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  • Metadaten

    • Dokumenttyp
      Rezension (Monographie)
      Zeitschrift
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Autor (Rezension)
      • Messaoudi, Alain
      Sprache (Rezension)
      Français
      Sprache (Monographie)
      Français
      Herausgeber (Monographie)
      • Coller, Ian
      Titel
      Une France arabe
      Untertitel
      Histoire des débuts de la diversité, 1798–1831
      Erscheinungsjahr
      2014
      Erscheinungsort
      Paris
      Verlag
      Alma Éditeur
      Umfang
      381
      ISBN
      978-236-2791-14-7
      Thematische Klassifikation
      Sozial- und Kulturgeschichte
      Zeitliche Klassifikation
      Neuzeit bis 1900 → 18. Jh., Neuzeit bis 1900 → 19. Jh.
      Regionale Klassifikation
      Europa → Westeuropa → Frankreich
      Schlagwörter
      Frankreich
      Araber
      Multikulturelle Gesellschaft
      Geschichte 1800-1900
      Original URL
      http://rh19.revues.org/5248
      recensio.net-ID
      6693e70152894f21a73b63f0f4ff8e65
      DOI
      10.15463/rec.1003310492
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Ian Coller (Hg.): Une France arabe. Histoire des débuts de la diversité, 1798–1831 (rezensiert von Alain Messaoudi)

erstellt von Johanna Geierhos zuletzt verändert: 10.11.2017 10:57

L’historien doit prendre en considération ce qui, dans les traces retrouvées, ne correspond pas à ce qu’il s’attendait à voir, ou voudrait voir. Ian Coller, dans cet ouvrage dont l’édition originale a été publiée en 2011 (1), fait revivre les voix de ce qu’il présente comme une « communauté » qui aurait constitué, dans le premier tiers du XIXe siècle, une « France arabe », bientôt devenue impossible du fait d’un « tournant impérialiste et colonial ». Il lui semble d’autant plus important d’en ressusciter le souvenir que reconnaître la « diversité » serait aujourd’hui plus nécessaire que jamais. Il nous invite donc à une enquête inédite, reconstruisant le monde de ces réfugiés égyptiens (c’est le terme qui leur est officiellement donné par l’État français qui les pensionne) entre 1801 et 1831. En huit chapitres chronologiques, il nous fait partager la vie de ces individus. On suit donc ce groupe du Caire (pendant l’occupation des troupes françaises), à Marseille (où la plupart ont été cantonnés), puis à Paris (où quelques-uns parviennent à s’installer). On traverse avec eux le passage difficile de la Restauration, avec le massacre dont ils sont l’objet en juin 1815 à Marseille – touchant au premier chef des femmes noires, boucs émissaires de la réaction royaliste –, avant de prendre en considération les effets de l’arrivée de la mission étudiante égyptienne à Paris en 1826 et ceux de la conquête française d’Alger en 1830. Pourtant une gêne s’installe. Elle se confirme au cours des trois derniers chapitres : l’histoire qui nous est racontée prend trop de libertés avec les sources pour être crédible.

Ce livre a des mérites. Agréablement présenté, il fait connaître au public des faits qui n’avaient intéressé que quelques érudits, participant ainsi à un mouvement historiographique qui rappelle l’ancienneté de la présence arabe et musulmane en Europe (2). Australien, Ian Coller assume un regard extérieur sur un passé qu’il aborde à partir d’une historiographie en langue anglaise (3). Il engage à en reconsidérer les cadres nationaux dans une introduction générale stimulante. Pourtant, il ne fait pas seulement le choix de ne pas appliquer à son objet les méthodes de l’histoire sociale. Il construit aussi des raisonnements dénués de fondements, prêtant son imaginaire à la communauté du XIXe siècle. L’auteur ne nie pas l’importance du voisinage dans la constitution d’une identité communautaire, celle des pratiques quotidiennes, matérielles ou langagières, et l’impact de l’imposition d’une catégorie commune par l’administration française. Mais il ne les analyse pas précisément. On apprend donc que ces Arabes sont domiciliés à Marseille, à Paris ou à Melun. Qu’ils se partagent entre commerçants, militaires, « intellectuels » et indigents. Qu’ils sont majoritairement catholiques de rite grec (melkites), avec des coptes et parmi eux des musulmans. Mais l’auteur ne cartographie pas leurs lieux de résidence à Paris ou à Marseille, ne dit rien des classes d’âge ou de la répartition entre les sexes, n’analyse pas la composition des familles et l’importance de la domesticité, les différents métiers ou l’appartenance confessionnelle de ce millier de personnes. On manque donc de clés pour comprendre les ressorts d’un conflit interne qui semble avoir opposé, entre 1806 et 1811, deux clans cherchant peut-être à s’assurer du monopole de la représentation vis-à-vis des autorités françaises. L’auteur accorde une place centrale à la langue comme référence commune. Mais il reprend l’idée tout à fait discutable d’un exceptionnalisme arabe qui ferait que « les conceptions unifiantes de l’identité arabe » auraient « presque toujours été fondées sur la culture classique, plutôt que sur les langues et cultures vernaculaires » (p. 126). Ce présupposé lui permet d’introduire l’idée, elle aussi contestable, d’une culture islamique qui serait celle de cette communauté pourtant très largement composée de chrétiens – d’où le sous-titre original du livre, Islam and the Making of Modern Europe. Or, la langue partagée par la communauté est certainement un arabe véhiculaire, une langue médiane, qu’on appelait alors « vulgaire » – c’est d’ailleurs cette langue qu’enseigneront les « Égyptiens » qui seront chargés de la chaire publique d’arabe à Marseille.

