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    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (Review)
      • Diaz, Delphine
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      English
      Author (Monograph)
      • Shaw, Caroline
      Title
      Britannia’s Embrace
      Subtitle
      Modern Humanitarism and the Imperial Origins of Refugee Relief
      Year of publication
      2015
      Place of publication
      New York
      Publisher
      Oxford University Press
      Number of pages
      IX, 313
      ISBN
      978-0190200985
      Subject classification
      Political History, Social and Cultural History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century
      Regional classification
      Europe → Western Europe → Great Britain
      Subject headings
      Großbritannien
      Flüchtlingspolitik
      Flüchtlingshilfe
      Imperialismus
      Geschichte 1790-1905
      Original source URL
      http://journals.openedition.org/rh19/5750
      recensio-Date
      Nov 19, 2018
      recensio-ID
      4c948cb735434fcba4db9fde902709ae
      DOI
      10.15463/rec.919404733
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Caroline Shaw: Britannia’s Embrace. Modern Humanitarism and the Imperial Origins of Refugee Relief (reviewed by Delphine Diaz)

Dans cet ouvrage issu d’une thèse de doctorat, Caroline Shaw s’emploie à examiner l’intérêt porté par les Britanniques aux étrangers persécutés depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’au début du XXe siècle : les frontières britanniques leur sont restées largement ouvertes entre l’abrogation d’un premier Aliens’ Act restrictif, en 1826, et l’adoption d’un nouveau texte éponyme en 1905. Ce livre s’inscrit ainsi dans une riche historiographie, depuis l’ouvrage consacré en 1979 par Bernard Porter à la question des réfugiés au milieu de la période victorienne [1], jusqu’au livre collectif dirigé par Sabine Freitag sur les révolutionnaires accueillis en Grande-Bretagne à cette même époque [2]. L’ouvrage de Caroline Shaw se distingue de deux manières par rapport à une telle littérature : d’abord parce qu’il prête attention à l’accueil réservé par la société civile et non pas seulement par l’État aux réfugiés, mais aussi parce qu’il met en parallèle la célébration du refuge en Grande-Bretagne et la lutte pour l’abolition de l’esclavage, qui constituent selon l’auteure deux versants complémentaires et indissociables d’une même idéologie libérale triomphante. Constitué de deux parties suivant au plus près la chronologie de l’asile, l’ouvrage propose ainsi une relecture de l’histoire de la Grande-Bretagne comme terre d’accueil au cours d’un long XIXe siècle.

La première partie, allant des années 1790 aux années 1860, fait un premier détour par la «préhistoire de l’asile en Grande-Bretagne», en revenant sur l’épisode de l’accueil des huguenots dès la fin du XVIe siècle. Arrivés nombreux après le massacre de la Saint-Barthélemy, ils sont dans les années 1670-1680 des centaines de milliers à gagner la Grande-Bretagne et se voient secourus grâce aux national briefs – appels publics à la charité – lancés par le roi Charles II auprès de la population. En contrepoint de cette « préhistoire du refuge », est évoqué l’asile offert aux victimes – françaises, là encore – de la Terreur révolutionnaire. L’aide financière apportée aux émigrés issus du clergé est transmise par un Committee for the Relief of the French Refugee Clergy. Caroline Shaw insiste sur le motif «humanitaire» qui permettait de justifier la philanthropie à l’égard des émigrés français, terme qui se trouve au cœur de l’ouvrage et de son titre même, dont l’anachronisme aurait pu être questionné. Ajoutons que les motifs politiques et diplomatiques mériteraient tout autant d’être convoqués. En revanche, la confession religieuse n’est assurément plus un facteur d’explication de l’aide apportée par un pays anglican à des émigrés majoritairement catholiques. En contrepoint du soutien octroyé aux Français qui ont fui la Révolution, l’adoption de l’Aliens’Act, introduit au Parlement en décembre 1792, prévoit l’enregistrement des étrangers, mais aussi l’arrestation, la détention et l’expulsion de ceux qui ne conformeraient pas à une telle obligation. Après la défaite de Napoléon, de nouveaux efforts sont fournis par les Britanniques pour venir en aide aux réfugiés. Comme dans l’autre grand pays d’accueil qu’est la France sous les monarchies censitaires, deux groupes polarisent alors l’intérêt des libéraux : les Grecs durant la guerre d’indépendance puis les Polonais de la «Grande Émigration», soutenus par la Literary Association of the Society of Friends of Poland (LASFP), fondée en 1832. Caroline Shaw montre combien les années 1830 ont constitué un point de rupture : si auparavant des appels à la charité publique avaient pu être lancés par le gouvernement, dorénavant, c’est le public qui appelle ce dernier à fournir une assistance aux réfugiés. Les outils de la mobilisation en leur faveur sont finement étudiés : Caroline Shaw dessine les contours de la nébuleuse que forment des personnalités comme Lord Dudley Coutts Stuart, membre dévoué de la LASFP, neveu de Sir Francis Burdett, qui avait pour sa part organisé un comité privé pour les exilés libéraux espagnols dans les années 1820, tandis que la fille du même Francis Burdett, Angela, est venue en aide aux réfugiés des révolutions continentales mais aussi aux esclaves fugitifs, et ce jusqu’à sa mort en 1906.

