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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (review)
      • Lafon, Jean-Marc
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      English
      Author (monograph)
      • Wilkin, Bernard
      • Wilkin, René
      Title
      Fighting for Napoleon
      Subtitle
      French Soldiers' Letters, 1799–1815
      Year of publication
      2015
      Place of publication
      Barnsley
      Publisher
      Pen & Sword Military
      Number of pages
      184
      ISBN
      9781473833739
      Subject classification
      Military History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century
      Regional classification
      Europe → Western Europe → France
      Subject headings
      Französischer Soldat
      Brief
      Napoleonische Kriege
      Quelle
      Original source URL
      https://journals.openedition.org/rh19/6257
      recensio.net-ID
      69564f03ac53405f8d90e9f3c464100f
      DOI
      10.15463/rec.758965984
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Bernard Wilkin / René Wilkin: Fighting for Napoleon. French Soldiers' Letters, 1799–1815 (reviewed by Jean-Marc Lafon)

Au cours du siècle dernier, les anciens départements annexés du Grand Empire ont fourni la matière à publication de diverses collections de lettres de militaires, parfois officiers mais le plus souvent simples conscrits. Ce fut ainsi le cas pour l’actuelle Belgique, tant wallonne que flamande (départements respectifs de l’Ourthe et de la Lys), le Luxembourg (département des Forêts), ou la province italienne de Ligurie augmentée de la bordure méridionale du Piémont (département de Montenotte) (1). La récurrence de ces lettres dans les archives départementales était liée à leur fonction officieuse, comme « certificats » de non-désertion de leurs auteurs ou brevets d’immunité temporaire pour leur(s) frère(s) cadet(s). Cette situation était bien sûr aussi valable pour l’Hexagone mais fut sans doute éclipsée par la prégnance de la légende dorée napoléonienne ; de nombreux travaux portant sur désertion et insoumission à l’échelle régionale ou départementale l’ont établi, impulsés par une étude pionnière d’Alan Forrest. Leur présence dans des dossiers espagnols, en revanche, était le fruit des interceptions de courriers par la guérilla et alimenta une guerre psychologique de la part des autorités patriotes, notamment par le biais de la Gazeta de la Regencia. De tels matériaux furent longtemps négligés par les historiens, jusqu’à Alan Forrest (2), premier à les mobiliser pour réaliser une étude désormais classique de l’armée française à l’orée du XIXe siècle (3). L’historien – amateur comme professionnel – du Premier Empire ne saurait désormais bouder son plaisir devant ces deux volumes récents de lettres inédites.

Le premier ouvrage recensé est justement le fruit d’une telle association, entre un père passionné par cette période et un fils lecteur d’histoire contemporaine à l’Université d’Exeter et spécialiste des deux conflits mondiaux. Il présente de ce fait toutes les apparences d’un travail académique, au-delà des seules règles formelles (nombreuses notes, index des noms de lieux, bibliographie…). Les extraits de lettres s’insèrent dans un récit fluide et actualisé des événements, nourri par une bibliographie satisfaisante, même si elle fait la part belle aux auteurs anglo-saxons ou anglophones, du fait du lectorat visé en priorité. Le plan, mélangeant thèmes et chronologie, aborde les derniers chantiers de la recherche, repris de l’historiographie de la Grande Guerre, comme le quotidien souvent difficile des soldats ou surtout la captivité et les blessures de guerre, objets du dernier chapitre. De plus, l’ensemble des épistoliers ont fait l’objet d’un notable effort d’identification, donnant lieu à de petites notices biographiques (lieu et date de naissance, date et contexte de l’enrôlement, unité d’affectation, éventuellement infortunes vécues…) dans les notes infrapaginales.

Reste cependant un problème de taille : ces lettres proviennent toutes des Archives d’État de Liège, déjà sondées et exploitées au cours des années 1930 par Émile Fairon et Henri Heuse afin d’élaborer leur livre. Sont-elles dès lors vraiment, pour la plupart, inédites, comme les auteurs le soutiennent dans l’introduction (p. 5)? La comparaison minutieuse des chapitres concernant la guerre d’Espagne – un tiers du texte de Bernard et René Wilkin, hors index et bibliographie – ne peut qu’inspirer une réponse négative, confortant une première impression née de l’importance respective desdits chapitres, 67 pages pour Fairon et Heuse contre seulement 56 pour Wilkin. De plus, elle révèle rapidement des différences notables dans l’identité des épistoliers, ainsi Aubot pour Oubot, Jean-Joseph Ledent pour Pierre Ledent, Lismonte pour Lismonde, Gretson pour Graitson, Joseph Bernard Nouprez pour Jean Quirin Neuprez, etc, et cela avec une fréquence troublante. S’agit-il de simples erreurs de copie – pour des noms de famille à la graphie alors encore instable – et/ou de lecture des manuscrits, ou de véritable confusion de personnes à l’instar, probablement, du dernier cas cité? Qui est fautif, des premiers ou des seconds transcripteurs ? Faute d’une confrontation directe aux lettres – dont beaucoup, de surcroît, ont disparu depuis 1936, probablement volées selon les Wilkin –, la question reste ouverte. Enfin, fait plus dérangeant encore, Bernard et René Wilkin analysent froidement la missive de Jacques Willems, rédigée à Madrid le 1er juin 1808, comme une évocation de la défaite du corps expéditionnaire de Dupont à Baylen, survenue le 19 juillet (p. 78)…

