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  • Metadaten

    • Dokumenttyp
      Rezension (Monographie)
      Zeitschrift
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Autor (Rezension)
      • Régnier, Marie-Clémence
      Sprache (Rezension)
      Français
      Sprache (Monographie)
      Français
      Autor (Monographie)
      • Émery, Élizabeth
      Titel
      Le photojournalisme et la naissance des maisons-musées d’écrivains en France (1881–1914)
      Erscheinungsjahr
      2016
      Erscheinungsort
      Chambéry
      Verlag
      Université Savoie Mont Blanc
      Reihe
      Collection écriture et représentation
      Reihennummer
      32
      Umfang
      368
      ISBN
      978-2-919732-51-7
      Thematische Klassifikation
      Geschichte des Journalismus, der Medien und der Kommunikation, Literaturgeschichte
      Zeitliche Klassifikation
      Neuzeit bis 1900 → 19. Jh., 20. Jahrhundert → 1900 - 1919
      Regionale Klassifikation
      Europa → Westeuropa → Frankreich
      Schlagwörter
      Frankreich
      Bildpublizistik
      Literarisches Museum
      Literarische Stätte
      Geschichte 1881-1914
      Original URL
      http://rh19.revues.org/5256
      recensio.net-ID
      1e720c941e264d72816c85e4a7704b7f
      DOI
      10.15463/rec.1595718787
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Élizabeth Émery: Le photojournalisme et la naissance des maisons-musées d’écrivains en France (1881–1914) (rezensiert von Marie-Clémence Régnier)

erstellt von Johanna Geierhos zuletzt verändert: 10.11.2017 10:57

Professeure à la Montclair State University, connue jusqu’alors pour ses travaux sur la littérature française de la fin du XIXe siècle (1), Élizabeth Emery entame avec ces deux ouvrages un tournant majeur dans ses recherches. Remarquons cependant d’emblée la continuité remarquable entre les thèmes qui ont marqué les travaux de l’auteure par le passé – la réception de l’architecture médiévale et de la figure du saint au XIXesiècle – et les problématiques abordées dans ces deux ouvrages : ce qu’Élizabeth Emery établit ici n’est autre que la filiation entre ces modèles du passé et les avatars laïques et modernes qu’en représentent les grands écrivains et leurs maisons ouvertes au public. Du reste, un tel déplacement n’est pas sans rappeler le parcours d’un autre spécialiste des maisons-musées : Yves Gagneux, directeur de la Maison de Balzac à Paris, n’est-il pas entré dans sa fonction après avoir écrit une thèse sur le culte des reliques aux XIXe et XXe siècles (2) ?

