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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (Review)
      • Janel, Quentin
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      English
      Author (Monograph)
      • Opal, Jason M.
      Title
      Avenging the people
      Subtitle
      Andrew Jackson, the rule of law, and the American nation
      Year of publication
      2017
      Place of publication
      Oxford
      Publisher
      Oxford University Press
      Number of pages
      XI, 337
      ISBN
      978-0-19-975170-9
      Subject classification
      Biographies, genealogy, Political History, Legal History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 18th century, Modern age until 1900 → 19th century
      Regional classification
      America → North America → USA
      Subject headings
      Jackson, Andrew
      USA
      Rechtsstaatsprinzip
      Demokratie
      Politik
      Recht
      Original source URL
      https://journals.openedition.org/rh19/6178
      recensio.net-ID
      8bebfea1d75e41749258ebbb085ac5b0
      DOI
      10.15463/rec.1609338204
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Jason M. Opal: Avenging the people. Andrew Jackson, the rule of law, and the American nation (reviewed by Quentin Janel)

La période jacksonienne connait actuellement un regain d’intérêt public et académique, notamment porté par les hommages appuyés de l’actuelle Maison Blanche au général de la Nouvelle-Orléans et la découverte de données électorales inédites. L’ouvrage Avenging the People : Andrew Jackson, The Rule of Law, and the American Nation de Jason Opal développe une approche novatrice sur ce sujet. Contrairement aux nombreux travaux qui alternent entre biographie classique et histoire politique de sa présidence, cette monographie propose une histoire de l’idéologie jacksonienne qui met l’idée de vengeance au cœur du projet national américain incarné par Jackson. Mobilisant de nombreuses sources primaires (correspondance privée, comptes rendus légaux, récits de voyage, etc.), Opal montre en effet comment le thème de la revanche se retrouve dans la plupart de ses prises de positions politiques, que ce soit contre les autochtones, l’impérialisme britannique, la corruption de Washington ou encore la Second Bank of the United States. Sa démonstration s’inscrit dans une contribution historique plus large qu’il bâtit depuis plusieurs années, celle d’un tableau social, intellectuel et culturel de l’Amérique coloniale et révolutionnaire.

L’intérêt de la proposition d’Opal tient non seulement dans l’originalité de son objet, l’idéologie jacksonienne, mais aussi dans le récit de vie qu’il met alors en lumière. L’auteur s’éloigne résolument des canons de l’histoire jacksonienne en consacrant au final peu de pages à ses épisodes les plus célèbres, tels que la bataille de la Nouvelle-Orléans ou la défaite de Jackson devant la Chambre des représentants lors de l’élection présidentielle de 1824. Si ces moments s’intègrent parfaitement dans l’idéologie revancharde qu’il cherche à révéler – ils participent à la volonté de Jackson de se venger respectivement des Anglais et des politiciens de Washington –, Opal préfère insister sur des périodes et des contextes moins connus. On retient tout particulièrement le portrait fascinant qu’il dresse de la frontière méridionale de l’Amérique pré-révolutionnaire, ainsi que son compte-rendu détaillé de la structuration juridique et militaire du nouvel État du Tennessee, à laquelle assiste et participe Andrew Jackson au début du siècle.

Le premier volet d’Avenging the People présente une description minutieuse du milieu d’extraction d’Andrew Jackson. Bien qu’évoquant directement l’enfance du futur président et son éducation presbytérienne, Opal analyse surtout le contexte social, économique et politique de la « Frontière », telle qu’entendue par Frederick Turner. Il décrit ces nouveaux établissements coloniaux comme représentatifs d’un état de nature où règnent violence interethnique et course à la spéculation immobilière. Ce contexte crée un terreau fertile pour l’émergence du projet national ethniciste et socialement brutal porté par Jackson.

Après un passage obligé sur la période révolutionnaire et la capture d’Andrew Jackson, l’auteur revient de façon extensive sur son intronisation au sein du monde judiciaire et son ascension rapide des échelons juridiques de la Caroline du Nord, puis du Tennessee nouvellement formé. Ce passage de l’ouvrage permet de saisir l’importance du légalisme anglais dans l’idéologie jacksonienne, notamment sur la question des rapports commerciaux entre créanciers et débiteurs. Opal cite notamment les écrits de William Blackstone, qui faisait de la garantie et de la protection de la propriété une finalité absolue de la société civile. Cette influence marque durablement la position de Jackson lors des différentes paniques économiques du début du XIXe siècle et explique son opposition rigide à la plupart des lois de soutien aux débiteurs.

Parallèlement à sa progression en tant que juriste, Jackson devient aussi une figure militaire majeure du Tennessee, domaine dans lequel l’idéologie de la vengeance prend toute son ampleur. Témoin des attaques autochtones dans les différentes colonies de l’extrême-frontière, il acquiert la conviction d’une coexistence impossible et d’un droit divin des populations blanches à se protéger et à se venger. Menant lui-même plusieurs missions de représailles contre des villages proches, il devient persuadé que les États-Unis sont un pays assiégé de toute part, dont la survie passe par une expansion territoriale et commerciale continue à caractère messianique. Au-delà de l’histoire militaire, Opal montre comment, peu importe l’adversaire (Anglais, Espagnols, Creeks, Séminoles), l’idée d’une vengeance nationale de droit divin permet de justifier le projet jacksonien.

Le renouveau des études sur la période jacksonienne ne peut que bénéficier de la perspective intellectuelle de Jason Opal. Le personnage d’Andrew Jackson, habituellement central, laisse place à la généalogie d’une idéologie. Lorsque le général de la Nouvelle-Orléans est évoqué, c’est pour montrer comment ce dernier identifie les griefs personnels accumulés tout au long de sa vie avec les griefs qu’il perçoit comme nationaux. En généralisant son désir de vengeance, il crée une nouvelle psyché nationale américaine : celle d’une population blanche menacée qui ne peut obtenir sa souveraineté que par la conquête de territoires aux confins du cadre légal, la mise au ban des populations noires et autochtones, ainsi que la perpétuation d’une certaine forme d’état de nature où les droits naturels hérités de Dieu coexistent avec le droit positif issus des textes de loi. La violence de cette période, notamment décrite par Daniel W. Howe dans What Hath God Wrought, trouve ici une origine sociale et psychologique, celle de la vie sur la Frontière élevée au rang d’idéal du quotidien de la population américaine, avec ce qu’elle comporte d’incertitudes, d’aventures et de conflits.

La centralité du concept de vengeance est la grande force du travail d’Opal, car il permet de rassembler et d’affiner les analyses passées sur la période jacksonienne. Ainsi, le triptyque nature/providence/volonté mis en évidence par John W. Ward pour caractériser l’ethos jacksonien s’intègre dans le concept plus large d’idéologie utilisé par Opal, donnant une épaisseur historique et tangible à l’analyse purement symbolique de Ward. De même, Opal épouse les conclusions des travaux de Robert P. Hay sur les « Wyoming Letters » en montrant la dimension conservatrice, voire réactionnaire, de l’idéologie jacksonienne, glorifiant le cultivateur de la Frontière et l’ordre social de l’Amérique révolutionnaire. Enfin, on devine une volonté de revisiter les analyses strictement politiques de la naissance du Parti Démocrate, présenté sous la plume d’Edward Pessen comme un ensemble de coalitions locales hétéroclites seulement unifiées par la personnalité et le prestige de Jackson. Si Opal ne contredit pas directement cette théorie, il montre qu’il existe par ailleurs une cohérence idéologique claire dans la pensée de Jackson et de ses soutiens, incarnée par ce projet de vengeance nationale.