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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (review)
      • Villerbu, Tangi
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      English
      Author (monograph)
      • Bernstein, David
      Title
      How the West was Drawn. Mapping, Indians, and the Construction of the Trans-Mississippi West
      Subtitle
      Mapping, Indians, and the Construction of the Trans-Mississippi West
      Year of publication
      2018
      Place of publication
      Lincoln
      Publisher
      University of Nebraska Press
      Number of pages
      XVI, 303
      ISBN
      978-0-8032-4930-1
      Subject classification
      Historical Geography
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century
      Regional classification
      America → North America → USA
      Subject headings
      Mississippi-Gebiet
      Pawnee
      Iowa <Volk>
      Lakota
      Kartografie
      Geschichte 1800-1899
      Original source URL
      https://journals.openedition.org/rh19/6341
      recensio.net-ID
      304908706f4b46d0b0fd7f93e1648345
      DOI
      10.15463/rec.1158919643
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David Bernstein: How the West was Drawn. Mapping, Indians, and the Construction of the Trans-Mississippi West (reviewed by Tangi Villerbu)

L’ouvrage de David Bernstein s’annonce sous les meilleurs auspices. Il s’agit d’une thèse soutenue en 2011 sous la codirection de William Cronon et de Ned Blackhawk, publiée sept ans plus tard dans une collection menée par Pekka Hämäläinen. Trois des grands noms de l’histoire de l’Ouest sont donc réunis pour offrir au lecteur la recherche originale de Bernstein dont on attend a priori le plus grand bien. Passons donc tout de suite sur deux éléments qui ne remettent sans doute pas en cause le propos de l’ouvrage mais n’en sont pas moins irritants. D’abord la bibliographie n’a pour ainsi dire pas été mise à jour depuis la soutenance de thèse ; ensuite l’historiographie en langue étrangère est totalement absente. C’est d’autant plus frustrant que Bernstein prend soin en note de signaler l’essor, hors des États-Unis, de l’histoire de la cartographie impériale et coloniale, mais pour n’en donner que quelques exemples anglophones, même pour le cas du Mexique (p. 236-237).

L’essentiel n’est pas là. David Bernstein s’inscrit pleinement dans une histoire de l’Ouest qui considèrerait à parts égales les États-Unis et les entités politiques amérindiennes. Dans cette optique, certains peuvent aller très – trop – loin en postulant un empire comanche1, d’autres ont déjà avancé que les frontières, au sens occidental du terme, existaient bien entre ces entités2. C’est surtout dans cette dernière optique que se situe Bernstein en offrant une réflexion sur la construction des territoires dans les Plaines Centrales de la première moitié du xixe siècle et en fait, avant tout, sur les relations entre les Pawnees et leurs voisins. Car le titre de l’ouvrage peut porter à confusion : il ne s’agit pas à proprement parler d’une histoire de la cartographie, ou même du tracé concret des limites territoriales. Le plan peut d’ailleurs surprendre tant sa cohérence n’est pas évidente.

La première partie est composée de trois chapitres. Si le premier aborde bien une carte amérindienne, iowa en l’occurrence, c’est uniquement pour rappeler les enjeux théoriques du travail, avant deux longs chapitres sur la géopolitique pawnee. Bernstein n’y traite donc pas réellement de cartographie mais bien de la manière dont les Pawnees ont pu comprendre et utiliser les conceptions étatsuniennes de l’espace pour trouver leur place dans un monde complexe, entre peuples amérindiens souvent hostiles au sud, à l’ouest et au nord et États-Unis à l’est dont ils pensaient, de manière tout à fait illusoire, pouvoir se servir comme bouclier. Il s’agissait alors pour eux de co-construire des traités et des frontières pour assurer la survie du groupe.

Les deux chapitres suivants forment la deuxième partie. Ils font passer cette fois-ci le lecteur du côté étatsunien et sont centrés sur les explorations, mais une fois de plus pas entièrement sur leur travail cartographique. Celui-ci est intégré à une réflexion plus générale dans laquelle il disparaît. D’une part en analysant la manière dont fut construite la notion de « territoires indiens » sur les cartes étatsuniennes : Bernstein avance alors, sans réellement le prouver, qu’il s’agit d’une stratégie discursive visant à commémorer un passé indien en attendant sa disparition complète. D’autre part en montrant comment John Charles Frémont, le plus populaire des explorateurs du milieu du xixe siècle, avait, lui, annoncé que la science arrivant dans l’Ouest éradiquait la mémoire spatiale indienne.

Une dernière partie tient en un seul chapitre sur la toponymie amérindienne. En signalant l’abandon progressif des toponymes en langues indiennes et leur remplacement des noms anglophones, Bernstein veut signifier que le processus d’appropriation de l’espace fut en fait complexe. Les usages toponymiques ne sont pas simplement une violence symbolique mais le croisement de pratiques souvent similaires ou des palimpsestes discursifs.

Finalement, l’auteur aura livré un ouvrage plaisant, appuyé sur des archives solidement maîtrisées, mais dont le propos n’est sans doute pas assez clair, alors que quelques pages se révèlent pourtant stimulantes mais sans creuser toutes les pistes évoquées. Pour ne prendre qu’un exemple qui permet de rebondir sur un colloque récent, Bernstein signale (p. 111) l’importance du traité de Fort Laramie qui, en 1851, regroupait de très nombreuses populations indiennes, les nommait, les distinguait et leur définissait des territoires très clairement délimités en arguant qu’elles formaient des nations. Élargir la focale permettrait de s’interroger sur un moment 1848 d’une histoire atlantique, voire globale, durant lequel la pensée nationale fut étendue spatialement par les logiques coloniales, quitte à observer l’appropriation du concept par les populations colonisées. Il y aurait alors à mener une comparaison de la construction des cartes représentant les nationalités européennes et de celles représentant les nations amérindiennes.

 

Notes

1  Pekka Hämäläinen, L’empire comanche, (2008) Toulouse, Anacharsis, 2012.

2  Juliana Barr, « Geographies of Power: Mapping Indian Borders in the Borderlands of the Early Southwest », William and Mary Quarterly, 68 (Jan. 2011), p. 5–46.