You are here: Home / Reviews / Journals / Revue d'histoire du XIXe siècle / 2017 / 55 / Las Guerras de Cuba
Social Media Buttons fb twitter twitter twitter
  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Pages
      234-236
      Author (Review)
      • Moisand, Jeanne
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Español
      Author (Monograph)
      • Stucki, Andreas
      Title
      Las Guerras de Cuba
      Subtitle
      Violencia y campos de concentración (1868–1898)
      Year of publication
      2017
      Place of publication
      Madrid
      Publisher
      La Esfera de los Libros
      Number of pages
      413
      ISBN
      978-84-9060-852-4
      Subject classification
      Political History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century
      Regional classification
      America
      Subject headings
      Kubanischer Unabhängigkeitskrieg <1868-1878>
      Kuba
      Aufstand
      Vertreibung
      Original source URL
      http://journals.openedition.org/rh19/5375
      recensio.net-ID
      4487bd372bb74b7ea7e5e6f2ff33cd6a
      DOI
      10.15463/rec.934122846
  • Citation rules

  • Terms of licence

    • This article may be downloaded and/or used within the private copying exemption. Any further use without permission of the rights owner shall be subject to legal licences (§§ 44a-63a UrhG / German Copyright Act).

Andreas Stucki: Las Guerras de Cuba. Violencia y campos de concentración (1868–1898) (reviewed by Jeanne Moisand)

Désormais disponible en espagnol en plus de l’allemand, le livre de l’historien allemand Andreas Stucki s’inscrit dans la discussion sur le rôle des colonies comme laboratoires des violences génocidaires ensuite déployées en Europe métropolitaine au cours du XXe siècle (1). Dans cette discussion, Cuba occupe une place de choix : l’île est souvent présentée comme le lieu de naissance des camps de concentration, et le capitaine général Weyler, alias « le boucher de Cuba », comme leur inventeur. La compétition impériale et la circulation des savoirs de guerre expliquerait ensuite la circulation de ces camps de Cuba vers l’Afrique du Sud, où ils sont employés par les Britanniques contre les Boers, puis vers l’Afrique de l’Ouest où les Allemands les utilisent contre les Héréros.

Loin de mettre en cause les conséquences mortifères de la politique de « reconcentration » menée à Cuba, Stucki la documente en s’appuyant sur les archives militaires espagnoles et sur les archives cubaines. Alors que depuis 1895 le vieux général Martínez Campos affrontait avec pessimisme la troisième guerre d’indépendance cubaine, le Premier ministre conservateur Cánovas del Castillo le remplace en 1896 par le général Weyler, choisi pour son caractère inflexible et pour sa détermination à employer tous les moyens contre les indépendantistes. Comme il l’avait annoncé, le général met en place une politique de « reconcentration » de la population civile dans des villes et des camps fortifiés de tailles très diverses. La mobilité des Cubains est dès lors réduite et contrôlée, même si la surveillance militaire s’exerce contre l’extérieur et non contre l’intérieur du camp. L’impact de cette « reconcentration » s’avère désastreux sur la santé des populations regroupées, privées de leurs ressources agricoles sans qu’aucune distribution sérieuse de vivres, de vêtements et de médicaments soit organisée.

L’historien s’oppose en revanche à l’idée d’une naissance du camp de concentration en 1896 à Cuba, soulignant à l’inverse les continuités entre la politique de Weyler et les précédents de la Guerre civile américaine (1861-1865) et de la Guerre des Dix ans cubaine (1868-1878). Il met aussi en doute le caractère planifié et prémédité de cette violence de masse, en montrant le caractère largement improvisé de la migration forcée des civils. Rapidement débordée par l’ampleur des besoins, l’administration provinciale ne reçoit qu’une aide symbolique du capitaine général Weyler : ce dernier estime normales les conditions difficiles du regroupement (à la guerre comme à la guerre) et croit pouvoir compter sur la production des terres ouvertes à la culture à proximité des camps.

Ces dernières sont cependant régulièrement razziées par les insurgés, ce qui permet à Stucki de rappeler aussi le rôle de la guerre de guérilla et des indépendantistes dans l’escalade de la violence contre les civils : si l’armée espagnole cherche à couper cette population des insurgés pour empêcher tout ravitaillement, leurs adversaires forcent quant à eux les « pacifiques » à choisir leur camp, exécutant les suspects et privant les autres de toute ressource par leur politique de terre brûlée. Cette guerre totale aboutit à la destruction économique de l’île, qui explique l’échelle du désastre sanitaire causé par la reconcentration. Stucki tombe ici d’accord avec John L. Tone sur le bilan mortifère des camps cubains : entre 155 000 à 170 000 personnes seraient mortes suite à la reconcentration (de faim ou de maladie), soit 1/10e de la population cubaine (2). Il documente aussi le caractère inégalitaire de cette violence qui affecte particulièrement les femmes, les vieillards et les enfants, catégories les plus nombreuses parmi les regroupés. Pour contrer la faim, les femmes des camps se livrent par ailleurs à une prostitution à grande échelle.

Stucki insiste enfin sur la « guerre de l’information » qui se livre à Cuba, et sur le poids de la presse nord-américaine et des indépendantistes cubains en exil aux États-Unis dans la construction d’un portrait à charge de Weyler et des Espagnols. L’impact de cette presse explique d’après lui en partie la place de choix des camps cubains dans l’histoire militaire du XXe siècle et dans l’historiographie actuelle. Rapidement documentées à travers photographies et articles, les souffrances des civils cubains autorisent finalement l’intervention « humanitaire » des États-Unis. L’empathie ne sera pas la même pour les souffrances d’autres populations colonisées pourtant victimes des mêmes politiques, à l’image des centaines de milliers de Philippins tués lors de l’occupation américaine de l’archipel juste après la fin de la guerre cubaine.

Notes

(1) Sur ce débat voir Robert Gewarth et Stephan Malinowski, « L’Antichambre de l’Holocauste ? A propos du débat sur les violences coloniales et la guerre d’extermination nazie », Vingtième siècle, n° 99, juillet-sept. 2008, p. 143-159.

(2) John L. Tone, War and Genocide in Cuba, 1895-1989, Chapell Hill, University of North Carolina Press, 2006.