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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (Review)
      • Balachandran, Gopalan
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      English
      Editor (Monograph)
      • Sohi, Seema
      Title
      Echoes of Mutiny
      Subtitle
      Race, Surveillance and Anticolonialism in North America
      Year of publication
      2014
      Place of publication
      Oxford ; New York
      Publisher
      Oxford University Press
      Number of pages
      XI, 271
      ISBN
      9780199376254
      Subject classification
      Political History, Social and Cultural History
      Time classification
      20th century → 1900 - 1919, 20th century → 1920 - 1929
      Regional classification
      Europe → Western Europe → Great Britain, Asia → Southern Asia and India, America → North America → USA, America → North America → Canada
      Subject headings
      USA
      Kanada
      Großbritannien
      Indischer Einwanderer
      Antikolonialismus
      Unterdrückung
      Geschichte 1900-1930
      Original source URL
      http://journals.openedition.org/rh19/5715
      recensio.net-ID
      18a0e2777f2a4ea8beab6b0ddc05e739
      DOI
      10.15463/rec.1524833063
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Seema Sohi (ed.): Echoes of Mutiny. Race, Surveillance and Anticolonialism in North America (reviewed by Gopalan Balachandran)

Echoes of Mutiny révèle deux récits entrelacés : d’une part, celui de l’anticolonialisme transnational, d’autre part, la répression américano-britannique des mouvements politiques radicaux et son expression à travers la politique raciale (et notamment en relation avec la mobilité). Le contexte spécifique à cette étude est le militantisme radical des migrants indiens aux États-Unis, au début du XXe siècle, dans le cadre du mouvement Ghadar [1].

À la fin de l’année 1914, les gouvernements britannique et indien dénonçaient les «Ghadarites» comme instruments de la subversion allemande, et en 1918 comme «menace bolchevique». Aux États-Unis, où les mouvements ouvriers radicaux se définissaient selon des lignes nationales ou ethniques, et où la répression du radicalisme politique et la régulation de l’immigration allaient de pair, la menace Ghadar fut mobilisée pour racialiser le radicalisme politique et pour rétrécir le spectre racial, culturel et idéologique de la politique démocratique. Le débat sur l’immigration était influencé par les inquiétudes que suscitait le radicalisme politique ; les lois sur l’immigration pouvaient aussi être un outil de répression commode. Par ailleurs, la répression du mouvement Ghadar contribua à élargir le pouvoir de l’État américain et à poser les fondations d’un appareil sécuritaire national, tandis que la coopération contre le Ghadar consolida «les solidarités et les affinités raciales partagées entre empire britannique et empire américain», qui se traduisirent dans une coopération approfondie afin d’éliminer les menaces présumées contre «la sécurité nationale et l’hégémonie anglo-américaine en Asie et dans le Pacifique». Bref, la coopération anglo-américaine en matière de sécurité, contre les agitateurs anticoloniaux indiens avant 1914 et durant la Première Guerre mondiale, établit un modèle pour les campagnes de l’entre-deux-guerres contre le communisme, et pour l’institutionnalisation de la coopération sécuritaire entre la Grande-Bretagne et les États-Unis à l’époque de la guerre froide.

Cette thèse convaincante est présentée en six chapitres. Les deux premiers retracent le mouvement des sujets indo-britanniques vers l’Amérique du nord et l’essor de leur conscience radicale et anticoloniale. Le chapitre 3 étudie les efforts coordonnés (britanniques, canadiens et étasuniens) pour exploiter les lois anti-anarchistes afin de déporter les militants radicaux indiens et de réprimer le militantisme anticolonial en Amérique du nord. Les réseaux transnationaux de surveillance en vinrent bientôt à se traduire par des tentatives coordonnées visant à perturber «le voyage des migrants indiens à travers le Pacifique» (p. 110), et par le recours à la détention, aux interrogatoires et à la torture. En temps de guerre, l’escalade de la répression des mouvements anticolonialistes en Inde britannique et aux États-Unis fut reflétée par le «renforcement mutuel» des lois restreignant la mobilité des migrants indiens, c’est-à-dire par l’ordonnance Ingress into India émise par le gouvernement colonial indien en septembre 1914 et par le Barred Zone Act de 1917 aux États-Unis. Ainsi, «la collaboration et les échanges inter-impériaux entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, et la rhétorique de la sécurité nationale furent étroitement associées à la logique de la défense impériale» (p. 154-55).

La répression culmina en temps de guerre avec plusieurs procès «liés», dont les «procès du Complot hindou» à Chicago et San Francisco. Ceux-ci ont inspiré une littérature assez importante, depuis près d’un demi-siècle, dont on peut retrouver les traces dans le présent ouvrage, en particulier la lecture par Joan Jensen de l’interprétation simultanée du «complot» et de «l’expédition militaire» lors du procès de San Francisco. Parmi les plus anciennes arrestations politiques en temps de guerre aux États-Unis, les Ghadars furent accusés à San Francisco d’avoir violé les lois de neutralité et d’avoir conspiré dans le cadre d’une expédition militaire contre un pays avec lequel les États-Unis étaient en paix. «Jouissant d’une extraordinaire couverture médiatique», le procès de San Francisco impliqua 48 accusés, trois gouvernements, treize avocats, et apparemment 500 pièces à conviction. Il dura cinq mois et coûta 450 000 dollars au gouvernement des États-Unis, 2,5 millions de livres sterling à la Grande-Bretagne. Le dossier de l’accusation reposait sur l’association entre race et radicalisme politique pour étayer l’accusation britannique selon laquelle le militantisme anticolonial indien aux États-Unis n’était «pas une lutte légitime pour l’indépendance mais […] une “conspiration” menaçant la planète, tramée par une “chaîne d’agents encerclant le globe” [… pour fomenter] des soulèvements révolutionnaires» (p. 177). Les preuves de conspiration furent collectées dans tout l’empire britannique, grâce à un vaste réseau de responsables impériaux et consulaires en Inde, à Singapour, à Shanghai et à Bangkok, entre autres, essentiellement sous la forme d’«aveux [obtenus] par les interrogatoires britanniques à l’étranger» qui avaient déjà été utilisés pour «condamner des révolutionnaires indiens dans tout l’empire britannique» (p. 176-178). Au terme du procès qui déboucha sur 29 condamnations, l’avocat américain de l’accusation remercia les services secrets britanniques pour leur assistance et leur enquête «compétente et exhaustive», et pour «l’avoir guidé sur ce dossier» (p. 195).

On considère souvent que la surveillance des anarchistes et des communistes fut l’affaire interne de chaque pays, avec un degré de coordination limité ou nul avant la guerre froide. Cependant, Seema Sohi justifie une vision plus large où «l’histoire du radicalisme et de l’antiradicalisme» traverse les frontières nationales. Echoes of Mutiny montre comment les gouvernements britannique et américain coordonnèrent leurs efforts pour réprimer le militantisme Ghadar et, s’appuyant sur les idéologies de la domination occidentale, alimentèrent ou mobilisèrent les peurs raciales et le sentiment xénophobe, la crainte du radicalisme et les lois sur l’immigration raciale, pour créer un climat de répression transnationale allant bien au-delà de l’empire britannique.

Notes

[1] Signifiant «révolte» en ourdou, Ghadar est le nom d’une organisation (party) fondée en Californie en 1913, recrutant principalement des Sikhs. (NDLR)