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  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      Revue d'histoire du XIXe siècle
      Author (review)
      • Huard, Raymond
      Language (review)
      Français
      Language (monograph)
      Français
      Author (monograph)
      • Jaurès, Jean
      Editor (monograph)
      • Boscus, Alain
      Title
      Le militant ouvrier (1893–1897)
      Year of publication
      2017
      Place of publication
      Paris
      Publisher
      Fayard
      Series
      Œuvres de Jean Jaurès
      Series (vol.)
      4
      Number of pages
      569
      ISBN
      978-2-213-70546-0
      Subject classification
      Political History, Social and Cultural History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 19th century
      Regional classification
      Europe → Western Europe → France
      Subject headings
      Frankreich
      Arbeiter
      Politik
      Geschichte 1893–1897
      Original source URL
      https://journals.openedition.org/rh19/6377
      recensio.net-ID
      f0e3489bc0d64084a2350bd923d18675
      DOI
      10.15463/rec.305210894
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Alain Boscus (ed.): Jean Jaurès: Le militant ouvrier (1893–1897) (reviewed by Raymond Huard)

La publication des Œuvres de Jean Jaurès, vaste entreprise dirigée par la Société d’études jaurésiennes et qui mobilisera au total une vingtaine de collaborateurs, se poursuit régulièrement. La période qui s’étend de 1893 à 1897 était jusque-là absente. Or, bien que courte, elle est importante puisque c’est le moment où, à partir de septembre 1893, le socialisme opère une percée au Parlement et où, en même temps, on assiste à un raidissement conservateur de la République. Jaurès, à nouveau député de Carmaux en janvier 1893 – il avait été battu en 1889 – non inscrit certes, mais collaborant avec le groupe socialiste, se lance avec fougue dans la bataille. Les tomes 4 et 5 des Œuvres couvrent cette période. Le premier est intitulé Le militant ouvrier parce qu’il est consacré précisément aux luttes de Jaurès aux côtés des travailleurs. Alain Boscus, maître de conférences à l’Université de Toulouse Jean Jaurès et ancien directeur du Musée Jean Jaurès de Castres, assure la publication de ces deux tomes et a rédigé pour celui-ci une forte Introduction. Il a choisi de classer les textes retenus dans six rubriques où ils sont rangés chronologiquement. Cette présentation principalement thématique, si elle disloque un peu la chronologie des interventions, permet de mieux saisir la cohérence de la pensée de Jaurès. Les trois premières rubriques, Carmaux et le Tarn, La grève des verriers de Carmaux, La Verrerie ouvrière d’Albi concernent l’action de Jaurès sur le terrain local (le tome est d’ailleurs dédié à Rolande Trempé). Celle-ci s’exerce dans la presse (La Dépêche, la Petite République, plus rarement le Matin ou La Lanterne), par des discours sur le terrain et à la Chambre en interpellant le gouvernement. Nous vivons les efforts de Jaurès pour soutenir les militants de Carmaux et de Castres, Calvignac et Caraguel, en butte aux attaques des féodaux locaux et aux manœuvres du gouvernement, son soutien à la grève des verriers en 1895, ses interventions à propos de la création de la verrerie ouvrière en 1895 et 1896, événement dont le caractère symbolique est important. Mais l’implantation de la verrerie à Albi plutôt qu’à Carmaux est cependant pour lui source de difficultés. Jaurès participe aussi activement — et c’est l’objet de la quatrième rubrique, Luttes sociales, syndicalisme et socialisme — aux luttes sociales d’autres régions. Qu’il soit présent ou non sur le terrain, il porte le débat à la Chambre et dans la presse sur les grèves des mineurs et métallurgistes de Graissessac en 1894, de Rive-de-Gier en 1893, de Champagnac (Cantal) en 1895, de La Grand-Combe en 1897. Il expose la condition ouvrière, défend le droit syndical contre les pressions patronales, demande l’amélioration du projet de loi sur la retraite des ouvriers mineurs en 1894, discute la proposition d’un arbitrage obligatoire en cas de conflit, défend malgré ses limites le projet de loi sur les accidents du travail en octobre 1897. Jaurès, bien qu’ardent et même parfois animé d’un certain « messianisme » (Alain Boscus) n’est pas cependant partisan du tout ou rien. L’ensemble de toutes ses interventions sur ce terrain social représente les trois cinquièmes du volume. C’est dire leur importance.

La cinquième rubrique présente la participation de Jaurès aux Luttes politiques de ces années 1893-1897. Le scandale de Panama est en cours. Jaurès déclare ne vouloir « ni de l’improbité sous le nom de République ni de la réaction sous prétexte de probité » (17 février 1893). Dreyfus a été condamné, mais l’Affaire n’a pas encore commencé. Les républicains de gouvernement avec Dupuy, Ribot, puis Méline, cherchent à contrer les progrès socialistes. Au sommet de l’État, après l’assassinat de Sadi Carnot, l’élection de Jean Casimir Périer, « l’homme d’Anzin » pour Jaurès, apparaît comme un succès des conservateurs. Jaurès défend devant le tribunal Gérault-Richard, auteur en septembre 1894 d’un éditorial, « À bas Casimir ». C’est un véritable programme politique général qu’il développe à la Chambre le 29 juin 1895 en même temps qu’il cherche à recueillir l’héritage positif du radicalisme. La sixième partie du volume, « Socialisme, radicalisme, anarchisme, définitions et démarcations », présente un ensemble de textes de caractère plus théorique. On y trouve le fameux discours du 21 novembre 1893, si souvent cité, sous le titre de « République et Socialisme ». Jaurès y déclare que « le mouvement socialiste est sorti tout à la fois de la République que vous [les républicains] avez fondée et du régime économique qui se développe dans ce pays depuis un demi-siècle » et qu’il est le seul à pouvoir, grâce à la république sociale, « résoudre la contradiction fondamentale de la société présente ». Affirmation d’un socialisme républicain qui demeurera une ligne directrice de sa pensée. Néanmoins c’est sur l’anarchisme surtout, sujet d’actualité du fait de la vague d’attentats anarchistes entre 1892 et 1894, que Jaurès est amené à intervenir. Il est très attentif à distinguer l’anarchisme théorique d’un Bakounine ou d’un Kropotkine des actes criminels de ses adeptes exaltés ; il présente avec une certaine sympathie les idées de Jean Grave, mais il dénonce aussi durement les sophismes d’un Sébastien Faure. Il affirme surtout que « cette triste épidémie anarchiste […] ne sort pas du peuple » (février 1894), et est naturellement hostile aux lois répressives qui iraient bien au-delà de l’objectif poursuivi en visant les socialistes. Sur sa droite en revanche, il reste ouvert à une alliance avec les radicaux pour une politique « radicale et réformatrice ». Alain Boscus ne cache pas cependant les « points aveugles » toujours présents dans sa pensée : rien sur la place des femmes dans la société, « gangue coloniale » toujours présente et formulations antisémites. L’Affaire Dreyfus, objet des tomes 6 et 7 (déjà parus sous la direction d’Éric Cahm) l’amènera à clarifier sur ce point sa position.