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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (Review)
      • Crouzet, Guillemette
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      English
      Author (Monograph)
      • Subramanian, Lakshmi
      Title
      The Sovereign and the Pirate
      Subtitle
      Ordering Maritime Subjects in India’s Western Littoral
      Year of publication
      2016
      Place of publication
      New Delhi
      Publisher
      Oxford University Press
      Number of pages
      296
      ISBN
      9780199467044
      Subject classification
      Legal History, Social and Cultural History
      Time classification
      18th century, 19th century
      Regional classification
      Southern Asia and India
      Subject headings
      Indien <Nordwest>
      Seeräuberei
      East India Company <London>
      Geschichte 1780-1820
      Original source URL
      http://journals.openedition.org/rh19/5673
      recensio-Date
      Nov 19, 2018
      recensio-ID
      7f8bdb49ce714b188a1e3c1f6967b179
      DOI
      10.15463/rec.1528431497
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Lakshmi Subramanian: The Sovereign and the Pirate. Ordering Maritime Subjects in India’s Western Littoral (reviewed by Guillemette Crouzet)

The Sovereign and the Pirate offre une brillante synthèse d’une thématique sur laquelle Lakshmi Subramanian travaille depuis plusieurs années : la piraterie dans le nord de l’océan Indien, le long des côtes de la péninsule de Kathiawad et dans le golfe de Cutch, et sa «répression» par la Présidence de Bombay à la fin du XVIIIsiècle.

La piraterie est un sujet à la mode, comme en témoignent les très nombreuses publications, académiques ou grand public parues ces dernières années. Sans doute le contexte d’une recrudescence de la piraterie en Asie du Sud-Est et le long des côtes somaliennes depuis une décennie n’est-il pas étranger à ce regain d’intérêt. Il demeure que le livre de Lakshmi Subramanian est bien plus qu’une simple histoire de pirates attaquant et pillant les bateaux de l’East India Company (EIC) à la fin du XVIIIsiècle. En effet, Lakshmi Subramanian réinscrit véritablement l’histoire de l’expansion des Indes britanniques, et plus précisément celle de la Présidence de Bombay à la fin du XVIIIsiècle dans le cadre géographique, humain et politique de l’océan Indien. A l’image de son mentor Ashin Das Gupta, et d’autres historiens comme Kirti Chaudhuri, Om Prakasha, Sugata Bose ou Thomas Metcalf, elle démontre dans cet ouvrage, comme dans certains de ses travaux précédents, la nécessité de considérer les Indes comme une puissance maritime dès le début du XVIIIsiècle et non pas seulement territoriale.

The Sovereign and the Pirate se divise en cinq chapitres. L’introduction, posant les cadres géographiques, sociaux et politiques de l’enquête, comporte également une longue discussion historiographique. Lakshmi Subramanian revient sur les thèses développées à propos de la piraterie par Lauren Benton, Sebastian Prange et Clare Anderson et avance l’argument de son ouvrage : la piraterie le long des côtes de Kathiawad et de Cutch, très active des années 1730 au début du XIXsiècle, aurait constitué une forme de résistance («politic of resistance») à l’expansion de la domination de l’EIC dans le nord de l’océan Indien. De longues recherches dans les riches archives de l’état du Maharastra (Bombay), et notamment les témoignages de prétendus pirates, par exemple des marchands de Cutch ou de Kahtiawad engagés dans différents types d’activités économiques, ont permis à Lakshmi Subramanian de faire entendre la voix de ceux que la Compagnie chercha à éliminer par divers moyens. On notera bien sûr, d’un point de vue méthodologique, l’influence des Subaltern Studies sur la démarche de l’historienne.

