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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (Review)
      • Huard, Raymond
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Français
      Author (Monograph)
      • Alayrac, Pierre
      Title
      L'Internationale au milieu du gué
      Subtitle
      De l'internationalisme socialiste au congrès de Londres (1896)
      Year of publication
      2018
      Place of publication
      Rennes
      Publisher
      Presses universitaires de Rennes
      Number of pages
      222
      ISBN
      978-2-7535-7459-5
      Subject classification
      Political History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century
      Regional classification
      Europe → Western Europe → Great Britain
      Subject headings
      Europa
      London
      Sozialismus
      Kongress
      Geschichte 1896
      Original source URL
      https://journals.openedition.org/rh19/6143
      recensio.net-ID
      af90592337a94759b136fcbc6d598ac9
      DOI
      10.15463/rec.1609338203
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Pierre Alayrac: L'Internationale au milieu du gué. De l'internationalisme socialiste au congrès de Londres (1896) (reviewed by Raymond Huard)

Issu d’un travail de master 2, cet ouvrage jette un regard neuf sur l’internationalisme socialiste à la fin du XIXe siècle. Celui-ci pouvait paraître mal en point à la veille du Congrès de Londres (26 juillet-2 août 1896) en raison de l’opposition entre anarchistes et marxistes, depuis le Congrès de Zurich (1893) qui avait tenté de définir le socialisme en le distinguant de l’anarchisme. Pierre Alayrac a focalisé son attention sur ce Congrès de Londres, moins parce que celui-ci tranche en faveur des socialistes le débat de Zurich, que pour saisir concrètement l’état de l’internationalisme à cette date. Plutôt que de retracer classiquement les débats de cette rencontre (qui s’insère d’après l’auteur dans une « première mondialisation » des réunions de tous ordres, de savants, de juristes, hommes d’affaires ou autres), il a voulu faire une histoire « pratique » du Congrès. Il a retenu trois approches principales. La première consiste à observer de très près le mode de fonctionnement du Congrès pour faire apparaître un facteur national qui pèse sur son organisation (poids particulier de certaines délégations, regroupement des délégués d’organisations diverses en délégations nationales, octroi à chaque nation d’une voix quel que soit son nombre de délégués, tablées nationales dans le congrès, etc.). De même, il observe attentivement les manifestations festives, le rôle des traducteurs, des journalistes, auteurs des comptes rendus et il souligne que la participation des délégués au congrès nécessite un coût qui favorise les délégués des pays les plus proches.

La seconde a consisté d’abord à observer de près les délégués – grâce à un méticuleux travail de collecte et codage des données – étude qui montre que du fait de la composition des délégations, cet internationalisme est « bigarré » et « stratifié ». Les 768 délégués à Londres ont des profils sociologiques hétérogènes. 43 %, représentant surtout des partis, appartiennent aux classes supérieures ; près de 25 % à la petite bourgeoisie ; 31,8 %, émanant des syndicats, aux classes populaires. Mais leurs expériences sociales sont aussi différentes. Pierre Alayrac distingue cinq groupes de congressistes. Les « pèlerins » de l’Internationale comme Eleanor Marx Aveling ou Vandervelde qui ont une importante expérience militante, des contacts internationaux ; les « seconds couteaux », Charles Bonnier par exemple, introduisent les leaders nationaux comme Jaurès, Millerand, Viviani ; d’anciens exilés, communards ou militants anarchistes comme Errico Malatesta qui ont développé des relations hors de leur milieu d’origine ; ceux qui ont le moins d’expérience politique internationale sont les plus nombreux (¾ des individus) ; enfin certains sont dépourvus de tout capital social, mais peuvent jouer un rôle utile comme l’anglais Barker, l’imprimeur du Congrès. Notons une présence significative de femmes (10 %), parfois épouses de militants (Emmeline Pankhurst). Des biographies judicieusement choisies donnent un peu plus de chair à l’événement.

Les « types d’usage » de cet événement international sont abordés dans un troisième chapitre. Certains acteurs peuvent utiliser le Congrès pour d’autres préoccupations que l’Internationalisme : la revendication du suffrage universel chez les délégués anglais, une prise de position sur la question nationale chez les Irlandais ou les Polonais (le congrès se prononcera d’ailleurs pour l’autonomie des nationalités). Enfin, autour du congrès, des organisations internationales à caractère syndical (fédérations de métiers, notamment les métallurgistes et tailleurs) tiennent aussi des réunions. Avec le temps, les bureaux internationaux à caractère professionnel se multiplieront.

S’il a tranché, non sans incidents, le débat entre socialistes et anarchistes au profit des premiers, les socialistes bientôt affectés par la querelle révisionniste n’ont cependant remporté, d’après l’auteur, qu’une victoire à la Pyrrhus. Mais le congrès a eu aussi d’autres effets. Il contribue à l’unification des partis socialistes, prépare la naissance du Bureau socialiste international créé au congrès de Paris en 1900. Il correspond d’après l’auteur aussi à une période d’apogée de l’internationalisme avant que le nationalisme croissant n’affecte celui-ci. Si la recherche de Pierre Alayrac est incontestablement neuve, nourrie de fortes préoccupations théoriques, menée avec une grande rigueur, on regrettera néanmoins que l’auteur n’ait pas, au départ, dans un souci de pédagogie, situé le congrès de 1896 dans un contexte un peu plus large afin de faciliter l’accès à son ouvrage du lecteur non spécialiste.