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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (Review)
      • Heering, Alexandra de
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      English
      Author (Monograph)
      • Viswanath, Rupa
      Title
      The Pariah Problem
      Subtitle
      Caste, Religion, and the Social in Modern India
      Year of publication
      2014
      Place of publication
      New York
      Publisher
      Columbia University Press
      Number of pages
      XVIII, 396
      ISBN
      9780231163064
      Subject classification
      Social and Cultural History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century, 20th century → 1900 - 1919
      Regional classification
      Asia → Southern Asia and India
      Subject headings
      Britisch-Indien
      Paria
      Geschichte 1890-1920
      Original source URL
      http://journals.openedition.org/rh19/5687
      recensio.net-ID
      9b4f9730e2e24f0a952c0583fd4caf66
      DOI
      10.15463/rec.28599611
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Rupa Viswanath: The Pariah Problem. Caste, Religion, and the Social in Modern India (reviewed by Alexandra de Heering)

L’historiographie indienne est longtemps restée silencieuse sur l’histoire des intouchables, ou des Dalits comme on s’y réfère généralement aujourd’hui (ce terme, qui signifie l’opprimé en marathi, est aujourd’hui préféré aux nombreux autres qui l’ont précédé car il traduit correctement le caractère forcé de leur assujettissement). Ce n’est qu’au début des années 1980, suite à l’émergence des études subalternistes, et en parallèle au développement d’un mouvement dalit à travers le pays, que des recherches sur le sujet ont éclos pour rétablir leur place, jusque-là niée, dans le récit national.

Dans ce sillage, cet ouvrage revisitant la question de la caste et du travail en Inde porte sur l’émergence du «problème pariah» (du nom paraiyar – une caste spécifique d’intouchables du Tamil Nadu) dans le débat public à la fin du XIXsiècle dans la Présidence de Madras. Il traite de l’évolution du discours des différents protagonistes (gouvernement, missionnaires protestants et propriétaires terriens de hautes castes) à ce sujet, et des tactiques adoptées par chacun pour protéger ses intérêts dans le cadre des transformations de l’économie agraire. Jusque-là, la condition des Pariahs – esclaves agricoles sans terre vivant dans un état de grande pauvreté et de dépendance par rapport à leurs maîtres, et victimes de violences et de discriminations du fait de leur rang inférieur – n’avait fait l’objet d’aucune préoccupation publique. Ni l’État colonial soucieux de maximiser les recettes fiscales essentiellement prélevées sur les terres, ni les élites de haute caste, propriétaires des terres et des esclaves pariah n’avaient intérêt à voir la situation changer ou être débattue publiquement au risque de voir l’ensemble du système de production menacé. C’est par l’intervention des missionnaires que la «question pariah» s’est invitée au cœur des débats. Ils y ont, à vrai dire, été poussés par des Pariahs engagés en nombre croissant dans un mouvement de conversion dans l’espoir de voir leurs conditions de vie s’améliorer. Rupa Viswanath, spécialiste notamment de l’esclavage en Asie du Sud dans le contexte colonial, et professeure au département des études asiatiques modernes à l’université de Göttingen (Allemagne), révèle certains pans ignorés de cette histoire en confrontant méticuleusement archives officielles et archives de missionnaires protestants. Ces dernières, abordées dans une perspective nouvelle, regorgent d’informations rares et non exploitées sur la vie des intouchables, leurs rapports avec les propriétaires terriens et le contexte de production agricole dans les villages puisque les missionnaires, contrairement aux administrateurs, y passaient un temps substantiel.

L’intérêt de ce travail repose sur la solidité de l’argumentation et l’originalité de ses thèses. Ainsi, pour traiter des réactions et de l’évolution des débats qui ont agité la Présidence de Madras au tournant des XIXe et XXsiècles, Viswanath part de cas très concrets (relatifs par exemple à l’octroi de titre de propriétés à des Pariahs, ou à l’utilisation de terres communales), servant de révélateurs à ce qu’elle appelle la «connexion caste-État». À l’aide d’une panoplie de preuves, elle soutient en effet que les différentes parties, malgré leurs intérêts en apparence antagonistes, partageaient en réalité une certaine vision des Pariahs comme serviteurs dociles soumis à un esclavage dit «doux» ou encore mutuellement bénéfique. Elle démontre que les différents niveaux de pouvoir travaillaient main dans la main pour maintenir de facto la domination sur les Dalits et contrôler leur travail. Dans cette logique, l’auteur affirme que ce problème a été «spiritualisé», avant d’être «socialisé» pour, au final, ne jamais être résolu dans sa globalité. Elle souligne ainsi la manière dont tous se sont appropriés l’argumentaire religieux initié par les missionnaires ramenant par exemple les traitements que les intouchables subissaient à la seule tradition hindoue, ce qui a eu pour conséquence de totalement nier la dimension économique des discriminations. Souvent aussi, les propriétaires terriens se sont réfugiés derrière le principe de la neutralité religieuse, cher à l’État colonial, pour refuser certains changements. Ce n’est que plus récemment que la question pariah fut appréhendée comme un problème social auquel la société – et non pas seulement l’État, par le biais de mesures légales fortes – doit s’atteler graduellement, en comptant sur la bonne volonté de chacun et donc sans coercition.

On regrettera peut-être la pauvreté du travail cartographique qui aurait certainement apporté quelque substance aux récits des événements relatés. En outre, malgré une écriture fluide, le propos devient, au fil des pages, quelque peu répétitif. Il s’agit probablement d’un reflet fidèle de la répétition des arguments employés à l’époque pour traiter du «problème». Enfin, l’auteur aurait gagné à contextualiser davantage son propos en revenant par exemple sur la figure emblématique, quoique moins connue, d’Iyothee Thass (1845-1914) un activiste anti-caste, lui-même paraiyar qui, à la même époque, s’engageait dans la Présidence de Madras en tant que pourfendeur de l’intouchabilité et encourageait les Dalits à se convertir au bouddhisme. Cette contribution originale à l’histoire dalit mérite toutefois une réelle attention pour la mise à mal des idées reçues qui hantent l’historiographie indienne, mais aussi pour ce qu’elle révèle des racines de la teneur des débats publics, du langage utilisé pour traiter de ces questions et de la nature défaillante des réponses imaginées pour faire face à la détresse de la majorité des Dalits qui persiste jusqu’à aujourd’hui.