Le premier chapitre revient précisément sur l’expansion des Indes britanniques au sein de l’océan Indien et surtout sur celle de Bombay, qui fut, comme le livre le souligne, essentiellement maritime. La présidence ne disposait pas des mêmes possibilités que celles de Calcutta et de Madras pour se lancer dans une politique de conquête territoriale, en raison notamment de l’importance territoriale de la confédération marathe. Lakshmi Subramanian présente également les entités politiques situées au nord de Bombay et de la péninsule de Kolaba. S’agissait-il de petits États indépendants ou de puissantes cités portuaires ? Quelles étaient leurs relations avec leurs hinterlands? C’est avec finesse que sont analysées les très grandes complexités et diversités de ces sociétés maritimes qui entrèrent en conflit avec Bombay dès les années 1750. Le second chapitre, fort riche, fait entendre deux types de voix différentes. Celles des marchands de la Compagnie d’une part, qui dans des pétitions adressées au Bombay Council, commencèrent à se plaindre vers 1730 des exactions sur mer de pirates et demandèrent non seulement des compensations financières, mais aussi une action de la Présidence contre ce phénomène de piraterie. Et les voix d’autre part de marchands de Cutch et de Kathiawad, mais aussi de petits potentats locaux, qui soulignaient dans des lettres envoyées à Bombay combien le commerce de la Compagnie dans cette zone nuisait à leurs intérêts économiques et perturbait la perception de certaines taxes. La transition avec le troisième chapitre est aisée et s’ouvre sur la question suivante : les navires de l’EIC furent-ils vraiment victimes d’actes de piraterie? Ou peut-on identifier la fabrication d’un mythe pirate, à propos de ces sociétés littorales de Cutch et de Kathiawad? Lakshmi Subramanian examine ce qu’elle appelle la «fabrication ethnographique du pirate», soit le faisceau de représentations appliquées par Bombay aux populations de Cutch et de Kathiawad. Le quatrième chapitre est une belle esquisse de la réalité de ces sociétés. Lakshmi Subramanian les qualifie de «littorales» ou «d’amphibie», tout en démontrant l’imbrication qui caractérisait les espaces terrestres et maritimes, et la complexité des relations de pouvoirs et d’allégeances entre les différentes entités politiques. Elle y souligne que la piraterie était précisément dans cette zone un moyen pour un groupe ou une entité politico-économique de «résister» à la domination ou au pouvoir d’un autre groupe. En effet, selon l’auteure, ces zones se caractérisaient par un état de guerre et de conflits permanents, par une lutte continuelle pour la maîtrise de l’espace et de ses ressources et pour la mainmise sur le commerce. C’est ce schéma de résistance qui fut appliqué par les populations Cutch et de Kathiawad en réaction à la vague impérialiste de la Compagnie et de Bombay. Le dernier chapitre consiste en une discussion sur les archives utilisées, qui doit beaucoup à Laura Ann Stoler. Lakshmi Subramanian dit en effet avoir cherché à déconstruire les catégories sociales et raciales créées par cette puissance émergente qu’était les Indes et avoir tenté, grâce à une approche s’inspirant de l’anthropologie, de reconstruire la «réalité» des mondes de Cutch et de Kathiawad.

Le très grand intérêt de The Sovereign and the Pirate est de complexifier le débat sur la réalité de la piraterie contre laquelle Bombay orchestra plusieurs campagnes. Pour Lakshmi Subramanian, il y avait bien une violence de ces sociétés maritimes, qui fut appliquée d’abord à elles-mêmes pour la domination des mers et des circuits commerciaux, et ensuite à la Compagnie. La richesse et la complexité sociale de Cutch et de Kathiawad sont extrêmement bien restituées grâce à l’apport d’informations issues des archives de Bombay. Peut-être aurait-il été possible d’appliquer de façon fructueuse à ces sociétés le terme de « terraqueous » qui a été forgé par Alison Bashford [1]? Pour cette dernière, ce concept permet de désigner non pas uniquement le littoral, mais tout un écosystème lié aux côtes et à l’environnement marin. À lire Lakshmi Subramanian c’est précisément dans un environnement « terraqueous » que les sociétés de Cutch et de Kathiawad s’épanouirent et développèrent des activités similaires à celles des populations littorales du Golfe : pêche, commerce au long cours et trafics.

Enfin, le débat sur la piraterie aurait pu être enrichi de comparaisons, avec notamment les interventions de Bombay contre les «pirates» du Golfe [2]. Des mécanismes et des instrumentations similaires furent en effet mis en œuvre par Bombay pour briser l’autorité politique et économique de la cité de Ras el Khymah et imposer son autorité sur le sud du Golfe et le détroit d’Hormuz.

Notes

[1] Alison Bashford, ‘Terraqueous Histories’, The Historical Journal, 60/2, juin 2017, p. 253-272.

[2] Cf. Simon Layton, ‘Discourses of Piracy in the Age of Revolution’, Itinerario, 25/2, 2011, p. 81-97 ; idem, ‘The “Moghul’s Admiral” : Angrian “Piracy” and the Rise of British Bombay’, Journal of Early Modern History, 17/1, 2013, p. 75-93 ; Guillemette Crouzet, Genèses du Moyen-Orient. Le Golfe Persique à l’âge des impérialismes (c. 1800- c. 1914), Ceyzérieux, Champ Vallon, 2015, chapitre 2 et 3, p. 69-178.