du voyage pittoresque, introduit à un travail de remémoration qui passe par la contemplation panoramique d’un paysage archéologique privilégiant la ruine médiévale, et conduit à la fouille archéologique. À ces pratiques de plein air s’oppose le travail austère sur les documents d’archives, qui s’inscrit dans le parcours d’initiation suivi par quiconque aspire à être reçu dans une société savante.

 

L’ampleur du travail mené par Odile Parsis-Barubé, s’appliquant à toutes les provinces et toutes les régions, le caractère synthétique de l’ouvrage, la diversité et l’originalité des thèmes abordés font de La province antiquaire un livre essentiel pour comprendre le premier XIXe siècle français.