You are here: Home / Reviews / Journals / sehepunkte / 20 (2020) / 06 / Objects in Frames
Social Media Buttons fb twitter twitter twitter
  • Metadata

    • Document type
      Review (monograph)
      Journal
      sehepunkte
      Author (Review)
      • Crest, Sabine du
      Language (Review)
      Français
      Language (Monograph)
      English
      Author (Monograph)
      • Grasskamp, Anna
      Title
      Objects in Frames
      Subtitle
      Displaying Foreign Collectibles in Early Modern China and Europe
      Year of publication
      2019
      Place of publication
      Berlin
      Publisher
      Dietrich Reimer Verlag
      Number of pages
      246
      ISBN
      978-3-496-01624-3
      Subject classification
      Art History, Social and Cultural History
      Time classification
      Modern age until 1900 → 16th century, Modern age until 1900 → 17th century
      Regional classification
      Europe, Asia → China and neighbouring territories
      Subject headings
      China
      Europa
      Raritätenkammer
      Kunstwerk
      Präsentation
      Kulturaustausch
      Geschichte 1500-1700
      Original source URL
      http://www.sehepunkte.de/2020/06/33585.html
      recensio.net-ID
      7f6418b94f164a13ab768f9c657ca147
      DOI
      10.15463/rec.633656848
  • Citation rules

  • Terms of licence

    • This article may be downloaded and/or used within the private copying exemption. Any further use without permission of the rights owner shall be subject to legal licences (§§ 44a-63a UrhG / German Copyright Act).

Anna Grasskamp: Objects in Frames. Displaying Foreign Collectibles in Early Modern China and Europe (reviewed by Sabine du Crest)

sehepunkte 20 (2020), Nr. 6

Anna Grasskamp: Objects in Frames

Dans le concert très animé des études matérielles transculturelles en histoire de l'art, l'ouvrage d'Anna Grasskamp propose, pour le début de l'époque moderne, non seulement une contextualisation historiographique précise mais un point de vue novateur qui prend en compte ensemble l'Europe et l'Asie. Alors que la plupart des travaux se consacrent à l'un des deux côtés seulement du champ eurasiatique, son propos est, en effet, fondé sur une originale étude comparée des artéfacts chinois dans les Kunstkammern européennes et des objets européens dans les collections des élites chinoises.

C'est surtout en termes de rencontre, d'impact et de contact que la question des relations entre l'Asie et l'Europe à cette période avait été traitée ces dernières années, avant que ne se développent encore plus récemment, pour en déterminer les causes et les conséquences, des analyses sur l'identité, la mobilité et l'hybridité. Citons pour la première approche le récent Qing Encounters. Artistic Exchanges Between China and the West (Los Angeles 2015) auquel l'auteure a participé (les chapitres 2 et 3 du présent ouvrage en sont en partie issus), livre qui approfondissait le thème de la très belle exposition londonienne Encounters. The Meeting of Asia and Europe 1500-1800 (Victoria and Albert Museum, 2004). Sont parus depuis l'excellent EurAsian Matters. China, Europe, and the Transcultural Object, 1600-1800 (Cham 2018) co-édité par l'auteure et Monica Juneja, ouvrage qui aborde l'objet transculturel dans une perspective identitaire, temporelle et géographique complète, et l'essai d'Anna Grasskamp dans Exogenèses. Objets frontière dans l'art en Europe. XVIe-XXe siècles (dir. Sabine du Crest, Paris 2017), lequel se concentre sur le cas spécifique des coquillages comme "objets frontière". Deux autres publications collectives offrant sous un titre très proche des études assez différentes mettent encore en évidence les défis posés par la première mondialisation tant à la production artistique de l'époque qu'à l'historiographie de l'art: The Nomadic Object: The Challenge of World for Early Modern Religious Art (Leyde 2017), édité par Christine Göttler et Mia Mochizuki, rassemble des textes traitant de l'art religieux, alors que Les objets nomades XVIe-XVIIIe siècle (Turnhout à paraître), dirigé par Ariane Fenneteaux, Anne-Marie Miller-Blaise et Nancy Oddo, s'intéresse aux circulations matérielles, aux appropriations et à la formation des identités.