Une autre gêne tient aux conceptions que l’auteur prête aux principaux représentants de la communauté. Leur reconnaître une pensée politique élaborée n’autorise pas à leur supposer un « nationalisme culturel » (p. 95) dont les contours ne sont pas précisés, sur la base d’un projet de « harem-hospice oriental » auxquels auraient été affectés « l’imprimerie et la bibliothèque nationale d’Égypte » – soit le matériel savant rapporté d’Égypte –, et qui pourrait n’avoir été qu’une façon de vouloir satisfaire les autorités françaises. Adoptèrent-ils une « logique de consistoire » (p. 344) qui n’est nulle part définie ? Rien ne permet d’affirmer que Bocthor « espérait concrétiser à Paris les idéaux de la Révolution qui l’avaient conduit en France ». L’auteur se rapproche du roman historique lorsqu’il introduit des ressorts psychologiques qui n’ont pas lieu d’être. Alors que la suppression de la chaire d’arabe littéral à l’école des Jeunes de langue à Louis le Grand en 1832 s’explique par des restrictions budgétaires, Coller l’interprète comme le signe de la « disgrâce tragique » (p. 305) de Joseph Agoub, prix payé pour avoir voulu « réconcilier ses différentes identités » (p. 260) – passant vite sur le fait qu’il venait de composer un panégyrique du nouveau roi des Français et qu’il aurait été nommé titulaire d’une chaire à Alger, s’il n’était mort prématurément. Plutôt que de réfléchir à l’ambiguïté de la situation de ceux d’entre eux qui participeront volontairement à la conquête de l’Algérie, Coller est près d’y voir une mesure d’exil (p. 327). Il reproduit finalement l’assignation identitaire qu’il dénonce, en l’inversant : le français Eusèbe de Salles, se retrouve accusé (suite à une mauvaise lecture de l’auteur) d’avoir pris part au pillage d’Alger (p. 322, alors qu’il l’a effectivement dénoncé), tandis que l’arabe Pharaon, pourtant proche du brutal Rovigo, ne se serait rangé qu’à « contrecœur du côté de l’expropriation » (p. 332). L’hypothèse d’un dialogue intellectuel entre Joanny Pharaon et l’imam Tahtawi venu accompagner à Paris la mission des étudiants égyptiens n’est pas étayée (4). Concernant la langue arabe, on signalera l’usage d’ulama pour umma (p. 195) et une mauvaise lecture du nom Alimé ou Halimé, vu (p. 109) comme le signe d’une ancienne condition servile (par rapprochement avec ‘âlima/almée), alors qu’il ne s’agit sans doute que d’une transcription du prénom Halîma.

En faisant peu de cas des structures et du temps long, l’auteur ne permet pas de comprendre les mutations culturelles dans leur profondeur. La rupture soudaine et violente qui marquerait la fin des années 1820 (p. 343) n’est pas vraisemblable. Ce qui est présenté comme un début (avorté) de diversité – au sens actuel de reconnaître à la « différence ethnique et culturelle » un droit à la centralité (p. 8) – ne présente-t-il pas par ailleurs des traits d’une société d’Ancien Régime ? L’encadrement religieux, qui n’est évoqué qu’à travers la paroisse de Saint-Roch à Paris, aurait sans doute mérité plus d’attention. Est-ce à l’historien d’élaborer un roman de la diversité à même de remplacer un roman national républicain qu’il jugerait étouffant ? Peut-être. Mais sa réussite suppose de rester attentif sans relâche à l’irréductible altérité du passé.

Notes

1Arab France. Islam and the Making of Modern Europe (1798‑1831), Berkeley-Los Angeles-Londres, University of California Press, 2011.

2  Voir Musulmans dans l’histoire de l’Europe, Paris, Albin Michel (Une intégration invisible, Jocelyne Dakhlia et Bernard Vincent [dir.], 2011, et Passages et contacts en Méditerranée, Jocelyne Dakhlia et Wolfgang Kaiser [dir.], 2013), entreprise collective auquel Ian Coller a d’ailleurs contribué.

3  L’absence de prise en compte de l’historiographie française récente sur la période pose problème. Sur la question des étrangers, les travaux de Sophie Wahnich sont ignorés. Le sont aussi Mardochée Naggiar. Enquête sur un inconnu de Lucette Valensi (Stock, 2008), le Dictionnaire des orientalistes dirigé par François Pouillon (1re édition, Karthala, 2008), et les travaux de Mathieu Grenet et M’hamed Oualdi.

4  L’ouvrage ne cite que la traduction anglaise de Tahtawi, alors qu’il en existe une traduction française de très bonne qualité : L’Or de Paris : relation de voyage, 1826-1831, trad. par Anouar Louca, Paris, Sindbad - Actes Sud, 1988. Idem pour Jabarti (Journal d’un notable du Caire durant l’expédition française 1798-1801, trad. et annoté par Joseph Cuoq, Paris, Albin Michel, 1979).