En dépit d’un titre trompeur, le second ouvrage se révèle être une anthologie novatrice, rassemblant la correspondance de 128 officiers et soldats, pour la plupart bourguignons, de la Révolution et de l’Empire, classée chronologiquement par années. Est-elle pour autant pionnière, comme le souligne son éditeur (p. 5 et 4e de couverture) ? C’est de fait presque le cas pour le territoire national, où ces documents ne furent publiés que de façon ponctuelle, à travers le Carnet de la Sabretache ou diverses revues savantes locales, à l’exception d’un recueil plus conséquent paru en 2005 (4). Jérôme Croyet nous livre ici ses découvertes dans les archives de l’Ain, dont il fut un des employés avant de devenir le régisseur des collections du Musée de l’Empéri, à Salon-de-Provence, ainsi que le contenu de plusieurs collections particulières. S’il est dépourvu de toute bibliographie, le recueil s’ouvre sur une introduction dense et fouillée, « Lire et écrire à la Grande Armée » : elle souligne bien l’enjeu du maintien de ce lien de sociabilité primaire dans un espace brutalement européanisé, à l’aune des guerres et conquêtes françaises. Elle détaille également ses spécificités (ainsi par rapport aux lettres des « Poilus ») et ses codes ; l’épistolier ou plus généralement un camarade lettré jouant les écrivains publics suit un schéma invariable : questions sur les parents et amis restés au village, nouvelles des autres et de soi, demande d’argent. Parfois, s’y ajoutent, particulièrement prisés par l’historien, des sentiments propres sur les pays traversés, des rumeurs ou des échos d’événements récents.

À partir de là, chacun pourra grappiller parmi les lettres, à sa convenance et en s’aidant d’un double index très utile (noms de lieux et des épistoliers). Pour ma part, j’avoue une certaine déception : à peine huit lettres, sur plus de 250 colligées dans ce volume, proviennent d’Espagne. Elles s’avèrent en outre souvent brèves et d’intérêt inégal. D’autres, sans doute, seront plus heureux. Pour autant, divers échos, dispersés à travers l’Empire, montrent bien l’impopularité du conflit engagé dans la Péninsule ; ils confortent l’existence de réseaux informels et de rumeurs déjouant la censure napoléonienne comme sa propagande.

Notons enfin l’humilité bienvenue de l’éditeur, conscient d’avoir produit un work in progress du fait des difficultés récurrentes d’interprétation ou d’une « toponymie parfois suspecte » : j’apporterai ici ma modeste contribution à l’ouvrage. L’assimilation de « Randa » à la ville andalouse de Ronda (p. 268) n’est pas soutenable, tant dans le contexte général de l’insurrection espagnole de 1808 que par le contenu même de la lettre du fantassin Jean-Marie Sérginat. Il s’agit très certainement de Miranda de Ebro, alors gîte d’étape obligé vers Madrid comme vers le Portugal. Cette ville, à laquelle le régime franquiste conférera une célébrité peu enviable, connaissait alors des troubles liés au passage des troupes françaises encore « alliées », qui annonçaient le Dos de Mayo : deux chevau-légers polonais y furent notamment assassinés par leurs hôtes forcés, le 3 avril (5).

De ces deux choix dans l’édition de correspondances de militaires de l’époque révolutionnaire et impériale, la logique imposerait de préférer le premier, appuyé sur un appareil scientifique adapté. Encore faut-il qu’il soit réalisé avec sérieux et patience, ce qui n’a sans doute pas été le cas. En l’occurrence, l’historien que je suis s’en tiendra au second.

Notes

1 Respectivement Émile Fairon, Henri Heuse (éds.), Lettres de grognards, Liège/Paris, Bénard/Courville, 1936  ; Jan van Bakel (éd.), Vlaamse Soldatenbrieven uit de Napoleontische Tijd : uitgegeren von een interding, aantekeningen, register en eeun woordenluyt voorzen, Nimègue/Bruges, Dekker & Van de Vegt/Orion, 1977  ; François Decker (éd.), Lettres de soldats luxembourgeois au service de la France, 1798-1814, Luxembourg, Mersch, 1971 et Danilo Presotto (éd.), Coscritti e Desertori del Departamento de Montenotte. Lettere ai familiari (1806-1814), Savone, Editrice Liguria, 1990.

2 Alan Forrest, Déserteurs et Insoumis sous la Révolution et l’Empire, Paris, Perrin, 1988.

3 Alan Forrest, Napoleon’s Men. The soldiers of the Revolution and Empire, Londres/New York, Hambledon & London, 2002 (traduction française  : Au service de l’Empereur, Paris, Vendémiaire, 2014).

4 Pierre Charrié, Lettres de guerre 1792-1815, Nantes, Éditions du Canonnier, 2004.

5 Cristina González Caizan, «  El asesinato de dos polacos de la Guardia Imperial de Napoleón en los albores de la Guerra de la Independencia española : Miranda de Ebro, 3 de abril de 1808  », Revista de Historia Militar, n° 106, 2009, p. 101-130.