Objects in Frames approfondit ces points de vue tout en les élargissant. Le livre se situe au plus près des objets, en proposant des cas d'étude particulièrement révélateurs et en dépassant l'idée trop souvent suivie de "l'appropriation", pour tenter de saisir toute la complexité et l'ambiguïté de ce qui se joue matériellement et théoriquement dans le rapport à l'autre, c'est-à-dire plus précisément dans l'usage visuel et matériel de l'autre, sous l'angle spécifique des interrelations eurasiatiques. Ce champ d'investigation nécessite de croiser les connaissances en matière de commerce maritime, de savoirs, d'histoire interconnectée, de culture matérielle, d'histoire des collections, des musées, ainsi que d'histoire des sciences et d'histoire naturelle. L'auteure fait appel à la méthode de la micro-histoire globale de l'art, certainement la plus efficace pour parvenir à des résultats intéressants. Ceci lui permet en particulier d'éclairer les complexes processus de transferts formels et matériels en Eurasie, d'évaluer la dose de compréhension, voire de connaissance réciproque, et de dépasser dans l'explicitation de ces phénomènes les notions souvent trop restrictives de chinoiserie ou d'européanisation.

"Cadre" ( frame ) est entendu dans un sens assez large, puisque le terme concerne à la fois la monture de l'objet et le contexte de celui-ci. Ceci pourrait être considéré à la fois comme une faiblesse et une force. S'il n'est pas certain en effet que les mêmes rapports s'instaurent avec l'autre dans une relation étroite, produite par la monture, et dans une relation plus distante, mise en place dans le dispositif de présentation, les arguments que présente l'auteure sont tout à fait recevables et cette piste mérite d'être suivie. C'est justement tout le pari de la véritable comparaison opérée par l'auteure entre les montures européanisant les céramiques chinoises et les dispositifs chinois de présentation d'objets européens - fixité d'un côté, mobilité de l'autre. L'audace permise par la connaissance à la fois théorique et concrète d'Anna Grasskamp dans le domaine chinois comme européen est nécessaire pour l'avancement des connaissances.

Un élément fondamental et pertinent est l'association instructive des artificialia et des naturalia dans le choix des cas d'études : les globes de l'observatoire de l'Empereur Kangxi dont l'histoire reste très méconnue, et les coraux, au centre du commerce maritime international, lesquels sont plus connus grâce à l'ouvrage de Francesca Trivellato. [ 1 ] Les objets sélectionnés sortent des sentiers battus et les illustrations sont de qualité. À propos de l'européanisation des céramiques chinoises par les montures métalliques européennes au XVIe siècle (chapitre 1, Porcelain in Frames ), l'appareil théorique, solidement étayé, invoque en particulier les "parergues", ces accessoires de l'œuvre, à son contact et qui jouent parfois contre elle, selon Derrida, après Kant. En regard, l'auteure se livre à une analyse iconographique précise des piètements chinois (chapitre 2, Staging the Foreign ) pour étudier l'observatoire de l'Empereur Kangxi dans un contexte global. Elle considère ensuite des fragments de coraux, entre forme et figure (chapitre 3, Framing Foreign Nature ) puis des spécimens de coraux dans la culture matérielle et visuelle de la fin de l'époque Ming, où ils sont vus comme un entre deux de l'art et de la nature, du réel et de l'imaginaire (chapitre 4, Curating Foreign Nature ). Pour analyser ces cas d'objets et de dispositifs, c'est vers la notion de potentialité (identifiée par Dario Gamboni à propos des images) plutôt que vers celle d'agence (au sens de l' agency d'Alfred Gell) que s'est orientée Anna Grasskamp, en l'appliquant aux objets. Cela lui permet de bien rendre compte de toute l'ambiguïté de ses objets d'étude, et de la complexe interrelation dont ils sont le fruit, entre artificiel et naturel, centre et cadre, et entre transformable et fixe, imaginaire et réalité. Les analyses questionnent ainsi le concept même de cadre et le rapport entre ergon et parergon, lesquels sont au centre du propos sur ces cas d'étude fondamentalement instables et métamorphiques, soit autrement dit, entre deux.

Dans ce domaine et dans ce contexte, les choix terminologiques ne sont pas aisés à poser. Frame est probablement utilisé pour éviter à la fois display (dispositif de présentation) et mount (monture), le premier pouvant être considéré comme étant trop éloigné de l'objet et l'autre trop proche. Cependant, si parler uniquement de monture peut sembler en effet trop restrictif, et si inversement le terme dispositif est trop vaste, l'approche et le propos concernent bien à la fois la monture et la présentation. C'est une navigation sur une route étroite qui est entreprise. Tenir le cap n'est pas facile mais c'est l'enjeu d'une enquête qui autorise l'exploration la plus objective possible d'objets généralement jusque là insuffisamment considérés par l'historiographie, malgré leur grand intérêt épistémologique.


Note :

[ 1 ] Francesca Trivellato: The Familiarity of Strangers: The Sephardic Diaspora, Livorno, and Cross-Cultural Trade in the Early Modern Period, New Haven 2009; trad. fr. Corail contre diamants. Réseaux marchands, diaspora sépharade et commerce lointain. De la Méditerranée à l'océan Indien, XVIIIe siècle, Paris 2016.