Outre l’action concrète menée au profit des réfugiés – ventes de charité, dons d’argent, accueil de réfugiés à domicile, pratiqué par exemple par Joseph Cowen auprès de Louis Blanc, Giuseppe Mazzini ou Giuseppe Garibaldi – c’est aussi la littérature produite par eux et pour les glorifier qui est étudiée par l’auteure. Elle explore le récit de Frances Trollope (qui publie en 1832 The Refugee in America) ou le roman de Hamilton, The Exiles of Italy (1857), sans oublier d’analyser en contrepoint les récits d’exil publiés par des réfugiés en Grande-Bretagne. Si de nombreux chapitres se centrent sur l’accueil en Angleterre, et plus précisément sur leur réception à Londres, grande capitale de l’asile où se regroupaient plus de 2 000 réfugiés en 1854, c’est aussi l’espace colonial qui est investi : Gibraltar et Malte constituent des pôles certes fort éloignés de la capitale, mais néanmoins décisifs dans cette géographie de l’accueil. Toutefois, le traitement des réfugiés y laisse davantage à désirer qu’en métropole, comme le met en exergue l’épisode de l’accueil des réfugiés républicains romains à Malte entre août 1849 et le printemps 1850.

La seconde partie de l’ouvrage s’ouvre avec l’adoption de l’Extradition Act en 1870, un texte qui contribue à protéger les réfugiés étrangers, en leur évitant tout risque d’extradition vers leur pays d’origine. Mais les années qui suivent la promulgation de cette loi sont marquées par l’accueil ambivalent des réfugiés communards : s’ils sont admis en Grande-Bretagne, ils ne manquent pas d’être considérés comme des barbares ou des athées qu’il faudrait évangéliser. S’ouvre alors une période durant laquelle les réfugiés, en particulier les anciens révolutionnaires, sont perçus avec davantage de recul ou d’inquiétude par l’opinion britannique. Dans le même temps, l’accueil des anciens esclaves fugitifs suscite également des controverses juridiques, certains voulant restreindre les demandes d’asile qu’ils formulent pour rester sur le sol britannique. Le dernier chapitre se penche sur le tournant du siècle et sa conclusion négative pour les réfugiés, avec l’adoption de l’Aliens’Act de 1905. Caroline Shaw montre que ce texte législatif qui restreint l’accueil des étrangers en Grande-Bretagne est en réalité loin de représenter un tournant brutal : il a été préparé en amont par les réactions opposées aux Juifs fuyant les pogroms d’Europe centrale et orientale. De plus en plus, le facteur religieux joue en leur défaveur, certains parlementaires mettant l’accent sur la nécessité d’aider en priorité des réfugiés chrétiens. Par ailleurs, l’accueil des Juifs dans les années 1880-1890 suscite aussi de plus en plus de débats sur l’identité du « vrai réfugié » : comment distinguer les étrangers qui ont fui une véritable persécution de ceux qui auraient seulement cherché à améliorer leur ordinaire par la migration? Doit-on inclure dans le périmètre du groupe des réfugiés les déserteurs et les objecteurs de conscience ? Telles sont les questions qui se posent dans le débat politique et qui témoignent d’une volonté croissante de resserrer l’accueil et de circonscrire juridiquement la catégorie labile du réfugié.

À travers cet ouvrage à la fois riche et concis, Caroline Shaw parcourt ainsi une histoire du refuge dans la Grande-Bretagne du long XIXe siècle qui est loin d’être inexistante mais qui appelle encore de nouvelles études. Le pari que fait l’auteure de relier le refuge offert par le pays aux Européens pourchassés, avec l’asile plus parcimonieusement octroyé aux esclaves fugitifs est audacieux, mais le parallèle établi entre ces deux versants importants de la lutte libérale contribue parfois à perdre le lecteur, comme dans le chapitre 5 qui entrelace deux épisodes cruciaux de ce point de vue : la réception des républicains romains à Malte en 1849-1850 et l’accueil de l’esclave fugitif américain John Anderson. Accusé de meurtre aux États-Unis et réfugié au Haut-Canada en 1853, l’esclave fugitif y avait fait l’objet d’une demande d’extradition. Grâce à l’appui de la British and Foreign Anti-Slavery Society de Londres, il obtient finalement un acte d’habeas corpus prononcé à la Cour du banc de la reine de Westminster en janvier 1861 et peut s’installer à Londres. Si les deux affaires provoquent d’importants remous dans l’opinion publique britannique, on peut s’interroger en revanche sur le choix de les rapprocher dans un même chapitre.

Le grand mérite de Britannia’s Embrace réside néanmoins dans la vaste remise en perspective qu’offre l’ouvrage, depuis l’épisode de l’Émigration sous la Révolution française jusqu’aux débats de l’Aliens Commission constituée en 1903. Il se distingue aussi par la grande variété des sources analysées et entremêlées : archives du Home Office, débats parlementaires, mais aussi journaux et récits d’exil, qu’ils soient le produit de Britanniques ou de réfugiés étrangers. Le travail réalisé sur la mise en récit des parcours d’exil montre à quel point jusqu’au mitan du siècle, l’exilé demeure une figure abondamment héroïsée. Enfin, l’appareil cartographique et iconographique, inséré dans le corps du texte, permet au lecteur de mesurer l’ampleur des retentissements suscités par l’accueil des exilés, qu’ils soient des révolutionnaires européens ou des esclaves fugitifs américains.

Notes

[1] Bernard Porter, The Refugee Question in mid-Victorian Politics, Cambridge, Cambridge University Press, 1979.

[2] Sabine Freitag [dir.], Exiles from European Revolutions. Refugees in Mid-Victorian England, Oxford, Berghahn Books, 2003.