Les deux livres constituent un diptyque original avec, d’un côté, un ouvrage assez grand public et, de l’autre, un ouvrage savant. Outre une bibliographie aussi riche que la maquette est attrayante et soignée, En toute intimité se compose d’un ensemble de reportages illustrés, dont l’étude et l’édition sont inédites. Après quelques lignes de contextualisation bienvenues pour chaque reportage, le lecteur découvre une partie substantielle de la série intitulée « Une heure chez » et composée de reportages conduits par Jules Hoche, pour La Revue illustrée, au cours de la décennie 1890. Le choix de l’auteure de ne pas s’attarder sur chaque texte pourrait étonner le lecteur si l’introduction générale, remarquable, n’avait fourni au préalable les clefs de compréhension essentielles du sujet. Cette introduction condense les problématiques abordées dans l’autre ouvrage, traduction de l’étude parue en 2012 (3). Ce second volet du diptyque est centré sur le phénomène de publicité du chez-soi de l’écrivain en adoptant une perspective panoramique et transdisciplinaire. Si la coïncidence des bornes chronologiques utilisées avec la consolidation de la IIIe République et le mythe rétrospectif de la « Belle Époque » ne sont guère interrogés en tant que tels par rapport au sujet, le traitement d’un vaste corpus d’auteurs et de maisons justifie le choix d’une démarche plus exploratoire qu’exhaustive et historienne à proprement parler. Toutefois, quitte à dépasser quelquefois les bornes chronologiques annoncées, peut-être aurait-on pu envisager de prendre en compte l’exposition de la vie privée de l’écrivain à l’œil public en relativisant davantage la nouveauté et la singularité des éléments attachés à l’époque étudiée au vu de l’importance des périodes antérieures et postérieures, tant au plan iconographique et visuel (gravures et lithographies ouvrent la voie à la photographie) que textuel (des articles paraissent dans la presse sur le domicile des écrivains dès la fin du XVIIIe siècle avec un net essor dans les années 1840). Néanmoins, l’étude de l’auteure s’inscrit expressément dans un domaine de recherche culturel et tout particulièrement littéraire, ce qui explique que l’accent soit mis sur les textes et sur les représentations, et non sur la chronologie. À partir d’un vaste corpus de textes et d’illustrations – pour partie reproduites dans le livre –, Élizabeth Émery éclaire en effet le double phénomène d’exposition théâtrale et muséale de l’intérieur de l’écrivain. Elle postule son rôle moteur dans la constitution d’un imaginaire et d’un horizon d’attente du lectorat des œuvres littéraires et de la presse qui ouvrent la voie à la patrimonialisation des maisons, converties en musées publics au XXe siècle pour la plupart d’entre elles. Les analyses formulées autour des notions de « profanation » et de « désacralisation », employées pour désigner l’intrusion voyeuriste du journaliste et de la foule dans le sanctuaire de l’écrivain, auraient peut-être pu poser plus nettement le problème de l’articulation entre une culture savante, dominée par un public bourgeois, et une culture populaire en abordant la question épineuse d’une éventuelle perte de « sacralité » de la figure du grand écrivain ou de l’aura de la célébrité entre ces deux sphères. Autrement dit, lorsqu’il est question du lectorat de presse puis des visiteurs des musées, parle-t-on dès l’origine d’un phénomène de masse et cela n’implique-t-il pas plus un déplacement et une reconfiguration qu’une remise en cause de la grandeur et du sacré entourant l’écrivain et son sanctuaire ?

Pour étayer ses hypothèses, l’auteure analyse successivement le rôle des écrivains, des journalistes, des savants, des fondateurs de musée et des touristes en se livrant à des investigations documentaires d’envergure qui embrassent à bon escient à la fois les historiographies franco- et anglophones d’une part, et, d’autre part, des sources primaires (témoignages des initiés des lieux, reportages, fonds d’archives de maisons-musées). Cela la conduit à dévoiler les coulisses de l’exposition de l’écrivain en inventoriant et en revisitant non seulement les grandes heures du culte bourgeois du chez-soi et de la « bibelotmania », mais aussi les critiques adressées envers ce que d’aucuns (Max Nordau en tête) considèrent comme une névrose.

L’originalité et la richesse fondamentales des deux livres résident en définitive dans leur démarche commune : mettre en regard la synergie entre l’intérêt de la presse pour les maisons des écrivains et le triomphe d’une culture domestique bourgeoise qui s’exprime par le succès de la collection et la (relative) démocratisation de la décoration d’intérieur – les deux tendances confluant dans la notion de « maison-musée ». Non moins stimulante est l’idée d’Élizabeth Émery de remettre en perspective les théories naturalistes et scientifiques contemporaines sur le milieu et sur l’habitat avec le culte du domicile des écrivains au travers du pèlerinage, de la commercialisation d’objets-souvenirs témoins de l’essor d’une culture matérielle littéraire industrielle et de la monumentalisation des écrivains par leur œuvre et dans la pierre. En filigrane, ces deux livres étendent aux relations entre les écrivains et leurs habitations de pierre aussi bien que de papier la dynamique complexe et réversible du « ceci tuera cela », formulé par Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris.

Notes

(1)  Elizabeth Emery, Romancing the Cathedral: Gothic Architecture in Fin-de-Siècle French Culture, Albany, State University of New-York Press, 2001; Elizabeth Emery, Laura Morowitz, Consuming the Past: The Medieval Revival in Fin-de-Siècle France, Aldershot, Burlington, Ashgate, 2003.

(2)  Yves Gagneux, Reliques et reliquaires à Paris (XIXe-XXe siècle), Paris, Éd. du Cerf, 2007.

(3)  Photojournalism and the Origins of the French Writer House Museum (1881-1914): Privacy, Publicity, and Personality, Farnham, Surrey, Burlington, Aldershot, Ashgate, 2012.