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  • Metadaten

    • Dokumenttyp
      Rezension (Monographie)
      Zeitschrift
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Autor (Rezension)
      • Franconie, Grégoire
      Sprache (Rezension)
      Français
      Sprache (Monographie)
      Français
      Herausgeber (Monographie)
      • Chopelin, Paul
      • Édouard, Sylvène
      Titel
      Le sang des princes
      Untertitel
      Cultes et mémoires des souverains suppliciés, XVIe–XXIe siècle
      Erscheinungsjahr
      2014
      Erscheinungsort
      Rennes
      Verlag
      Presses universitaires de Rennes
      Reihe
      Collection "Histoire"
      Umfang
      327
      ISBN
      978-2-7535-3461-2
      Thematische Klassifikation
      Politikgeschichte, Sozial- und Kulturgeschichte
      Zeitliche Klassifikation
      Neuzeit bis 1900, 20. Jahrhundert, 21. Jahrhundert
      Regionale Klassifikation
      Europa
      Schlagwörter
      Herrscherkult
      Geschichte 1550-2010
      Aufsatzsammlung
      Original URL
      http://rh19.revues.org/5250
      recensio.net-ID
      c602a446bfec498ca8befd463bd031b0
      DOI
      10.15463/rec.1436023180
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Paul Chopelin / Sylvène Édouard (Hg.): Le sang des princes. Cultes et mémoires des souverains suppliciés, XVIe–XXIe siècle (rezensiert von Grégoire Franconie)

erstellt von Johanna Geierhos zuletzt verändert: 10.11.2017 10:57

Paul Chopelin et Sylvène Édouard ont réuni dans le Sang des princes les actes du colloque organisé par le LARHRA en novembre 2012. Cet ouvrage collectif entend analyser la fortune mémorielle des souverains qui ont été exécutés après une procédure judiciaire, dont le but était précisément de mettre un terme définitif – à la fois physique et symbolique – à la souveraineté des princes déchus. L’idée force qui parcourt l’ensemble des contributions est que la mise à mort des monarques, si elle signale souvent la fin d’un régime ou d’une dynastie, offre aussi à leurs partisans la matrice d’un renouveau. Les cinq siècles d’histoire du « régicide légal » autorisent à l’échelle européenne une série d’études de cas (Marie Stuart, Charles 1er, Louis XVI, Maximilien, Nicolas II) qui montrent de manière convaincante une remarquable continuité dans les modes d’instrumentalisation politique du roi supplicié, notamment au XIXe siècle.

La construction mémorielle la plus récurrente, entretenue par les loyalistes, est la transformation de la mort royale en martyre, c’est-à-dire en sacrifice du roi-Christ pour le salut de son peuple. Les princes ont eux-mêmes une conscience aiguë de leur image de rédimeurs de la nation : de façon délibérée, ils mettent en scène leurs derniers moments de manière à favoriser l’analogie christique. Dans sa prison mexicaine, en 1867, Maximilien aurait ainsi suspendu au mur de sa cellule une couronne d’épine (Christian Joschke). Très rapidement après l’exécution, par le texte et par l’image, des témoignages plus ou moins fantaisistes prétendent accréditer la sainte mort du souverain. En contrepoint des récits officiels qui informent du caractère licite de la condamnation à mort, une importante production hagiographique est donc diffusée, sans que l’on puisse y déceler une quelconque coordination (Hélène Becquet). Les épreuves de Marie-Antoinette, associée au martyre de Louis XVI, sont comparées à celles de la Passion dans une publication de Montjoye en 1797. Hélène Becquet remarque très justement que ce type de représentation est inhabituel pour les reines dont l’image puise davantage dans la symbolique mariale. Quant aux objets, ils deviennent autant de reliques, telles la veste et la chemise de Maximilien d’Autriche photographiées par Aubert et Disdéri.

Le prince est alors l’objet d’un véritable culte, qui mêle inextricablement le politique et le religieux, et qui participe des pratiques identitaires et fédératrices des mouvements royalistes. La cohérence de ces commémorations (et leur efficacité potentielle) se fonde sur l’ancienne idéologie royale du prince protecteur et intercesseur, conception monarchique qui rend possible, encore au XIXe siècle, l’usage politique du « roi-martyr ». Bernard Hours prend ainsi l’exemple des mythographies royales rédigées par l’abbé Proyart avant la Révolution, qui voulaient prouver « le capital de sainteté accumulé au sein de la famille royale » (p. 111). Elles apparaissent comme une anticipation de la figure du roi telle qu’elle est exposée dans les cinq volumes de Louis XVI et ses vertus (1808). Les limites de ce modèle mémoriel sont celles qui déjà affaiblissaient sous l’Ancien régime le roi sacré de droit divin, à savoir les réticences de l’Église. En dépit des efforts d’un Comité pour la béatification de Louis XVI, la cause devant la Cour de Rome n’aboutit pas plus en 1875 qu’en 1820 (P. Chopelin). De même, en plein Catholic revival, la tentative de canonisation de Marie Stuart est un échec (Nicole Cadène), tandis qu’au tournant du siècle le roi Charles disparaît du calendrier liturgique anglican, pour ne plus être qu’un modèle spirituel au sein de l’anglo-catholicisme.

Saisissante et spectaculaire, la mort du prince supplicié reste toutefois durablement un exemplum, remobilisé ponctuellement dans le discours politique. Sous les Lumières, Charles 1er est transformé en apôtre de la tolérance face aux puritains (Aurore Chéry). Sous la monarchie de Juillet, il est surtout « une haute leçon pour les rois », selon les mots du critique Ambroise Tardieu qui contemple en 1831 la vanité du pouvoir sur le tableau de Delaroche, Cromwell regardant le cadavre de Charles 1er (p. 230). Si Delaroche pensait produire une toile sans aucun parti-pris politique (ce que ses détracteurs voient comme une posture typique de l’orléanisme, ainsi que l’analyse finement François de Vergnette), la mémoire du monarque continue donc de fonctionner comme la leçon de toutes les erreurs politiques à ne pas commettre à l’avenir.

Finalement, la mémoire du supplice apparaît certes mobilisatrice au sein des mouvements royalistes, en contrepoint des images disqualifiantes et décrédibilisantes (Annie Duprat), mais elle en est aussi une composante embarrassante qui entretient, au fond, l’image négative de l’échec et du « malheur dynastique » (p. 309). Facteur de division du corps national, la commémoration du régicide a par ailleurs une faible capacité intégratrice. D’où le choix de Louis XVIII de décharger la nation de la responsabilité du « crime » (Bettina Frederking). Politiquement gênante, l’image du roi martyr a enfin difficilement survécu à la « mutation du charisme princier opérée au tournant du XIXe siècle », comme le soulignent Paul Chopelin et Sylvène Édouard dans leur stimulante conclusion. Les contributions qu’ils ont rassemblées démontrent que cette image, quoique à rebours des nouveaux paradigmes de la légitimité souveraine, a participé pendant tout le XIXe siècle d’une certaine mobilisation politique, transnationale, dans le camp de la contre-révolution. Aussi ces actes de colloque viennent-ils enrichir la bibliographie récente qui réexamine, à l’échelle internationale, les mécanismes de politisation des sociétés.