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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (Review)
      • Farquet, Christophe
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      Français
      Author (Monograph)
      • Humair, Cédric
      Title
      La Suisse et les puissances européennes
      Subtitle
      Aux sources de l’indépendance (1813–1857)
      Year of publication
      2018
      Place of publication
      Neuchâtel
      Publisher
      Livreo-Alphil
      Series
      Collection Focus
      Series (vol.)
      22
      Number of pages
      144
      ISBN
      9782889500123
      Subject classification
      Political History, Economic History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century
      Regional classification
      Europe, Europe → Western Europe → Switzerland
      Subject headings
      Schweiz
      Europa
      Außenwirtschaftspolitik
      Geschichte 1813-1857
      Original source URL
      https://journals.openedition.org/rh19/6370
      recensio.net-ID
      9df75e7b746640789937c9f83887191a
      DOI
      10.15463/rec.1294753028
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Cédric Humair: La Suisse et les puissances européennes. Aux sources de l’indépendance (1813–1857) (reviewed by Christophe Farquet)

« En un mot, Milord, la Suisse existe peut-être dans les parties qui la composent, mais, comme un tout, elle ne peut être trouvée que sur la carte. » C’est ainsi que le Ministre britannique Stratford Canning perçoit la nation helvétique en 1814. Au cours des quatre décennies suivantes, les élites confédérales devront batailler fermement pour s’émanciper de la tutelle des puissances instaurée au Congrès de Vienne, la Suisse n’ayant dû sa survie après les guerres napoléoniennes qu’à l’intérêt des dirigeants européens pour la préservation d’un pays-tampon, neutre et impuissant, au centre du continent. Maintes fois, la Confédération doit subir les ingérences étrangères dans ses affaires intérieures, concernant l’accueil des réfugiés politiques, la liberté de la presse ou la forme de ses institutions. Certes, elle peut compter parfois sur une bienveillance distante des dirigeants britanniques, comme lorsqu’il est question d’une intervention des puissances lors de la guerre du Sonderbund, et elle peut atténuer sa dépendance à l’égard des marchés européens en orientant son commerce Outre-Atlantique. Mais c’est surtout la consolidation et la centralisation étatique au milieu du siècle qui constitue une étape fondamentale vers l’accession à l’indépendance, même si la résolution du conflit qui oppose la Suisse à la Prusse sur Neuchâtel en 1857 nécessite une fois encore une action politique des grands pays. Quant à la neutralité, qui est imposée de l’extérieur à Vienne et qui n’est pas inscrite dans la constitution de 1848, elle a été un impératif dicté par l’impuissance confédérale plutôt que l’affirmation d’une volonté.

Cédric Humair, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, nous raconte fort bien tout ceci dans une petite synthèse parue dans la collection Focus d’Alphil. Bien qu’il s’adresse avant tout aux non-spécialistes, l’ouvrage apporte un regard neuf sur certains épisodes de l’histoire des rapports extérieurs de la Confédération, grâce à l’usage des sources d’archives britanniques du Public Record Office. Méthodologiquement, l’historien lausannois rédige ainsi une histoire internationale au plein sens du terme, combinant l’analyse des relations diplomatiques et économiques avec une appréciation de l’incidence réciproque des rapports extérieurs et de la politique intérieure, ainsi qu’un examen de la perception étrangère des événements de l’histoire helvétique. La critique principale, qu’Humair s’est faite à lui-même en introduction, est que, sur ce dernier point, le propos demeure incomplet. On ne peut s’empêcher de regretter que l’historien n’ait pas cherché à croiser les sources britanniques avec d’autres archives diplomatiques, françaises par exemple, et qu’il ne nous en dise pas plus sur Canning, dont les rapports sont abondamment cités. En raison de ce choix archivistique, le poids de la Grande-Bretagne a d’ailleurs été probablement surévalué dans l’analyse.

Au-delà de ces objections faciles, qui étaient probablement inévitables compte tenu du genre de l’exercice, on doit saluer la parution de ce livre clair et bien rédigé. Il reste à espérer qu’il incitera les historiens à s’engager dans cette voie pour d’autres périodes, le manque de synthèse sur les rapports extérieurs de la Confédération à l’époque contemporaine demeurant patent. Ce n’est finalement pas le moindre mérite de l’étude internationale de Cédric Humair que de déconstruire l’image d’Épinal de la petite Suisse neutre et indépendante, sans pour autant surévaluer la place de la Confédération dans les calculs politiques des puissances européennes. Gageons qu’au-delà de la position spécifique conférée à la Suisse par l’hypertrophie de sa finance, les nouvelles études s’inscriront dans cette tendance au sujet des relations diplomatiques, commerciales ou culturelles. Plus d’un siècle après Canning, son successeur à Berne, Sperling, ne contestait plus l’existence de la nation helvétique. En revanche, il écrivait, dans son rapport annuel sur l’année 1925, les lignes suivantes : « Il y a quelque quatre cents ans, la Suisse a perdu la chance de devenir une grande puissance en Europe, et depuis cette date ses rapports étrangers ont été pratiquement d’aucun intérêt.»